Il a 24 ans, déjà, les Mondiaux prenaient place en Norvège. Sous la pluie. C’est alors un gamin de 22 ans, pas inconnu mais encore considéré comme un espoir du cyclisme mondial, qui va s’imposer. Lance Armstrong. Un jeune américain au talent fou et à l’assurance franche, qui n’en est qu’à sa deuxième saison pro.

Lance 1er

Il n’était pas encore question de come back, de polémiques incessantes, de règne sans partage sur le Tour de France, de discours plein de morgue sur le podium des Champs Elysées, ou encore de doigts levés in memoriam Fabio. Non, il n’était question que d’un jeune Yankee plein d’assurance, dejà connu du petit monde du vélo. Avec pour l’instant, en principaux faits d’armes, un titre de champion des Etats Unis et surtout une étape du Tour enlevée du côté de Verdun. Dans une échappée opportuniste, celui qui est alors le plus jeune coureur de cette édition 1993 l’emporte au sprint devant des vieux routiers comme Ronan Pensec ou encore Dominique Arnould. Le rookie sait manœuvrer et s’affirmer. A la question posée sur la ligne d’arrivée : « Serez-vous le prochain Greg Lemond ? », il répond sans sourciller : « Non, je serai le premier Lance Armstrong. »

Quelques semaines plus tard, il n’est jamais qu’un outsider sur la ligne de départ des Mondiaux d’Oslo. Pour la première fois de l’histoire, la course met franchement le cap au nord, à destination de la Norvège. Et niveau météo, on se croit davantage en plein hiver qu’au début de l’automne. Les images qui nous reviennent à l’esprit sont celles d’un homme sous une pluie battante, les bras levés. Avec une joie sincère et démonstrative, prenant le temps de longuement saluer, d’embrasser la foule et de savourer son succès, bannière Stars and Stripes sur le torse. Au prix d’un incroyable numéro en solitaire, Lance Armstrong devient le deuxième coureur américain à décrocher le titre mondial, après Greg Lemond à Chambéry en 1989.

Jamais sans ma mère

Ce titre, le Texan le savoure au terme d’une course dantesque, longue de 250 kilomètres, marquée donc par ce mauvais temps incessant digne d’un mois de mars. Bien évidemment, tous les cadors du peloton sont là : Miguel Indurain, Claudio Chiappucci, Johann Museeuw, Andrei Tchmil, Laurent Jalabert… Manque à l’appel Gianni Bugno, pourtant double champion du monde en titre. Qu’importe, la bagarre aura quand même lieu. Elle doit se dérouler sur un circuit urbain sinueux, avec une ascension assez longue à franchir. La météo va forcément durcir la course et favoriser les audacieux. Nombreux sont les coureurs qui finissent à terre. Lance Armstrong lui-même goûte au bitume à deux reprises.

Pas de quoi voir s’envoler ses rêves de gloire malgré tout. Au dernier tour, l’Américain s’envole dans la montée, en solitaire. Personne ne le reverra. Négociant habilement tous les pièges jusqu’à la ligne d’arrivée, il parvient à conserver une belle avance sur ceux qui l’encadreront sur le podium, à savoir Indurain et Ludwig. Pourtant, Armstrong a sacrément levé le pied pour profiter de son succès et de la dernière ligne droite. Sous les yeux de sa mère, dont on pourra mesurer l’importance dans tous les récits et biographies au sujet de L.A. Dans l’ouvrage « Lance Armstrong, itinéraire d’un salaud », il est raconté l’anecdote où un représentant du Roi de Norvège vient à la rencontre du tout frais champion du monde pour le présenter au souverain. Sa mère, qui l’accompagne, se voit retoquée par un membre du service d’ordre, provoquant l’ire du Texan, et le consentement du cerbère. Une force de caractère que l’on aura l’occasion de mieux connaître les années suivantes. Et qui lui sera déterminante dans les affrontements avec ses rivaux. Dont celui qui décrocha à Oslo le titre chez les amateurs : un certain Jan Ullrich.