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29 septembre 2013

Rui Costa, l’arc-en-ciel au bout de la nuit

On attendait beaucoup des Championnats du Monde de Florence, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on n’a pas été déçu. A travers des conditions météorologiques une nouvelle fois impitoyables sur le sol italien, il aura fallu se sortir les tripes pour vaincre du guêpier florentin et aller conquérir le maillot arc-en-ciel. Et c’est le Portugais Rui Faria da Costa qui y est parvenu, décrochant la plus belle victoire d’une carrière déjà bien remplie, et privant du sacre Rodriguez, Nibali et Valverde.

Le plus malin s’impose, encore une fois ?

Le circuit de Florence avait tout pour plaire. Un parcours excessivement corsé avec la montée du Fiesole et le mur assassin de la Via Salviati, et des derniers kilomètres en descente pour favoriser les regroupements, laissait une indécision totale planer sur cette ‘édition 2013. Un puncheur explosif pouvait-il faire la différence ? Les favoris allaient-ils se marquer, aurions nous droit à un sprint en petit comité ? Tant de scénarii possibles au cours de 273 kilomètres qui n’auront laissé aucun répit. La pluie était annoncée, mais jamais le déluge auquel on a assisté figurait dans les plans des protagonistes. Dès l’entrée sur le circuit décisif, la Squadra Azzura a pris ses responsabilités et a été l’initiatrice d’une véritable hécatombe aux alentours de la mi-journée. Il ne fallait pas être dans un mauvais jour tellement l’écrémage fut spectaculaire derrière des images apocalyptiques. Successivement, les Sagan, Breschel, Uran vont décrocher sous le rythme d’enfer qu’imprègne les transalpins. Mais fallait-il vraiment déclencher les hostilités si tôt et brûler des cartouches ? Oui si les conditions météos avaient perduré, mais à l’entame du dernier tour, l’arc-en-ciel a montré le bout de son nez, et la course est entrée dans une autre dimension.

L’Espagne, invisible jusque là a fait le travail, et en haut du Fiesole, on se dit enfin que les espoirs ibères vont être concrétisés. Choquant les observateurs par son insolence envers Alejandro Valverde, Rodriguez semble rééditer son exploit du dernier Tour de Lombardie, avant de se faire rejoindre par un Nibali des grands soirs. Portant tous les espoirs de la patrie italienne, le Squale semble être ressuscité après sa double chute, mais se voit confier la très lourde responsabilité de la poursuite. Une aubaine pour Alejandro Valverde ? Encore raté. En ne saisissant pas la perche que lui tend l’Italien en montrant sa crispation, il laisse partir Costa à la poursuite de Rodriguez et se tire littéralement une balle dans le pied. Il aura manqué un kilomètre au Murcian, et quelque mètres à Purito, crucifié pour un rien par le réaliste et très opportuniste portugais, qui offre à sa nation son premier titre mondial. Vous avez dit suceur de roue ? Sa performance suffit à montrer que dans le cyclisme moderne, il ne suffit pas de faire une démonstration sur du 18% pour s’imposer, mais bel et bien d’être le plus fort tactiquement.

Une entrée dans la cours des très grands

Ironie du sort, le maillot irisé sera chez les fuchsias l’an prochain. Non conservé par la Movistar, Costa évoluera chez Lampre, en Italie. Recruté pour inspirer une dynamique positive au sein d’une équipe vieillissante, le Portugais aura carte blanche sur le Tour de France ainsi que sur ses classiques favorites, et aura à cœur d’honorer son nouveau statut de patron du cyclisme mondial. Dès le prochain Tour de Lombardie, afin de clore en beauté son bail avec Movistar ? En espérant que la malédiction ne le rattrape pas, Costa a encore l’avenir devant lui, et de quoi enfiler d’autres prestigieux succès après le Tour de Suisse ou le GP de Montréal, qui figurent déjà à son palmarès. Entrant définitivement dans la cours des grands, il ne pourra plus se cacher derrière un statut de gros outsiders et devra faire avec une nouvelle pression qu’il n’a pas encore connu, lui, le natif de Povoa de Varzim, une petite ville de l’extrême-nord du Portugal.

Lui, toujours oublié au moment de citer les favoris, qui a toujours eu pour habitude de se faire discret avant de montrer le bout de son nez dans les derniers kilomètres, va bénéficier d’une aura nouvelle. Il fait partie des grands champions du monde. Spécialiste des classiques en plus des courses par étapes, celui qui sera âgé de 27 ans le 5 octobre prochain a mis un point d’honneur à faire taire ses détracteurs. Ceux qui le jugeait inapte à jouer les premiers rôles lors d’une bagarre entre les « vrais » cadors. Sa victoire prouve aussi que la nécessité d’être à neuf coureurs sur un championnat du monde est contestable, car il n’y avait que trois représentants portugais au départ. Il s’agit donc bien de la victoire d’un homme, un vrai, triomphant des conditions les plus terribles de ces dernières années pour un Mondial. Un homme qui n’a rien demandé à personne, et qui ne doit rien à personne.

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