Avec Froome, Quintana, Nibali, Uran et Pinot au départ du Tour de Romandie, on s’attendait à une grosse bataille. Le Britannique, vainqueur ces deux dernières années, allait devoir faire face à une telle concurrence qu’on en salivait déjà. Finalement, mis à part un Pinot impressionnant sur l’étape reine, tout ce beau monde était clairement en manque de forme pour marquer les esprits. Avec le Giro dans quelques jours, et le Tour dans deux mois, il va vite falloir y remédier.

Entre gestion et défaillances

S’il faut reconnaître le panache de Pinot, qui a dynamité la course samedi vers Champex-Lac, les autres favoris sont à classer en deux groupes. Ceux qui, à court de forme, ont géré dans la montée, sans se mettre dans le rouge mais en passant la ligne dignement, parmi les premiers poursuivants. Et puis il y a ceux qui ont complètement craqué, concédant près d’une minute en quelques kilomètres. Dans la première catégorie, on trouve Chris Froome et Nairo Quintana. Pour eux, rien de très inquiétant. Le Colombien a même tenté de placer un démarrage, avant de se rendre compte qu’il n’avait pas les jambes et de gérer. Le Britannique, pour sa part, a joué avec ses adversaires, lâché dans un premier temps, puis investi dans la poursuite quelques minutes plus tard. S’ils ont relativement déçu sur le chrono de ce dimanche, ils restent correctement placés. Froome termine troisième, derrière un Spilak qui lui a toujours posé problème en Romandie et un Zakarin venu d’ailleurs. Quintana, lui, paie logiquement le temps perdu sur le chrono par équipes, sans quoi il aurait terminé cinquième à Lausanne.

En revanche, dans la deuxième catégorie, on trouve Vincenzo Nibali et Rigoberto Uran. Et là, c’est bien plus alarmant. L’Italien a beau avoir lâché de l’énergie lors des classiques ardennaises, il n’est pas le seul dans ce cas et sa dixième place finale est bien loin des attentes. On l’imaginait à la lutte avec les autres leaders en montagne, mais les accélérations successives en tête de groupe l’ont fait sauter. Ce ne fut pas mieux pour le leader de l’équipe Etixx, qui n’a sauvé la mise que grâce aux chronos. Dans le même temps que Nibali au sommet de Champex-Lac, Uran a toutefois beaucoup plus de raisons de s’inquiéter. Alors que tous les autres ont pour objectif le Tour de France, dans deux mois, lui sera au départ du Giro dans moins d’une semaine avec l’ambition de l’emporter. Sur les routes italiennes, il devra montrer un tout autre visage pour espérer faire vaciller Contador, Porte et les autres. Après avoir fait l’impasse sur les ardennaises pour arriver plus frais sur la course rose, il faut espérer pour lui que la forme arrive vite, car les grandes joutes transalpines ne l’attendront pas.

Pinot et Bardet rassurent avant le repos

Heureusement, au beau milieu de ces cadors en recherche de forme, certains ont brillé. Parmi eux, Thibaut Pinot et Romain Bardet. Si c’est le premier qui a remporté l’étape reine et terminé quatrième du général, le second a impressionné par sa capacité à attaquer à de multiples reprises sur les pentes romandes, et par son superbe contre-la-montre ce dimanche, conclut à la sixième place. Chacun leur tour et de façon plutôt inattendue, ils ont donc prouvé qu’ils pouvaient jouer dans la cour des très grands, voire un peu plus. Pinot n’avait plus levé les bras depuis 2012, il s’est donc libéré d’un poids. Pour Bardet, il s’agissait de montrer qu’après un printemps bien chargé, il avait encore du jus. Finalement, les deux Français ont donc largement rassuré au moment de partir peaufiner leur forme hors compétition. Car c’est le programme de tous, sauf d’Uran : repos jusqu’au mois de juin, où viendra le temps de reprendre sur le Dauphiné ou au Tour de Suisse. Cela laisse quelques semaines à ces leaders rêvant de Tour de France pour améliorer ce qui cloche. Et il y a du travail.

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