L'attentisme de Valverde lui a vraisemblablement coûté quelques victoires de prestige, comme ici à Liège, en 2010 - Photo Bettini
22 avril 2014

Valverde, où est passé ton panache ?

Après un excellent début de saison marqué par sept victoires, l’ancien vainqueur de la Vuelta est encore tombé dans ses travers. Après avoir été critiqué pour son manque de panache sur le Tour du Pays basque, remporté par Alberto Contador, il a encore une fois plombé un possible retour du groupe de contre, sur l’Amstel, par son manque d’envie à collaborer. Trop souvent partisan du moindre effort, les choix tactiques de l’Espagnol sont de plus en plus critiqués, et criticables. D’autant qu’il n’a plus remporté la moindre classique World Tour depuis près de six ans.

Une stratégie qui ne fonctionne plus

Depuis son retour de suspension, lors des grands rendez-vous, El Imbatito ne cesse de privilégier une tactique d’attente, de suiveur, qui lui a permis de réaliser de nombreux podiums ou places d’honneur sur ses principaux objectifs. Mais cette stratégie ne lui permet plus de remporter de grande course. Sa saison 2013 est un exemple parfait. Sur le podium de l’Amstel, de Liège et des Mondiaux, il n’a remporté aucune des épreuves ! Tuant la contre-attaque par son manque de collaboration lors du final de la classique néerlandaise, il ne fera guère mieux une semaine plus tard sur la Doyenne. Alors que Dan Martin et Joaquim Rodriguez s’envolaient vers la victoire, le leader de la Movistar refuse de collaborer avec ses compagnons d’échappée, Michele Scarponi et Carlos Betancur. Il prendra la troisième place, au sprint. Mais la goutte qui a fait déborder le vase pour de nombreux fans espagnols, c’est son choix tactique à Florence, lors du championnat du monde. Alors que Rui Costa part en poursuite de Joaquim Rodriguez, Valverde refuse une nouvelle fois de faire l’effort et laisse Vincenzo Nibali prendre la responsabilité de la poursuite, alors que l’Italien était déjà cuit. Résultat, le duo ne reviendra jamais, et le Murcian prendra la troisième place, au sprint. Encore. Purito avait d’ailleurs exprimé son incompréhension après la course : « Pourquoi Valverde n’a pas suivi ? », avait-il lancé, songeur. On pourrait aussi s’attarder sur la stratégie de Bala lors des courses par étapes, mais c’est bien sur les courses d’un jour que le constat est frappant. La dernière classique de renom qu’il ait remporté date de 2008, c’était la Clasica San Sebastaian…

Avant son arrêt forcé d’une saison, l’Ibère favorisait déjà cette tactique ; mais à l’époque, elle le menait beaucoup plus régulièrement à la victoire. Vainqueur à deux reprises de Liège-Bastogne-Liège, il a chaque fois gagné sans vraiment avoir assumé la poursuite. Lors de l’édition 2006, grâce notamment à son coéquipier Rodriguez en tête de course, il ne prit aucun relais et attendit le sprint, qu’il régla assez facilement devant les Italiens Bettini et Cunego. Deux ans plus tard, en 2008, il profita d’abord du train de Rebellin avant de bénéficier du travail de Frank Schleck et de ses choix hasardeux dans le final. Un état d’esprit qui lui avait également permis de s’adjuger son unique grand tour, la Vuelta 2009. Jamais au cours de trois semaines de course il n’eut besoin de prendre des risques conséquents, se contentant de prendre les bonifications en fin d’étape tout en profitant des problèmes du duo Gesink-Evans. Ces choix tactiques ne datent donc pas d’hier, mais ils ne fonctionnent plus. Et cela avait en réalité commencé un peu avant la suspension de Valverde : sur Liège-Bastogne-Liège 2010. A l’époque déjà, son manque d’envie dans la poursuite de Kolobnev et Vinokourov avait plombé ses chances de victoires, et celles d’Evans et Gilbert avec. Plus aussi souverain au sprint que par le passé – l’âge n’y étant sans doute pas étranger -, il ne bénéfice surtout plus d’autant de complaisance de la part ses adversaires, comme cela avait pu être le cas sur la Doyenne en 2008.

Un outsider bien différent

Toutefois, ne tombons pas dans le négationnisme. Balaverde est aussi capable de prendre des risques et d’attaquer. Mais il ne semble se le permettre que lorsqu’il est annoncé comme un outsider. Lors de son retour de suspension, on avait pu voir un Valverde nouveau ; comme une renaissance. Vainqueur d’étapes sur le Tour Down Under et Paris-Nice, il avait aussi décroché un bouquet sur la Grande Boucle au sommet de Peyragudes. Une victoire acquise avec panache, en attaquant de loin et en résistant au retour de Chris Froome. Il était alors hors du coup au général, et on ne l’attendait plus. Mais quelques semaines plus tard, sur la Vuelta, il retrouva son statut et faisait partie des favoris. Et nous, on retrouva le Valverde attentiste. Jamais il ne tenta de renverser le leadership de Contador ou de Rodriguez, se contentant d’accélérations dans les ultimes hectomètres des étapes, histoire d’aller chercher les bonifications. Pourtant avant sa suspension, il était capable de s’engager dans d’incroyables tentatives, au risque de tout perdre. Ce fut le cas sur le Dauphiné Libéré, en 2009. Après avoir été relégué à près de deux minutes de Cadel Evans, il décide d’attaquer de loin lors de la cinquième étape. Son show sur les routes du Mont Ventoux lui permet alors de reprendre plus de deux minutes sur l’Australien. Quelques jours plus tard, il remportera l’épreuve. De nouveau, c’est une fois qu’on ne l’attendait plus qu’il fit son retour… Comme si le statut de favori l’empêchait d’être lui-même. Ses plus jeunes années montrent aussi que le panache ne lui est pas totalement étranger : en 2005, il avait fait le spectacle en compagnie de Lance Armstrong sur les routes du Tour (vers Courchevel), et un an plus tard, il avait attaqué dans le final des Championnats du Monde avec Samuel Sanchez.

Certains épisodes de son passé parlent donc pour lui. Valverde a déjà prouvé qu’il faisait partie des grands et qu’il était capable de gagner – ou pas, d’ailleurs – avec panache, à l’instar d’un Nibali ou d’un Contador. Mais ce type d’offensives demeurent trop rares pour un coureur de sa classe, surtout lors des grands rendez-vous. Tombé dans une parodie de tactique foireuse, le Murcian est devenu au fil du temps le poison de ses adversaires. Trop souvent partisan du moindre effort, il devra se remettre en question s’il ambitionne de regagner une grande épreuve. Car à l’aube de ses 34 ans, il n’a plus le temps de rêvasser. Il doit arrêter de se reposer sur sa pointe de vitesse et surtout cesser de n’attaquer que lorsqu’il est dos au mur. Enfin, il doit revoir sa tactique au sein d’un groupe d’échappées. Ces dernières années, il est devenu impossible de collaborer avec le double vainqueur de la Doyenne, et c’est sans doute l’une des pires réputations qu’il est possible d’avoir au sein du peloton. Critiqué par les journalistes mais aussi par ses pairs, on attend un tout autre Valverde dès dimanche, sur Liège-Bastogne-Liège. S’il a gagné deux fois « à la Valverde », il a désormais une étiquette trop grosse pour pouvoir refaire le coup. Pourtant, ses qualités sont indéniables et avec une stratégie adaptée, il ne fait aucun doute qu’il pourrait s’imposer de nouveau. Après un énième échec sur l’Amstel, le protégé d’Eusebio Unzué va donc devoir innover, sinon quoi il ne jouera encore que les places d’honneur. Et dieu sait qu’il serait dommage de ne pas concrétiser son début de saison prolifique…

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Swarley
Swarley

Un beau pamphlet mais mesuré contre l’intarissable Valverde, qui, malgré son manque évident de panache, reste un grand coureur.

Bon article Tommy :)

Max
Max

Et depuis, 2 flèches + 1 liege + 1 clasica san sebastian + 1 podium sur le tour
Faut pas le chercher le Valverde ^^

Max
Max

Et depuis, 4 flèches + 2 liège + 1 clasica san sebestian, + 1 podium sur le tour + champion du monde + 3 tours de catalogne + tour du pays basque
Fallait vraiment pas le chercher =)