Un Tour de France sans victoire française, ce qui n’est arrivé que deux fois dans l’Histoire, aurait fait tâche, avouons-le. Cette anomalie-là, Romain Bardet a mis du temps à la corriger, mais a attendu le meilleur moment pour inscrire une deuxième fois en deux ans son nom au palmarès des vainqueurs d’étapes sur une Grande Boucle. Celle-là, assurément, possède une saveur unique. Cinquième au général à Albertville, le voici dauphin de Chris Froome, à 48 heures des Champs-Elysées.

Il a fait le ménage

Décidément, il ne fait pas bon compter sur une autre équipe que la Sky pour essayer d’endiabler les étapes du Tour de France 2016 dès les premiers cols de la journée, et espérer voir un peloton en pièces détachées à cent bornes de l’arrivée. Impuissants, les Movistar se sont seulement signalés en première semaine, sur la route du Lioran. Depuis ? Rien, et c’est l’équipe Astana qui tient les rênes du leadership alternatif. Rythme irrégulier, relais plus ou moins incisifs de la part de Grivko, Rosa, Tiralongo, et un Nibali presque mué en touriste, n’ont jamais eu l’impact attendu sur la course, et Fabio Aru n’a montré qu’hier qu’il était en capacité de faire bouger les lignes. Dans ce cas de figure, Romain Bardet n’a pas hésité à prendre les commandes d’une nouvelle course qui s’est lancée au sommet de Bisanne.

À cinquante kilomètres du difficile final au Bettex, les conditions météorologiques ont tout chamboulé, et le natif de Brioude, s’est transcendé pour offrir un spectacle comme on aime tant. Avec la complicité de Mikaël Chérel, il a semé la pagaille dans la descente de la mythique côte de Domancy, quand ses adversaires, tétanisés, n’ont pas réussi à esquiver les chutes logiques. Pour décanter tout ce petit beau monde, se tenant en quatre minutes entre la deuxième et la douzième place hier soir, Bardet n’a jamais hésité. Sa marque de fabrique est toujours la pour le servir, et son coup de force délivre même la morale des étapes de montagnes en ce mois de juillet. Le premier qui portera une attaque tranchante en tire quasiment les fruits, face à des coureurs physiquement éreintés, luttant tous pour leur survie.

Trente-cinq secondes à défendre

Sur la dynamique générale de l’été, le podium pour Romain Bardet paraît quasiment acquis. Trop souvent ennuyantes, les grandes étapes présumées n’ont guère accouché que d’une élimination par l’arrière, et à ce jeu là, les victimes les plus récentes sont Mollema, Yates, et Porte. Le Néerlandais a opéré le grand saut, mais pas dans la direction souhaitée. On ne sait toujours pas si un chat noir décide d’opprimer les espoirs des adorateurs néerlandais de la petite reine, mais c’est bien pour préserver une place dans les dix que le leader de Trek-Segafredo devra se battre dans les rudes pentes de Joux-Plane. Car derrière, Joaquim Rodriguez pourrait finir en boulet de canon. À l’opposé d’Adam Yates, qui a calé, après avoir repoussé ses limites chaque jour depuis l’ascension du Grand Colombier.

Porte, lui, aussi explosif qu’il soit lors des précédentes arrivées au sommet, a concédé trente secondes sur Valverde, Purito et Meintjes dans les mille derniers mètres de montée. Celui qu’on voyait dynamiter la troisième semaine s’est étouffé, au grand bonheur de Bardet, déjà second du Dauphiné en juin. Les deux larrons à surveiller de très près demain s’appellent donc Quintana et Aru. Le premier n’est que l’ombre du Quintana de 2015, volant dans l’Alpe d’Huez, et vient de profiter des malheurs de ses petits camarades. Impensable troisième au vu de ce qu’il nous a montré, on doute de ses aptitudes à venir menacer le champion d’AG2R la Mondiale. Toutefois, on rappellera que c’est à Morzine qu’il avait décroché son premier grand succès, en 2012. De même, Fabio Aru, bien qu’hésitant, a déjà renversé un Tour d’Espagne sur une vingtième étape. La concentration requise est belle et bien maximale, pour succéder à Jean-Christophe Péraud et Thibaut Pinot sur le podium final à Paris.

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