Peter Sagan peut fièrement arborer sa médaille et ses trois doigts : le voilà entré dans la légende avec un triplé historique - Photo Stiehl
24 septembre 2017
Par  Robin Watt 

Légendaire

C’est une question d’habitude, sans doute. A le voir marcher de la ligne d’arrivée jusqu’au podium protocolaire, c’était à croire que Peter Sagan venait de décrocher une banale victoire. Pourtant, le Slovaque venait de remporter son troisième titre mondial consécutif et de se faire une place parmi les légendes. Comme si de rien n’était.

« Tu es trop dur à battre, mec »

Le coureur est fascinant. L’homme encore plus. Quelques minutes après sa victoire, sa première réaction était celle d’un homme serein, à peine excité par ce qu’il venait d’accomplir. « Je suis vraiment content d’avoir gagné. Ça ne va rien changer mais pour moi, c’est quelque chose de très sympa. » L’art de faire d’un titre mondial une banalité. Le troisième pour le Slovaque. Comme Alfredo Binda, Rik Van Steenbergen, Eddy Merckx et Oscar Freire. Mais le troisième de suite, ce que personne n’avait jamais réalisé. « C’est quelque chose de spécial, bien sûr », reconnaissait le principal intéressé. C’est un peu plus que ça, quand même : c’est l’un des plus grands exploits de l’histoire du cyclisme, mais on sait le garçon modeste, alors il n’allait pas le dire en ces termes. Celui qui se veut détaché, loin de la pression que peuvent engendrer les grandes échéances, donnait presque l’impression de ne pas se rendre compte de la portée de sa victoire.

Il faut dire qu’il est allé la cueillir presque comme un dû, sans jamais paniquer. On pouvait s’imaginer le voir bouger dans le dernier passage de Salmon Hill, histoire de se défaire des purs sprinteurs. Il a préféré laisser Julian Alaphilippe faire son show, presque jusqu’au bout, sûr de lui et de sa tactique. Il a ensuite tenté de sortir dans les derniers kilomètres, comme d’autres, sans succès. Alors il a repris place dans le groupe et s’est positionné pour le sprint. En se faisant discret le plus longtemps possible. Et comme l’an dernier à Doha, dans la dernière ligne droite, il a déboulé pour se payer le scalp d’un homme sur le papier plus rapide que lui, Alexander Kristoff endossant le costume du battu, celui auquel avait eu droit Mark Cavendish il y a un an. « Tu es trop dur à battre, mec », lui glissera le Norvégien un peu plus tard, dans les coulisses du podium protocolaire.

Autriche, Scarponi et sa femme

Après deux ans d’idylle, Sagan a donc rempilé avec le maillot arc-en-ciel pour douze mois supplémentaires. Au terme desquels, il le sait, il devra passer le témoin, la prochaine édition en Autriche étant promise aux grimpeurs. Mais tant que le terrain aura été à sa convenance, le Slovaque sera donc resté invaincu. « Pourquoi moi ? », demandait-il aux journalistes ces derniers jours quand on le présentait comme le favori. On a envie de lui répondre qu’aujourd’hui, il a montré pourquoi on lui accolait toujours ce statut. Sur les bosses américaines, dans la plaine qatarie et sur le parcours intermédiaire proposé à Bergen, personne n’a trouvé la faille. Jusqu’ici, on parlait de lui comme d’un ogre, on le présentait comme le meilleur cycliste du peloton actuel. Mais ce dimanche après-midi, Peter Sagan est entré dans une autre dimension. Il est devenu une légende. Qui a dédié sa victoire à Michele Scarponi, décédé en avril dernier, et à sa femme qui attend un enfant. Avec une simplicité déconcertante. Comme une légende qui n’a pas conscience de l’être.

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7 Commentaires sur "Légendaire"

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pat
pat

Bravo à Sagan pour ce magnifique triplé . Il rentre un peu plus dans l’histoire de ce sport mais de la à en faire une légende cela me paraît un peu excessif . Comment doit on qualifier alors des coureurs comme Merckx , Hinaut qui gagnaient sur tous les terrains . Il le deviendra peut-être en fin de carrière si il continue à multiplier les exploits . Mais on a peut-être pas la même définition du mot légende .
Pour le reste cette course nous a démontré qu’il valait mieux avoir une petite équipe avant un crack plutôt qu’une grosse équipe sans un coureur au-dessus du lot . Les belges ont fait beaucoup de boulot mais au final nos 2 leaders n’étaient dans un très grands jours .
Ce que je retiendrai de ces mondiaux en dehors du résultat c’est l’énorme engouement du public norvégien . Ils ont mis le feu sur chaque épreuve . Cela change de l’ambiance mortelle de Doha !

Baboutox
Baboutox

Je ne veux pas faire injure aux légendes du passé mais la concurrence n’était pas du tout au même niveau qu’aujourd’hui. Il suffit de comparer avec le cyclisme féminin, vu que le nombre d’équipe extrêmement professionnelles et de pur professionnelles est plus réduit quelques coureuses se partagent toutes les courses de l’année en montagne et en clm voir certains sprint.
Merckx ou Hinault aujourd’hui seraient surement des champions mais n’auraient pas le même palmarès qu’à leur époque. Il faut adapter ses critères à la situation. De plus même ces Légendes du passé n’ont pas fait 3 CDM d’affilée

Castabouin
Castabouin

Comparer les champions et les époques ? Un gros moteur, c’est toujours un gros moteur.

D’accord, ça ne se court plus pareil et les braquets (et le poids des vélos qui permet aussi d’emmener plus gros) n’ont plus rien à voir.

Roger de Vlaemynck aurait gagné autant de Paris-Roubaix de nos jours car c’est peut-être la seule course qui n’a pas changé. Sagan aurait gagné de la même façon à l’époque de Merckx et de Verbeeck. Il me fait penser à Karstens dans ses sprints.

Quand on voit le travail de forgerons de l’époque Merckx ou Hinault en montagne, on en tombe baba quand on voit Barguil flinguer sur le 28 (Je suppose) dans Izoard. Et plus que la manière de courir en plaine (qui aurait pu être tout aussi applicable il y a 30 ans), c’est la façon de grimper les cols avec un 36 qui m’étonne le plus.

PS: On peut imaginer l’état d’esprit de Nacer Bouhanni au lendemain d’un CDM terminé au sprint.

Flo
Flo

Sauf que plus le nombre de pratiquants d’un sport est élevé, plus le niveau est homogène et plus la probabilité de tomber sur de grands champions est élevée. Lorsque il n’y avait que la France, la Belgique et l’Italie ( je caricature un peu), les gros moteurs sortaient forcément du lot.
Je prends l’exemple d’un sport plus confidentiel comme le biathlon, Les Norvégiens, les Allemands et la France dominent cette discipline mais si demain on assistait à une véritable internationalisation de ce sport, des champions issus d’autres pays émergeraient et Martin Fourcade ou Johaness Boe auraient sans doute plus de difficultés à gagner sans que leur niveau n’ait changé.