En 2013, Rui Costa devenait champion du monde après avoir remporté deux étapes sur le Tour de France. Mais depuis, le triple vainqueur du Tour de Suisse n’a jamais retrouvé une telle efficacité. Barré par Alejandro Valverde et Nairo Quintana pour le leadership chez Movistar, il a choisi la Lampre pour devenir un cador. Sans réussite.

Le dernier Tour du Pays Basque illustre parfaitement les difficultés actuelles du Portugais. Huitième du classement final, le natif de Povoa de Varzim n’a pas fini une seule étape parmi les cinq premiers. Il n’a pas pesé sur la course, un constat à l’image de ses performances depuis le début de son aventure italienne. Certes, depuis qu’il a rejoint la Lampre, il multiplie les places d’honneur (deux top 5 sur Paris Nice, 3ème du Tour de Lombardie, 2ème du GP de Montréal), mais sur des courses délaissées par les plus grands leaders. Sur “son” Tour de Suisse la saison passée, il a également paru bien moins souverain qu’à l’accoutumée, malgré une troisième victoire consécutive historique. Et le dernier Tour de France ne lui a pas souri non plus : poussé hors du top 10 par de multiples pépins, il a quitté la Grande Boucle avant la 16ème étape.

Pas encore un cador

Ce qui marque surtout, c’est son absence – relative – d’ambition sur les courses. Lorsqu’il était un joker à la Movistar, ses attaques petit plateau enflammaient les courses. Il prenait les choses en main. Aujourd’hui, le Portugais semble subir. Recruté pour être un leader d’exception, Rui Costa a, sur le papier, rempli son rôle – il a terminé quatrième du classement UCI en 2014. Mais sur les routes, l’impression était pourtant bien moins convaincante. Empilant les points dans les courses désertées par les plus grands, il n’a pas réussi à battre ses plus prestigieux adversaires. Ses résultats médiocres sur les ardennaises l’an passé ont laissé un goût d’inachevé (17ème de l’Amstel, 53ème de la Flèche, et abandon sur Liège). A l’approche du triptyque version 2015, l’ancien maillot arc­-en-­ciel était donc attendu au tournant. Si on le sait capable de conserver un bon niveau toute la saison, on attend surtout de lui qu’il gagne de grandes épreuves pour rentrer dans le gratin du cyclisme mondial. Le problème reste que l’équipe Lampre semble se satisfaire de résultats finalement trop moyens. “La septième place de Rui sur le Tour du Pays-Basque est très bonne pour lui et pour l’équipe. La valeur de ce résultat est encore plus élevée si l’on considère qu’il y avait un un tas de très bons coureurs”, déclarait son directeur sportif Philippe Mauduit quelques jours avant l’Amstel.

Heureusement, sur l’épreuve néerlandaise, l’ancien champion du monde a repointé le bout de son nez. Aux portes du podium, il a montré qu’il pouvait suivre les cadors sur une montée comme le Cauberg. Mais suivre seulement. En effet, avant la course, Mauduit avait assuré que son leader ne pouvait pas attendre le sprint, qu’il devrait tenter et en quelque sorte prendre des risques. Mais Rui Costa en a été incapable. Il s’est contenté d’accrocher les roues, et a profité du regroupement sur l’ultime replat pour disputer le sprint. S’il est intéressant de le voir terminer devant van Avermaet, Gallopin ou Gilbert dans cet exercice, ce n’est pas du tout dans ce domaine qu’on l’attend. D’autant que sur la Flèche wallonne, le Portugais n’a pas vraiment confirmé ce que les plus optimistes auraient pu considérer comme un retour en haut de l’affiche. Anecdotique 28e au sommet du Mur de Huy, il était pourtant très bien placé au moment d’entamer l’ascension finale. Ce sont simplement les jambes qui lui ont fait défaut.

Une discrétion problématique

Le Tour du Pays-Basque est symptomatique du problème. Comme sur Paris-Nice ou sur le Tour d’Oman cette saison, le coureur de 28 ans n’a pas approché la victoire une seule fois. Lâché rapidement par Rodriguez, Quintana et Henao dans les dernières bosses des étapes basques, Rui Costa n’a jamais semblé en mesure de s’offrir un bouquet. Egalement dominé par des coureurs comme le jeune Simon Yates, ou l’ancien Michele Scarponi, on ne peut pas dire que sa semaine ibérique fut une grande réussite. Il a simplement joué sur sa régularité pour décrocher un accessit au général. La Lampre attend certainement mieux de son poulain, à qui il ne reste déjà plus que Liège-Bastogne-Liège pour sauver son printemps. Il est vrai qu’avec son style remarquable, sa capacité d’accélération et sa popularité immense en Lusitanie, Rui Costa ferait un beau vainqueur de monument. Mais encore faut-il qu’il devienne le chasseur de victoires qu’on imaginait voir éclore après son titre mondial à Florence…

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