Pour rallier Ans, il faut monter, et se frayer un chemin à travers la horde de spectateurs présents - Photo Astana Pro Team
19 avril 2013
Par  Robin Watt 

Un dernier aller-retour pour la route

Pour rallier Ans, il faut monter, et se frayer un chemin à travers la horde de spectateurs présents - Photo Astana Pro Team
Pour rallier Ans, il faut monter, et se frayer un chemin à travers la horde de spectateurs présents – Photo Astana Pro Team

Liège-Bastogne-Liège. Un départ de la capitale wallonne, et une arrivée à Ans, à quelques kilomètres de là. Entre les deux, 260 kilomètres et plusieurs heures de selle. Un aller-retour des plus compliqués, qui fait de la Doyenne des classiques l’un des plus grands mythe du cyclisme. Des épisodes légendaires ont marqué l’Histoire de l’épreuve, la hissant au rang de monument cycliste. Une caste que Liège-Bastogne-Liège partage avec Milan-Sanremo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix et le Tour de Lombardie. Un club très restreint, dans lequel il est impossible de pénétrer. Liés comme les cinq doigts de la main, ces courses imposent le rythme de la saison. Et ce malgré l’éloignement de l’épreuve lombarde, placée en fin d’année. Ce dimanche, la 99e édition du mythe marquera donc la fin des classiques. Après les flandriennes et les ardennaises, les grands tours vont entrer en scène, avant l’épisode final apporté par le Tour de Lombardie. Pour tenir jusqu’à l’automne prochain, profitons donc comme il se doit de l’épreuve qui clos le printemps des classiques.

Une Histoire pleine de légendes

Qui n’a jamais entendu parler, par exemple, de l’épopée de Bernard Hinault dans l’édition de 1980 ? Sous la neige et au profit d’une perte de sensibilité à certains doigts, le Breton est allé chercher un succès unique. Seulement 21 coureurs classés à l’arrivée, et des anecdotes qui se transmettent de génération en génération, comme pour ne pas oublier cet exploit. D’autres ont eux aussi marqué Liège-Bastogne-Liège, et leur histoire n’est pas forcément moins intéressante. Il y a là de nombreux Belges, parmi lesquels l’inévitable Eddy Merckx, vainqueur à cinq reprises entre 1969 et 1974, alors que chaque année il était attendu et pointé du doigt comme l’homme à battre, si ce n’est à abattre. Et pourtant, si rare furent ses mises à l’écart du podium, car même quand il ne gagnait pas, il demeurait présent. Du cannibalisme à l’état pur, tellement caractéristique du coureur.

Cependant, si certains ne doivent la victoire uniquement qu’à leur propre performance, il n’est pas rare de profiter des erreurs de ses concurrents. C’est ainsi que l’épisode de 1987 s’est ancré, sûrement à jamais, dans la légende de la Doyenne. Cette année, qui jusqu’au bout sembla celle de Stephen Roche – victorieux sur le Giro, sur le Tour puis sur les Championnats du Monde – aurait pu l’être encore un peu plus si l’Irlandais s’était octroyé une classique de renom. Il fut tout près de le faire à Liège… Avec Claude Criquielion, ils avaient réussi à lâcher le monstre Moreno Argentin, double tenant du titre de l’épreuve. Dans les derniers hectomètres, les deux hommes qui avait terminé juste derrière Argentin deux ans auparavant, se scrutent. Pour la première fois dans une si bonne position à l’approche de la ligne, aucun ne veut faire l’erreur de lancer son sprint trop tôt. Tels des pistards, Roche et Criquielion sont presque à l’arrêt. Quand l’Italien revient alors de derrière à pleine vitesse, impossible pour eux de relancer. Ils pensaient se jouer la victoire et sont finalement battus par leur démon, revenu de nulle part et qui s’offre un troisième succès consécutif. Malheureusement pour les deux vaincus, c’est donc aussi ça, Liège-Bastogne-Liège.

Quid de l’édition 2013 ?

Depuis quelques années, la classique créée en 1892 n’est plus aussi passionnante. La différence se faisant de plus en plus tard, elles sont devenues très rares les épopées et les victoires bâties loin de l’arrivée. Ses différentes côtes utilisées comme un échauffement par les coureurs, ils ne se passera, c’est une certitude, rien d’important entre Liège et Bastogne. Restera alors le retour, vers Ans. La suppression de la Roche-aux-Faucons – remplacée par la côte de Colonster –, destinée à inciter les coureurs à partir de plus loin, est risquée, la côte de Saint-Nicolas pouvant se muer en théâtre de la décision finale. Ses 2200 mètres à 8,6 % de moyenne avaient permis à Maxim Iglinskiy de sortir pour aller chercher la victoire la saison passée. Avec seulement trois kilomètres à parcourir après son ascension, la dernière difficulté du parcours est de plus en plus attendue par les cadors.

Cependant, ne désespérons-pas. S’il est très peu probable pour ne pas dire impossible de voir la différence se faire dans le triptyque légendaire Wanne-Stockeu-Haute Levée, la côte de la Redoute, placée quelques kilomètres plus loin, est également un lieu stratégique. Placée à une quarantaine de kilomètres de la ligne d’arrivée à Ans, la bosse adoptée par le local de Remouchamps, Philippe Gilbert, peut avoir son importance. Rarement décisive ces dernières années, l’éviction de la Roche-aux-Faucons – où une première sélection s’était effectuée en 2009, 2010, 2011 et 2012 notamment – pourrait permettre à la Redoute de prendre un peu plus d’importance. Car à n’en pas douter, ce n’est pas dans la côte du Colonster que les cadors pourront éliminer leurs adversaires. ASO a dû se passer de ce passage stratégique, et c’est un mal pour un bien tant la course tendait à se stéréotyper depuis quelques années. Cette décision forcée pourrait même devenir un choix dans le futur s’il venait à bouleverser la course. Histoire de mettre en avant les qualités de l’organisateur, mais aussi de nous laisser un joli souvenir pour les nombreux mois sans classiques qui vont suivre…

Robin Watt


 

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Petite erreur : changement de parcours en raison de travaux dans la Roche aux Faucons, pas par choix délibéré.