A Vérone, en 2010, Ivan Basso remporte son deuxième Tour d'Italie après avoir repris plus de dix minutes à David Arroyo, maillot rose grâce à une échappée fleuve - Photo DR
Interview
5 mai 2017

Basso : « En 2010, j’ai dû voler au dessus de la route »

Il est de ceux pour qui l’amour des tifosi ne s’arrêtera jamais. Double vainqueur du Giro, deux fois sur le podium du Tour, Ivan Basso restera comme l’un des grimpeurs marquants du début du siècle. En particulier pour les Italiens. Pour certains, la révélation de son cancer en 2015 l’a fait raccrocher trop tôt. Mais il n’a pas complètement quitté le vélo. Aujourd’hui dans l’encadrement de l’équipe Trek-Segafredo où évolue son grand ami Alberto Contador, le maillot blanc du Tour 2002 se remémore, pour la Chronique du Vélo, ses grands moments sur le Giro. Il évoque son évolution et nous livre un pronostic aussi osé que corporate sur le prochain maillot rose.

Vos deux victoires sur le Tour d’Italie (2006 et 2010) sont-elles votre plus grande réussite ?

Oui, quand vous êtes un coureur italien, gagner le Giro est quelque chose de grand. Alors évidemment, ce sont les plus belles lignes de mon palmarès.

Justement, en tant qu’Italien, préférez-vous le Giro à toutes les autres courses ?

Sur le Tour de France 2004, en compagnie de Lance Armstrong dans le Tourmalet (Basso gagnera à La Mongie) – Photo ThiloK

À vrai dire, je préfère le Tour de France car c’est sur cette course que j’ai commencé à jouer les premiers rôles, avec Fassa Bortolo (11e en 2002 et 7e en 2003). Ce n’est que par la suite, en 2005, que j’ai essayé de briller sur les deux épreuves. Cette année-là, j’ai eu un problème sur le Giro (soucis gastriques durant les 13e et 14e étapes qui lui ont fait perdre plus de 50 minutes, ndlr) mais j’étais bien (deux jours en rose, deux victoires d’étapes, ndlr). Puis j’ai terminé deuxième du Tour. En vieillissant, j’ai finalement davantage joué ma carte sur le Giro mais le Tour reste quelque chose d’encore plus spécial.

Quand vous étiez enfant, il vous arrivait de regarder le Giro à la télévision ?

Oh oui, quand j’étais plus jeune je regardais le Giro à la télé et pas seulement. Quand je le pouvais, j’allais également sur le bord de la route pour voir les coureurs passer. Ce sont de bons souvenirs. À l’époque, mon coureur préféré, mon idole, c’était Miguel Indurain. Il était vraiment très, très fort.

En 2005, vous avez porté le premier de vos 19 maillots roses. Quel souvenir en gardez-vous ?

La première fois, c’est toujours spécial. Ce jour est encore gravé dans ma mémoire. C’était l’un des rêves de ma vie de porter ce maillot rose, et ça se réalisait ! Après ça, l’avoir sur mes épaules fut toujours un grand honneur, surtout en tant qu’Italien.

En 2006, on peut dire que vous voliez au dessus de vos adversaires sur le Giro : trois victoires d’étapes et dix minutes d’avance à l’arrivée ! Vous étiez dans la forme de votre vie, non ?

« Beaucoup d’autres choses ont compté pour me sentir mieux (au retour de ma suspension) : ma famille, mes amis… Le cyclisme et ce succès (au Zoncolan) étaient juste une petite partie de ces choses qui m’ont reconstruit. »

Ivan Basso

J’étais en très grande forme cette année-là c’est vrai. Mais vous savez en 2010, quand j’avais dix minutes à reprendre sur Arroyo, j’ai également dû voler au dessus de la route pour y parvenir !

Une victoire a marqué les esprits de beaucoup de tifosis, celle en haut du Zoncolan en 2010. A-t-elle eu un goût particulier ?

Je me souviens de toutes mes victoires, et celle là était belle. Mais cela ne doit pas être une fin en soi. Quand vous visez de grandes choses, vous devez voir plus loin, être directement dans l’après.

N’était-ce pas comme une résurrection un an après votre retour de suspension ?

En partie oui, mais vous savez, la vie est longue et vous devez penser plus grand que le cyclisme. Le vélo était l’une des meilleures parties de mon existence, mais finalement je pense que beaucoup d’autres choses ont compté pour me sentir mieux pendant cette période : ma famille, mes amis… Le cyclisme et ce succès étaient juste une petite partie de ces choses qui m’ont reconstruit.

Cette année, c’est le centième Giro. Que pensez-vous du parcours qui a été dessiné ?

Il est vraiment dur. Mais le Giro est toujours compliqué à courir, quelque soit le parcours. La météo est souvent capricieuse et les routes ne sont pas toujours les meilleures… Il y a beaucoup de grandes et petites difficultés qui rendent la vie du coureur pénible.

En 2012, vous étiez tout près du maillot rose jusqu’à la 19e étape, celle du Stelvio, où vous vous écroulez. Pensez-vous avoir laissé filer votre dernière chance de remporter le Giro ce jour-là ?

Le Giro 2014, l’avant-dernier de Basso, qu’il terminera 15e – Photo RCS Sport

Ah oui, je me souviens de cette étape… Je suis arrivé en bas du Stelvio avec des scénarios en tête, de l’espoir. J’espérais clairement prendre la première place en haut et je me disais que c’était le meilleur moment. Mais quand j’ai ouvert le gaz, rien n’en est sorti et j’ai explosé (il finira 10e de l’étape à 5 minutes de Thomas De Gendt, ndlr). Par la suite, je ne me suis jamais retrouvé dans une si bonne position.

De plus en plus de coureurs internationaux viennent sur le Giro pour le gagner. Conséquence : il n’y a eu que trois victoires italiennes depuis 2008, après une hégémonie de plus de 10 ans sur la course. Ce regain de compétition est-il bon pour le cyclisme italien ?

Bien sûr, c’est une bonne chose. Une très bonne chose même ! Plus la course sera internationale, mieux elle s’en portera. Je pense que c’est le meilleur moyen de rendre le Giro plus grand encore et cela permet de toucher davantage de monde. En plus, les fans italiens aiment voir leur course disputée entre tant de grands champions. C’est aussi une bonne nouvelle pour les coureurs du pays parce que quand vous gagnez face à d’autres champions. Ça a toujours une bien plus grande valeur.

En 2006, avant que l’affaire Puerto ne vous écarte du peloton, vous veniez de gagner le Giro et vous étiez le grand favori du Tour. Pensez-vous que ce doublé mythique est encore réalisable aujourd’hui ?

« Je dirais qu’on retiendra Nibali comme l’un des tous meilleurs de son époque. La différence, c’est que Contador, les livres s’en souviendront comme l’un des meilleurs de l’histoire. »

Ivan Basso

Oui, je crois profondément que c’est un exploit toujours possible. Autrement, à quoi servent les records ? Ils sont là pour être battus. Pour ce doublé, c’est pareil. Si quelqu’un a les capacités pour le faire et qu’il se donne pour objectif de le réussir, c’est possible. Aujourd’hui Quintana pourrait peut-être le faire… Attention, je ne dis pas que c’est facile, il faut aussi avoir de la réussite. Il y a deux ans, Alberto n’en était pas si loin. Il a manqué de chance et il a eu un mauvais jour sur le Tour. Mais il aurait pu le faire.

Contador justement, comme Nibali, a remporté les trois grands tours. Vous avez été coéquipier des deux hommes, lequel vous a le plus impressionné ?

Contador sans hésiter. Il suffit de regarder son palmarès, il est tellement incroyable… Celui de Nibali est… un peu différent. Je ne dis pas que Vincenzo n’est pas un super coureur, il l’est. Je dirais même qu’on le retiendra comme l’un des tous meilleurs de son époque. La différence, c’est que Contador, les livres s’en souviendront comme l’un des meilleurs de l’histoire. Pour moi, il va entrer dans le top 3 des meilleurs coureurs de tous les temps. Rendez-vous compte, il a gagné deux fois plus de de grands tours que Vincenzo. Ça n’enlève rien à Vincenzo qui reste un grand, mais on ne peut pas être comparé à Alberto.

Vous les avez aidé à différents moments de leurs carrières, mais que leur avez-vous enseigné ?

« J’aurais pu continuer, mais j’aurais pris le départ des courses pour essayer d’arriver au bout et non plus pour les gagner ou les faire gagner. J’ai préféré m’arrêter là. »

Ivan Basso

Vous savez, ce sont de tels champions que vous n’avez pas à beaucoup de chose à leur apprendre. Vous essayez de mener par l’exemple avant tout. Ils aiment avoir un homme, un ami et enfin un professionnel à leurs côtés pour réussir. J’ai essayé d’être les trois.

En tant que champion, que leader né, ce n’était pas trop dur de descendre dans la hiérarchie pour devenir capitaine de route ?

Non, ça ne l’a pas vraiment été pour moi. Je pense que tout le monde doit connaître ses limites et donner le meilleur de ce qu’il a avec ses moyens.

Vous avez décidé de vous retirer en 2015 après votre cancer des testicules. Était-il impossible de continuer ?

La maladie m’a ouvert l’esprit vers autre chose et puis, à l’âge que j’avais, c’était compliqué de reprendre. J’aurais pu, mais j’aurais pris le départ des courses pour essayer d’arriver au bout et non plus pour les gagner ou les faire gagner. J’ai préféré m’arrêter là.

Alors vous voilà dans l’encadrement de l’équipe Trek-Segafredo…

Dès sa retraite, Ivan Basso intègre l’encadrement de Tinkoff, puis celui de Trek – Photo ASO / G. Demouveaux

Aujourd’hui, mon rôle est de chercher les jeunes talents de demain. On travaille dur en ce moment, on suit quatre ou cinq bons coureurs mais je ne dévoilerai pas les noms… Ensuite, je donne des conseils aux coureurs. J’adore ce travail car tu peux voir que, quand tu leur donnes des indications, ils les appliquent plus tard sur la route. Ça me rend heureux, vraiment heureux, quand je vois qu’ils écoutent.

Avez-vous choisi Trek-Segafredo pour suivre Alberto Contador, après quelques années passées ensemble chez Tinkoff ?

J’ai d’abord rejoint Trek-Segafredo car Segafredo est un sponsor italien. Mais évidemment, quand votre carrière croise celle d’une personne que vous appréciez, c’est une bonne chose. Je suis très content de refaire équipe avec Alberto.

Pensez-vous enfin le voir gagner un nouveau Tour de France cet été ?

Bien sûr que oui ! Il peut le faire ! Il n’est peut-être pas meilleur que Froome mais il a fait deuxième de plusieurs courses cette année, ponctuées de vraies batailles entre champions avec Valverde. Ça prouve qu’il est toujours dans le coup. Il marche très bien depuis le début de saison et notre but chez Trek-Segafredo, c’est qu’il arrive au top sur le Tour. Si tout se passe bien, il peut gagner.

Pour finir, pouvez-vous nous dire sur qui parier pour ce Giro ?

Je vais parler en tant que membre de l’équipe Trek-Segafredo : j’espère que Bauke Mollema sera la grande surprise. Non seulement je l’espère, mais j’y crois fortement. L’an passé il avait vraiment des jambes de feu sur le Tour avant ce jour sans (à Saint-Gervais Mont-Blanc, ndlr). Il était deuxième du général à trois étapes de la fin. Donc il peut le faire sur le Giro cette année. Pour le reste, je ne vais pas être original, je pense comme tout le monde à Quintana et Nibali…

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