Il y en avait partout. Pierre Latour, devant, qui allait chercher une victoire venue d’ailleurs. Chris Froome et Nairo Quintana, derrière, qui bataillaient une dernière fois pour le maillot rouge. Et au milieu, Esteban Chaves, qui faisait le nécessaire pour éjecter du podium Alberto Contador. A la veille de l’arrivée à Madrid, la Vuelta nous a offert un sublime spectacle.

Ils n’ont rien lâché

C’était plus ou moins joué, et tout aurait pu rester en l’état. Froome avait 1’21 de retard sur Quintana, et il savait qu’il ne referait pas son retour sans des circonstances de course très favorables. Idem pour Chaves, qui pointait à 1’11 de Contador. Mais le Britannique comme le Colombien se devaient d’essayer, pour être sûrs de ne pas être passés à côté de quelque chose de plus grand. Dans l’ultime montée, Froome a donc beaucoup tenté. Cinq fois, il s’est dressé sur ses pédales en espérant faire craquer Quintana. Mais y avait-il vraiment quelque chose à faire ? Le maillot rouge était bien trop costaud pour laisser le moindre espoir à son rival de la Sky. Jamais il n’a cédé ne serait-ce que quelques mètres, et dans les dernières rampes, il s’est même offert le luxe de distancer « Froomey ». Comme pour lui rappeler qu’il était bel et bien le patron de cette Vuelta. Le Britannique ne pouvait dès lors plus contester. Simplement acquiescer. Il l’a fait avec classe, en applaudissant son bourreau au moment de passer la ligne.

Demain, Nairo Quintana remportera donc son deuxième grand tour, et sa première Vuelta. Avec un compatriote à ses côtés, sur le podium. Alberto Contador, spécialiste des coups de panache et des grandes opérations lancées de loin, a peut-être trouvé son successeur. Il s’appelle Esteban Chaves, et comme un symbole, a fait perdre à l’Espagnol sa troisième place au classement général. En attaquant à 45 kilomètres du but, dans l’avant-dernière ascension du jour, le leader de l’équipe Orica a pris un risque. Celui de se brûler les ailes et de tout perdre dans le final. Mais il était quatrième ce matin, et tout ce qui comptait était pour lui de monter sur la boîte. Au terme d’un deuxième contre-la-montre en deux jours, il a réussi. Il a repris au Pistolero treize secondes de plus que ce qu’il fallait. Et surtout, il a confirmé qu’il pouvait tenir la dragée haute aux cadors.

Des symboles et des records

Pour beaucoup de coureurs, cette Vuelta restera donc comme historique. Quintana a battu Froome pour la première fois sur un grand tour, alors que le Britannique va devenir le co-recordman de deuxièmes places finales sur les routes espagnoles – à égalité avec Luis Ocaña. De son côté, Contador va terminer l’année sans un seul podium sur une épreuve de trois semaines, ce qui ne lui était arrivé qu’une seule fois ces dix dernières saisons (en 2013). Pour Valverde, il s’en est fallu de peu qu’il rentre dans les dix premiers du général – il termine 12e à 1’50 de Bennett – et entre un peu plus dans l’histoire en devenant le troisième coureur dans le top 10 des trois grands tours la même année. Mais Chaves, avec ses deux podiums de grands tours cette année (comme Froome et Quintana), compense. Depuis dix ans, ceux qui ont réussi pareille performance se comptent sur les doigts d’une main : le Colombien a fait aussi bien que Contador (2008), Sastre (2008), Nibali (2010 et 2013), Rodriguez (2012) et Aru (2015). Finalement, on en oublierait donc presque que Pierre Latour a décroché une impressionnante victoire au sommet du dernier col de cette Vuelta. Parce que ce final était vraiment phénoménal, et que finalement, on n’en attendait pas tant !

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