Martin avait clôt le bal en 2013 ; en fera-t-il de mêle cette année avec une plus grande adversité ? - Photo AFP
18 mars 2014

Un contre-la-montre aux aiguilles diverses

Ces dernières années, on avait plutôt l’habitude de connaître le vainqueur de la course des deux mers au bout de l’intenable fil rouge que consistait l’épreuve chronométrée finale dans les rues de San Benedetto del Tronto, sur la côte adriatique. Un exercice solitaire de neuf kilomètres, a peine plus simple que le principe de l’aller-retour dénué de difficultés, mais traditionnellement riche en enseignements. Ainsi, Vincenzo Nibali a su y forger son succès de 2012 mais aussi résister à Christopher Froome en 2013, mais en 2014, le suspens a disparu concernant l’issue du général de ce Tirreno – Adriatico. A la faveur d’une chevauchée remarquable dans les pentes du Passo Lanciano, El Pistolero a renversé la vapeur de manière quasi définitive. Mais doit-on pour autant déconsidérer cette dernière étape ?

Un top 10 encore à formater

Au portillon de départ ce mardi, un seul homme peut vraiment avoir la tête tranquille, en la personne d’Alberto Contador. Pour l’ibère, ce dernier obstacle sera bien différent de celui réalisé l’an dernier, et on s’apparente vers une pure formalité pour le déjà double vainqueur d’étape, parfois capable de coups d’éclats sur des contre-la-montre difficiles avant sa suspension. Bénéficiant à cette heure de deux minutes et huit secondes d’avance sur Nairo Quintana son dauphin, et sept secondes de plus sur son coéquipier Roman Kreuziger, la victoire est à portée de fusil, d’autant plus qu’aucun rouleur de métier ne paraît en mesure de casser la baraque à moins d’un improbable concours de circonstances, ni même d’effectuer une improbable remontée afin de chambouler l’ordre établi au sommet de Cittareale et Guardiagrele. Néanmoins, à ce petit jeu là, le français d’AG2R la Mondiale Jean-Christophe Péraud est incontestablement en position de force parmi les membres du top 10. Se permettant le luxe de tutoyer les meilleurs lors de la grande étape dominicale à rebondissements, le grimpeur/rouleur d’une équipe savoyarde transcendée par les exploits de Betancur sur Paris-Nice se situe à 25 secondes de la troisième place détenue par Kreuziger, dont les dernières performances face à la montre n’ont rien d’ahurissantes. D’autant plus que l’on imagine guère les purs escaladeurs que sont Julian Arredondo, Mikel Nieve, Dani Moreno, Domenico Pozzovivo – encore un AG2R ! – ou encore Robert Kiserlovski signer des résultats pharamineux.

Non, pour retrouver la trace d’un vrai coureur d’une semaine capable de jouer la gagner sur des exercices chronométrés, il faut aller jusqu’à la 17ème position, occupée par l’américain Andrew Talansky, et surtout une place en-dessous, ou l’ogre polonais Michal Kwiatkowski se situe. Mais les deux spécialistes sont à plus de cinq minutes du maillot bleu, solidement installé sur les épaules du coureur de Tinkoff–Saxo. Sur la configuration d’un tel tracé, il est très improbable de voir un piètre rouleur accuser plus de la minute et demie sur les meilleurs, et dans ce cas, la fantastique remontée du dernier jour n’est qu’une illusion. Une explication quelque peu inhabituelle va, sauf surprise, se dérouler sur cette dernière étape, entre onze hommes, situés du deuxième au douzième rang du général. 59 secondes séparent Quintana de Scarponi, au top samedi mais moins fringuant lorsque les pentes les plus abruptes se sont présentées. Néanmoins, l’expérimenté transalpin d’Astana n’a jamais été vraiment mal loti sur sa course fétiche qu’il a déjà remportée en 2009. Cela devrait aussi être un bon indicateur afin de voir les progrès de chacun dans une discipline impitoyable envers les coureurs en devenir, ayant déjà fait acte de candidature pour un grand tour, et c’est à ce juste titre que la performance de Bauke Mollema, vingtième pour le moment, sera scrutée de près.

Le défilé des bolides

Mais avant de se focaliser sur un classement général difficile à lire en ce qui concerne les places d’honneur, il est surtout question de victoires d’étapes, qui plus est sur le World Tour. Les ténors du domaine sont en majorité présents, notamment suite au parcours d’une Course au Soleil dénuée de chrono, et après les mises en jambes de San Luis, Dubaï, du Tour Méd ou encore en Algarve, il est temps de commencer à ordonner la hiérarchies des rouleurs, version 2014. Obstiné par les classiques depuis que la réussite insolente de Tony Martin s’est installée sur le circuit mondial, Fabian Cancellara n’a pas encore débloqué son compteur cette année, mais il en possède en tout cas l’opportunité, sur des lieux qui lui sont connus, puisque synonyme de victoire en 2012. Mais voilà, son meilleur ennemi allemand et double champion du monde en titre s’est aussi aligné en Italie pour préparer la suite de sa saison, tout comme l’énigmatique Bradley Wiggins. Le podium des mondiaux de Florence est donc présent, mais on aurait tort de ne pas élargir notre palette de candidats crédibles à une victoire de prestige. Sur une distance plutôt courte, les hommes endurants et habiles lors des contre-la-montre dits marathon seront sans doute moins à leur avantage, et les spécialistes de prologue ont tout aussi leur chance.

Victorieux en février sur l’Etoile de Bessèges, Tobias Ludvigsson se doit de confirmer les belles promesses entrevues, tandis que le prodige néerlandais Tom Dumoulin, deuxième du dernier Eneco Tour peut encore une fois créer la surprise. Mais, les vrais juges de paix de ce contre-la-montre seront sans doute les hommes forts de la Movistar. Alex Dowsett, le britannique, s’était imposé sur un terrain compliqué à Saltara lors du dernier Giro et s’est déjà testé sur la deuxième étape, et sera accompagné du métronome espagnol Jonathan Castroviejo. Mais que dire d’Adriano Malori, la recrue italienne qui est sur une rampe de progression constante, se payant Phinney en Argentine. Celui-ci représentait plutôt au départ une alternative à Scarpo, mais l’estonien Tanel Kangert est capable de réaliser un temps de folie lorsque les jambes répondent, ce qui est surtout le cas de l’ébouriffant Kwiatkowski, dont le talent n’est plus à prouver, même si ses limites se sont révélées, ce qui reste tout à fait normal. Si l’on rajoute à tout ces nombreux grands noms du peloton d’autres motivés à l’image de Durbridge ou du local Boaro, on obtient donc une liste royale de prétendants à un podium très convoité, sur une épreuve particulière à double horizon. L’inverse des dernières éditions s’est donc produit, puisque si la lutte pour le général n’est pas si passionnante qu’on aurait pu le prévoir, celle concernant le vainqueur du jour est beaucoup plus alléchante.

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