L’étape du Lioran, mercredi, avait semé le doute. Les pentes de l’Aspin, vendredi, en ont été une terrible confirmation. Thibaut Pinot était annoncé comme l’un des principaux outsiders de ce Tour de France : tous ses espoirs au général se sont déjà envolés. Alors que la haute montagne n’a même pas encore pointé le bout de son nez…

Retour sur Terre

« Au Lioran j’étais à fond et je pensais qu’on l’était tous. Mais en fait il n’y avait que moi… » A l’arrivée au Lac de Payolle, Pinot, même désabusé, analysait sa performance avec pertinence. Et comprenait alors mieux ce qu’il s’était passé deux jours avant. Il n’avait tout simplement pas les jambes sur cette première semaine de course, et il n’a pu le cacher très longtemps. Christian Prudhomme a concocté cette année un programme qui ne laisse aucune chance aux plus faibles. Contador, diminué par ses chutes, en a lui aussi fait l’expérience. Alors la FDJ a bien tenté de faire illusion, en menant le train dans l’ascension de l’Aspin. Mais la réalité a vite rattrapé les hommes de Madiot. Même sans attaque dans le groupe de favoris, Pinot ne pouvait plus suivre. Et il y a malheureusement dans ce scénario un air de déjà vu assez frustrant. Il y a un an, à La Pierre-Saint-Martin, le Franc-Comtois avait déjà tout perdu en lâchant près de dix minutes à Chris Froome. Terribles Pyrénées.

Avant d’entamer un week-end aux profils impressionnants, Pinot n’est pas aussi loin qu’en 2015. Les favoris sont à un peu plus de trois minutes seulement. Mais vu ce qu’a montré le Français sur les pentes de l’Aspin, difficile de l’imaginer suivre la cadence dans le Tourmalet, Peyresourde ou Andorre-Arcalis. Le général n’est déjà plus qu’un lointain souvenir pour un garçon qui avait pourtant réalisé une préparation des plus abouties. Ses progrès en chrono se sont largement confirmés cette année, avec trois victoires dans l’exercice, dont le championnat de France de la discipline. En montagne, il s’était aussi affirmé comme une valeur sûre, terminant quatrième du Tour du Pays-Basque et deuxième en Romandie. Thibaut Pinot avait enfin la carrure d’un grand. Si son podium sur la Grande Boucle en 2014 a été le résultat de quelques circonstances favorables, on le pensait désormais capable d’aller titiller les cadors à la pédale. Mais tout le monde est vite revenu à la réalité.

Devenir l’égal des grands

Le Dauphiné nous a montré qu’à l’approche du moment fatidique, tout devient plus compliqué. Peut-être que Pinot s’est crispé. Peut-être qu’il était en forme trop tôt, là où les autres étaient encore en rodage. Mais que sa contre-performance soit psychologique ou véritablement physique, elle marque un vrai tournant dans l’évolution du Français. En 2013 et 2015, tout le monde avait « accepté » qu’il passe à côté de son mois de juillet – du moins pour le général. Il était un jeune coureur, qui pouvait légitimement avoir du mal à supporter la pression après ses très bons Tours de France. Mais désormais, Pinot a 26 ans, et ne peut plus se cacher derrière ça. Depuis un an, il se prépare pour ce Tour 2016, et avant même la première arrivée au sommet – le Lioran mis de côté -, le voilà hors course pour le maillot jaune. Il doit gagner en fiabilité. Faire partie de ces coureurs qui quoi qu’il arrive, jouent la gagne sur les courses par étapes. C’est sans doute la marche la plus dure à franchir dans son évolution. Mais c’est celle qui en fera un grand coureur.

Buy me a coffeeOffrir un café
Vous avez aimé cet article de Robin Watt ? Participez à l'élaboration du prochain en contribuant aux frais d’hébergement du site.