Greg van Avermaet et Peter Sagan qui se battent pour la victoire finale de Tirreno-Adriatico, tout le symbole est là. En une semaine, la course italienne nous a offert de belles batailles entre puncheurs-sprinteurs, mais jamais les grimpeurs n’ont eu leur mot à dire. Et sur Paris-Nice, ça n’a pas été beaucoup mieux, où on a eu l’impression d’attendre des années ce dernier week-end où tout s’est joué. Triste semaine.

La neige, mais t’es où ? Pas là ?

« Je n’avais jamais espéré être dans une telle situation, admettait Greg van Avermaet à la veille du chrono final de Tirreno-Adriatico. C’est un peu étrange d’être en course pour le classement général. » Maillot bleu de leader sur le dos, le Belge a parfaitement bataillé ce mardi pour conserver sa tunique de leader. Une victoire inattendue, que l’on doit à l’annulation de l’étape reine, dimanche dernier, pour cause de neige. Une décision des organisateurs qui a beaucoup fait parler. Si la sécurité des coureurs, mise en avant, est d’abord apparue comme une excuse qu’on ne peut remettre en question, on a vite déchanté. Vincenzo Nibali, à qui l’absence d’étape de montagne a peut-être coûté la victoire finale, ne s’est en effet pas gêné pour montrer à tous que la route était en réalité praticable. Avec une vidéo qui montre le lieu prévu de l’arrivée sans un seul flocon de neige, l’Italien s’est même fendu d’une remarque ironique sur Twitter : « Le bon sens prévaudra toujours, désolé pour ceux qui aiment ce sport. »

Le peloton de la Course des deux Mers n’aura donc pas vu le Monte San Vicino, long de 13 kilomètres et proposant des pentes à 11 %. De quoi irriter un autre adepte des grands cols, Thibaut Pinot. « Pas de panique les grimpeurs… On aura notre bataille avec une très belle arrivée en bosse lundi. Merci Tirreno », a écrit avec second degré le Français sur les réseaux sociaux. On a senti le Franc-Comtois déçu de cette Italie où il aime tant courir. Parce qu’en effet, RCS Sport nous avait assez peu habitué à tant de précautions ces dernières années. Sur le Giro notamment, on a souvent eu droit à des parcours abracadabrantesques – avec pour mémoire la descente du Crostis en 2011, finalement annulée au dernier moment suite au décès de Wouter Weylandt – et à des étapes disputées sous la neige, comme au Galibier et aux Tre Cime de Lavaredo en 2013, ou à Val Martello en 2014. Mais ça avait aussi été le cas sur Tirreno l’an passé, lors de l’arrivée au Terminillo. Presque traditionnelles, les conditions météos difficiles n’ont que très rarement été un obstacle au spectacle en Italie. Alors quand en plus, l’annulation est prononcée la veille de l’étape, et que la neige n’est finalement pas au rendez-vous, la déception n’en est que décuplée.

Merci Contador sur Paris-Nice…

Mais si les observateurs, après avoir salué la décision de RCS, ont tant pesté contre l’organisation, c’est que les attentes avaient été démultipliées après que Paris-Nice a offert un spectacle assez limité. Là aussi, la neige – qui s’est faite attendre tout l’hiver pour finalement tomber quand on n’en voulait plus – est en partie responsable. L’étape arrivant au Mont Brouilly devait offrir aux favoris une occasion de croiser le fer avant l’ultime week-end, mais l’étape a été stoppée au bout de 97 kilomètres. De ce point de vue, il n’y a rien à reprocher à Christian Prudhomme, qui a pris la décision la plus juste. Mais la semaine a clairement été amputée d’une étape qui sortait de l’ordinaire, et attendre le samedi pour voir bouger les candidats à la victoire finale a été sacrément long. D’ailleurs, sans un Contador désireux de faire vaciller Geraint Thomas, les journées de samedi et dimanche auraient surement été beaucoup plus tranquilles. L’Espagnol, même s’il a emporté vers Nice un certain Richie Porte sur son porte-bagage, a été le seul à prendre des initiatives. On mettra en effet de côté l’accélération de Zakarin dans les 150 derniers mètres de La Madone d’Utelle.

Les deux épreuves, présentées comme les premiers grands rendez-vous de la saison, n’ont donc clairement pas tenu leur rang. Et en France comme en Italie, la montagne a accouché d’une souris. Nibali, Pinot, Valverde et les autres, sur Tirreno, n’ont rien eu à se mettre sous la dent. Heureusement, van Avermaet était là pour briser son image de loser, et Sagan pour perpétuer sa tradition des deuxièmes places. Maigre consolation, dont il faudra se contenter. Enfin, de l’autre côté des Alpes, on a simplement l’impression d’avoir assisté à un scénario stéréotypé jusqu’au dernier jour de course, sans doute en partie à cause d’un parcours qui ne laissait que peu de places aux surprises – surtout avec l’annulation du Mont Brouilly. Si les sprinteurs et dans une moindre mesure les puncheurs ont pu prendre des repères et se livrer quelques batailles, il y en a donc qui restent clairement sur le carreaux. Pour tous ceux qui aiment la montagne en effet, cette semaine de course, qu’elle se soit déroulée dans l’Hexagone ou dans La Botte, aura compté pour du beurre.

 

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