S'il a lâché le maillot jaune sur la dernière étape du Dauphiné, van Garderen a impressionné - Photo Mathilde L'Azou
18 juin 2015

« TVG » paré au décollage

Il lui aura manqué dix petites secondes pour obtenir la première grande victoire de sa carrière sur une course par étapes. Sa deuxième journée en jaune lors de la dernière étape du Dauphine, qui emmenait le peloton sur les hauteurs de Modane, ne s’est finalement pas soldée par une première place au général, mais la forme qu’il a affiché toute la semaine peut lui donner pleine confiance avant le Tour de France qui débute dans un peu plus de deux semaines. Sa régularité pourrait bien lui offrir un podium surprise lors de la prochaine Grande Boucle.

Une préparation idéale pour le Tour

Van Garderen a frappé par sa capacité à résister tant bien que mal aux accélérations de Christopher Froome. La semaine dernière, c’était le seul assez fort pour revenir au train sur le Britannique dont le coup de pédale aérien et – presque – aussi fluide qu’en 2013 est prêt à faire des ravages. Si celui que l’on surnomme « TVG » était au-dessus du lot, on pourrait bien le comparer à Indurain tant sa façon de grimper les cols est semblable, assis sur sa selle à imprimer un rythme soutenu, sans accélération. C’est la victoire de son équipe dans le contre-la-montre de la troisième étape qui a mis le natif de Tacoma sur orbite et il est sûr que si la BMC roule aussi fort lors de la neuvième étape du Tour de France, l’Américain sera en bonne position avant la montagne, et difficilement décrochable de la roue dans les grands cols.

Ce qui le handicape, ce sont les brusques changements de rythme, ces grosses accélérations sur des pourcentages à deux chiffres que seuls les plus grands sont capables de réaliser. Ces machines à attaques que sont Froome, Contador ou encore Quintana ont cet avantage de pouvoir lâcher tout le monde sur quelques mètres. Le Britannique a usé de cette stratégie dans les Alpes le week-end dernier en se servant de Wout Poels, assez bluffant sur les deux dernières étapes. A l’arrivée, van Garderen admettait que son talon d’Achille a été utilisé à merveille. « Froome a bien joué tactiquement en utilisant Poels pour livrer quelques accélérations de rythme, en sachant que personnellement je suis beaucoup mieux en conservant un rythme régulier. Ils ont imprimé un rythme irrégulier et Chris m’a attaqué au bon moment. » C’est parce qu’il lui manque ces qualités efficaces et spectaculaires qu’il est moins médiatisé et moins à même de ramener le maillot jaune à Paris. Qui plus est cette année avec le faible kilométrage contre-la-montre qui n’avantage pas celui qui est avant tout un gros rouleur.

Une barrière psychologique franchie

Quoi qu’il en soit, cette saison, « TVG » apparait libéré mentalement. La retraite de Cadel Evans, avec qui il était co-leader de la BMC sur les courses par étapes, lui a laissé de la place et des libertés, mais le principal intéressé confie qu’il a surtout grandi. « Je crois que j’ai gagné en maturité. J’ai appris à rester calme même dans les moments de stress. Il y a quatre ans, avec le maillot jaune sur le dos à la veille de l’arrivée, j’aurais à peine dormi de la nuit. » Il est plus à l’aise dès que la route s’élève et possède une équipe entièrement dédiée à sa cause, avec des coureurs expérimentés dont les qualités ne sont plus à démontrer. « J’ai autour de moi des coureurs comme Samuel Sanchez ou Manuel Quinziato qui m’épaulent durant la journée, qui me disent par exemple quand je dois m’alimenter. C’est rassurant et ça me permet de ne jamais paniquer. » Il est maintenant plus en confiance que jamais, certain de ses capacités à affronter les meilleurs. De quoi voir le prochain Tour de France de manière positive. « Ce Tour s’annonce fun. Quand vous laissez cinq mètres à Froome, c’est dur de revenir. Il est le grand favori mais on a vu cette semaine qu’il n’était pas imbattable. »

Sa saison est entièrement orientée sur ce mois de juillet et avec un nombre de jours de courses relativement faible, van Garderen envisage d’être au top de sa fraîcheur. « Je pense que je serai encore meilleur en juillet sur le Tour. Après le Dauphiné, je n’ai plus de course à mon programme jusqu’au départ d’Utrecht. Je vais poursuivre ma préparation avec des stages d’entraînement et des reconnaissances, j’arriverai sur le Tour avec beaucoup de réserves. Je crois qu’il en faudra car la course risque de se dérouler comme ici ou au Giro, ce sera une bataille acharnée tous les jours.» S’il paraît loin du quatuor attendu sur le Tour, et peut-être même en dessous d’un Pinot, l’Américain est ambitieux et sa régularité pourrait bien lui permettre de se sublimer lors d’une troisième semaine qui s’annonce extrêmement difficile. Enchaîner les étapes de montagne ne lui fait plus peur, et il semble assez puissant pour accompagner tout le monde vers les sommets. Qu’il ramène le maillot de leader sur les Champs-Elysées serait une sacré surprise, et personne n’ose même y croire. Un podium serait déjà incroyable. Mais lui ne semble douter de rien, et c’est sans doute la meilleure manière de nous faire mentir.

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4 Commentaires sur "« TVG » paré au décollage"

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Kelderman
Kelderman

Adrien Godard Vous avez oublié dans votre très bon sujet sur Van Garderen: débute dans un peu plus de semaine-> 2 semaines.

Si non Van Garderen comme vous l’avez bien dit va se battre logiquement avec Pinot et Bardet pour le top 5… Après peut tous se passer sur le tour (1 ère semaine, qui peut tout changer, on verra bien en tout cas ça approche.)

Et si non Van Garderen demonte la thèse que la Rabobank Continental forme des coureurs qui sont cramés au bout de 2-3 ans… Ils stagnent un peu, il reste limité en montagne par rapport aux Contador, Froome, Nibali, Quintana. Enfin, on verra sur le Tour de France.

321zorro
321zorro

Le big four annoncé ne sera pas forcément dans l’ordre ou le désordre devant, à Paris. Rares sont les courses où il n’y a pas de champions qui flanchent. Si Contador a un jour sans par exemple (vu son giro, ce n’est pas impossible), il peut vite se mettre sur le bas côté…

rolfsorensen
rolfsorensen

Il n’est pas cramé, TVG, il a fait un beau Dauphiné, et l’an dernier sur le Tour il était pas mal, il a juste flanché sur une étape. C’est certainement pas le plus gros échec de Rabobank continentale! C’est vraiment le rouleur-grimpeur type : limité mais résistant dans la très haute montagne, pas le genre à pouvoir s’envoler genre Quintana ou Contador.

Gentleman
Gentleman

En effet TVG a épaté dans le Dauphiné en étant juste un tout petit cran en dessous de Froome, ce qui l’a empêché de garder le contact le jour où il perd le maillot. On peut ajouter à la lecture du palmarès de Tejay qu’il est particulièrement en réussite dans les courses par étapes courues sous la chaleur. Un mois de juillet torride serait peut-être un avantage pour lui ?
En ce qui concerne les forts pourcentages, c’est un domaine où son poids (environ 70 kg) va le handicaper par rapport à Quintana, Contador, Pinot, Nibali, Bardet, et dans une moindre mesure Froome. Son gabarit le rapprocherait d’un Pierre Rolland, même si leurs morphologies sont différentes.