Jusqu'à présent, le maillot de l'équipe de France ne l'a pas mené aux sommets : c'est surtout avec Wanty que Guillaume Martin cartonne - Photo Nicolas Gachet
8 juin 2016

Pour Martin, le temps n’est pas un ennemi

Invitée pour la première fois de son histoire sur les routes du Critérium du Dauphiné, l’équipe Wanty-Groupe Gobert a emmené une équipe complète, composée de baroudeurs et puncheurs, avec comme tête d’affiche Enrico Gasparotto, double vainqueur de l’Amstel Gold Race. Mais parmi eux, un Français, Guillaume Martin. Brillant étudiant, son parcours plus qu’atypique en fait un coureur à part.

Le gai grimpeur

Né le 9 juin 1993 à Paris, la carrière de cycliste professionnel ne semblait pas tendre les bras à Guillaume Martin. Éduqué à bonne enseigne, il franchit les passerelles les plus prestigieuses des études littéraires. Admis en hypôkhagne spécialité philosophie au lycée Châteaubriand de Rennes, il ne s’arrête pas à penser. Ce qui l’intéresse, c’est théoriser le fruit de ses recherches, et mettre en pratique les réflexions qui stimulent continuellement son cogito. Quatrième de sa promotion à la fin de la première année, il décide de rentrer en banlieue parisienne, de l’autre côté du périphérique, à l’université de Nanterre. La célèbre faculté, par laquelle est passé Daniel Cohn-Bendit, a aussi abrité Paul Ricoeur, l’un des plus grands philosophes français du vingtième siècle. Ses thèmes de recherche privilégiés y sont la question du corps, attachée au fameux dualisme, le séparant de l’esprit. Un lien tout trouvé avec le vélo, où il est question de gérer ses efforts, d’opérer des choix tactiques, et dans son cas, de concilier sa passion sportive avec son aisance dans les sciences humaines.

Vainqueur d’une étape de la Course de la Paix chez les juniors, il signe son premier coup d’éclat en s’adjugeant Liège-Bastogne-Liège espoirs l’an passé, dominant des jeunes courtisés comme Loïc Vliegen, Tao Geoghegan Hart ou encore Silvio Herklotz. Succédant à Anthony Turgis, celui qui défendait les couleurs du CC Etupes affirmait alors un peu plus la domination française dans les catégories jeunes. Sorti en costaud dans la côte de Saint-Nicolas, il aura tenu en respect ses concurrents jusqu’au vélodrome d’Ans, où l’arrivée de la petite Doyenne est jugée. Quatrième de la Ronde de l’Isard au cours de cette même année 2015, Martin a enfin montré toute l’étendue de son potentiel, pour sa quatrième saison consécutive dans la catégorie. Obtenir une seconde chance dans le milieu est rare, mais, lorsque l’on cumule les excellences comme lui, c’est possible. Et ses managers n’ont pas hésité une seule seconde. Le voir décrocher son premier contrat en Continental Pro, dans une formation belge, peut alors surprendre. Mais aucune équipe française ne s’était déclarée candidate pour l’accueillir. Un mal pour un bien, dira t-il à Ouest-France.

Progresser et acquérir en rigueur

Car il n’y a pas que du côté de l’Orne que Guillaume Martin a pu découvrir le cyclisme chez les amateurs. En 2014, l’équipe FDJ, d’habitude généreuse pour formuler des propositions aux jeunes pousses, l’avait engagé comme stagiaire. Une aventure qui s’est mal terminée, le plongeant dans une relative incertitude à l’aube de la saison 2015. Dans les coulisses, des rumeurs commençaient à se propager. Martin se serait en réalité dopé, ou, au choix, posséderait une mentalité incompatible avec celle d’un groupe professionnel. Embauchant un agent pour se rassurer, il a ensuite explosé, comme pour bien montrer qu’il n’en était rien. Dépourvu de références sur les courses par étapes phares des années de jeunesses, le Tour de l’Avenir où celui de la Vallée d’Aoste, les classiques vallonnées sont davantage, au départ, son terrain de prédilection. Mais de toute façon, tout semble jusqu’à présent lui réussir, en témoigne son master de philosophie obtenu à l’été 2015.

Plus à l’aise dans les massifs intermédiaires, où il parvient à faire parler son punch, le tout fraîchement exilé est rentré assez tardivement en compétition, sur le Circuit de la Sarthe. L’objectif était de mettre le cap sur les ardennaises. En soutien de Gasparotto, très en réussite durant le dernier mois d’avril, il ne s’est pas illustré personnellement, mais a pu gagner en expérience, prolongeant jusqu’au Tour de Romandie. Sur le Dauphiné, il est donc arrivé en assez bonne condition et s’est classé onzième à Chalmazel. La preuve qu’il a bien récupéré d’une blessure handicapante, le syndrome de friction du fascia pré-patellaire. Cet été s’annonce dès lors très important. Couplé au Tour d’Autriche, le Critérium du Dauphiné est un vrai test, qui devra conforter, ou non, ses ambitions futures sur les grands tours. Entré dans le grand bain sur le tard, à 22 ans, le temps, comme ne manquerait pas de le dire son mentor Nietzche, n’est pas un ennemi.

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1 Commentaire sur "Pour Martin, le temps n’est pas un ennemi"

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Jack
Jack

Bon ça fait du bien de voir un coureur intelligent qui a des « lettres » et qui plus est possède des qualités sportives prometteuses. Il est brillant certes mais il n’est pas nécessaire je pense de faire un exercice de style pour conter son parcours intellectuel. Il est coureur cycliste et c’est ce qui m’intéresse en priorité.

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