Six coureurs par équipes, la solution ? Là où certaines épreuves manquent de spectacle et de suspense, où les favoris attendent les derniers hectomètres pour produire leur effort dans une course cadenassée par leurs brillants équipiers, une épreuve comme le Tour de Grande-Bretagne échappe le plus souvent à cette règle du cyclisme moderne. En imposant aux équipes de n’engager que six coureurs, les organisateurs proposent peut-être là une solution d’avenir pour le cyclisme professionnel. La question est de savoir si les autres épreuves ont intérêt à suivre cette tendance.

Oui, pour une course de mouvement

Courue sans oreillettes, on retrouve sur l’épreuve d’outre-Manche des situations qui n’avaient plus tellement l’habitude de se produire. Des échappées qui vont au bout, des groupes qui se forment à trente ou quarante kilomètres de l’arrivée et des sprinteurs avec comme train leur seul poisson-pilote. Ces situations inimaginables sur les grands tours ou les classiques printanières deviennent réalité sur cette épreuve du calendrier européen. En souhaitant cette particularité, les organisateurs britanniques, à l’instar de ceux du Tour de l’Ain ou d’autres courses continentales, ont imposé aux équipes de n’avoir que six représentants. « Une bonne idée », assure Patrick Chassé, qui a commenté la course pour L’Equipe 21. « Il faut cependant rester prudent. Petr Vakoc a gagné une belle étape mais on a peu vu de récidives du genre. » On se souvient de la chasse infructueuse des Omega Pharma Quick-Step l’an dernier, qui avaient laissé l’échappée s’imposer avec en son sein Dylan Van Baarle, futur vainqueur du général. Un scénario possible en partie grâce au parcours, qui emprunte beaucoup de routes étroites favorables aux offensifs.

Résultat, cette année encore, le leader du classement général est différent quasiment tous les jours, et tout devient imprévisible. Si la réussite semble acquise sur les routes britanniques, la question peut alors se poser pour les épreuves phares du calendrier World Tour. Mais difficile de généraliser une telle réduction d’effectifs. « Ce pourrait être bien pour la Flèche Wallonne, pour éviter une course de côte. Par contre sur Liège-Bastogne-Liège, où la sélection se fait par l’arrière, cela ne changerait pas grand-chose » nuance Patrick Chassé. On imagine cependant une course moins cadenassée sur un Milan-Sanremo, où les attaquants auraient enfin leur chance, ou sur l’Amstel Gold Race, où une anticipation du Cauberg pourrait aboutir à la victoire. Mais la meilleure façon de savoir resterait d’essayer. Pourquoi pas, à ce moment là, engager plus d’équipes sur les courses pour garder un peloton conséquent. Trente équipes de six coureurs, idée évoquée à l’antenne de L’Equipe 21 par Eric Boyer, ce pourrait être une issue à l’attentisme. Pour exemple la semaine dernière, le leader Edvald Boasson Hagen, isolé au bout d’une heure de course, a su résister aux Sky toute l’étape et les contrer dans les derniers hectomètres. Chose impensable avec une équipe bleue et noire de huit coureurs qui aurait eu plus de cartes à jouer.

Non, cela ne change pas tout

La présence d’un plus faible nombre de coureurs donne forcément une course différente. « Avec moins d’équipiers, on ne peut pas mettre la même stratégie en place. Il est donc difficile de savoir comment réagiraient les coureurs. », note Patrick Chassé. Tout le monde pourrait devenir trop prudent, de peur de se griller et de ne plus pouvoir accomplir son rôle auprès de son leader. Spécialement sur les grands tours, où un faible nombre de coureurs par équipes ne semble pas raisonnable. Si la mésaventure des Orica-GreenEdge sur le récent Tour de France – une chute collective a mené à trois abandons dans la formation australienne – avait eu lieu avec six ou sept coureurs au départ, les trois semaines auraient été plus que compliquées. Mais l’issue ne réside peut-être pas uniquement sur ce point et d’autres initiatives seraient bienvenues pour faire bouger les choses. « Il faut peut être changer le nombre d’équipes et les moyens à leur disposition plutôt que le nombre de coureurs par équipes. L’idée d’un fair-play financier comme dans d’autres sports est à étudier. Certaines grosses écuries raflent tout et ne laissent que des miettes aux équipes à plus petit budget, avance le commentateur de L’Equipe 21. Le meilleur exemple est l’arrivée de Fernando Gaviria chez Etixx, recruté après avoir battu Mark Cavendish. Il aurait été plus intéressant de le voir recruté par une formation qui n’avait pas encore de grand sprinteur et que les deux coureurs soient en concurrence. Le risque est que cette inégalité s’accroisse. »

>Les forces sont déséquilibrées et les coureurs n’ont pas les mêmes chances, pas le même braquet suivant leur équipe et la façon dont ils sont entourés. « Sur l’Arctic Race of Norway, les meilleurs équipes du monde côtoyaient des jeunes coureurs d’équipes continentales qui ne sont même pas payés et sont là pour faire le nombre. », remarque Patrick Chassé. Un plafonnement de la masse salariale ou une limite budgétaire mériteraient d’être abordées, n’en déplaise à Oleg Tinkov, prêt à investir des millions d’euros pour posséder la meilleure équipe au monde. Un équilibre resterait alors à trouver, si toutefois l’idée des six coureurs devient plus habituelle et que d’autres initiatives trouvent leur place. Les nostalgiques du cyclisme, dits « à l’ancienne », ont peut-être une solution à leurs longues siestes estivales, et un réveil en sursaut lorsque, à quatre kilomètres du sommet, le commentateur crie « Attaque de Froome ! »

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