Véritable sprinteur et spécialiste des classiques, Sean Kelly était un coureur comme on n’en produit plus. Un homme capable de briller également dans les classements généraux des grands tours, en témoigne sa victoire sur la Vuelta 1988. Mais son fait d’arme le plus marquant reste son septuplé sur Paris-Nice. Sept victoires consécutives, un record que, sans doute, personne ne battra jamais.

L’envie de courir pour lui

Quatre fois vainqueur du classement par points du Tour de France et du Tour d’Espagne, mais surtout double vainqueur de Liège-Bastogne-Liège, Paris-Roubaix et Milan-San Remo, et triplement sacré sur le Tour de Lombardie. Tel est le palmarès – partiel – de Sean Kelly, auquel il ne manque bien que le Tour des Flandres. Trois fois second du Ronde, l’Irlandais ne parviendra jamais à réunir dans sa seule vitrine les cinq monuments du cyclisme. Aucun de ses autres succès ne parviendra à combler ce manque. Malgré tout, si on se souvient aujourd’hui de Sean Kelly, son septennat sur Paris-Nice y est pour beaucoup. Avec un an de retard sur l’élection au printemps 1981 de François Mitterrand, l’Irlandais arriva en effet au pouvoir de la Course au Soleil. Mais il n’y avait bien que la durée du mandat qui était commun aux deux hommes, tant Kelly avait pris le pouvoir en étalant sa puissance. En prenant la succession au palmarès de son compatriote Stephen Roche, il permit à un pays jusque là absent de l’histoire du cyclisme de faire son trou.

Pourtant, il aura fallu attendre quelques années pour voir le natif de Waterford capable de jouer la gagne sur ce qui est alors un mini-Tour de France. Celui qui est découvert en 1976 par Jean de Gribaldy, directeur sportif de renom, dispute dès l’année suivante son premier Paris-Nice. Mais au sein de l’équipe Flandria, il est au service de Freddy Maertens, cador de l’époque et qui remportera justement l’épreuve cette année-là. Un rôle très frustrant pour le fougueux irlandais. « C’était tellement dur ! Les trois quarts de l’étape, vous ne pouviez que regarder Maertens, avant d’être lâché et de terminer à cinq ou six minutes. A l’arrivée, vous franchissiez la ligne quand il recevait les baisers et les fleurs sur le podium. Après ça, j’ai décidé de partir. Je ne voulais pas passer mon temps à rouler pour Freddy », expliqua l’Irlandais à la fin de sa carrière. Bien lui en a pris, car il est devenu l’un des coureurs les plus efficaces du peloton, cumulant près de 200 victoires chez les professionnels.

Un septennat légendaire

Lorsqu’il déroule le fil de sa carrière, Kelly explique très simplement ses victoires sur Paris-Nice. « Quand j’étais jeune, j’avais un bon entraînement pour les courses du début de saison, donc ce n’était pas une surprise pour moi d’arriver en forme pour Paris-Nice. Je me préparais pour ça. Un peu plus tard, après mes premiers succès, je me concentrais davantage sur les classiques. J’arrivais un peu moins en forme sur Paris-Nice, et c’est pour ça que mes prologues n’était pas toujours bons. Mais je montais en puissance au fil de la course. » Loin des Hinault, Van Impe, Fignon ou Zoetemelk lorsque la route s’élève, il parvient malgré tout à s’accrocher et à s’imposer quand il le faut. En sept ans, personne n’est parvenu à faire dérailler la machine parfaitement huilée à chaque fois qu’il s’agissait de la Course au Soleil. L’Irlandais profitait alors de sa polyvalence, en allant chercher grâce à sa pointe de vitesse un maximum de bonifications.

Devenu leader de l’équipe Sem-France-Loire, dirigée par Jean de Gribaldy, Kelly revient même quand on ne l’attend plus. En 1983, après qu’il ait chuté, tout le monde se met au service de son habituel lieutenant, Jean-Marie Grezet. Kelly avait accepté de laisser le leadership, mais s’obstinait à disputer autant de sprints qu’il pouvait. A la veille du chrono final, il était revenu dans la course à la victoire finale, à la faveur d’une attaque en descente qui surprit aussi bien Grezet que Zoetemelk. Le lendemain, il ne fit qu’une bouchée du Néerlandais, et s’adjugea son deuxième Paris-Nice. Après cinq victoires supplémentaires, l’Irlandais décide cependant en 1989 de s’aligner sur Tirreno-Adriatico. « J’étais heureux de ne pas courir Paris-Nice, parce que je suis parti comme le vainqueur, les autres n’ont jamais eu la chance de me tomber dessus. » La suite est moins héroïque, puisque Kelly est revenu, et a perdu, en 1990 et en 1991. Mais qu’importe : il restera comme le seul homme qui a décroché consécutivement sept Paris-Nice. Un record qui risque de demeurer un bout de temps.

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