C’est par une lettre ouverte, postée ce lundi sur Twitter, que Michael Rogers a annoncé mettre un terme à sa carrière de coureur cycliste, longue de seize ans. La faute à ses problèmes cardiaques qui l’obligent à ne pas poursuivre sa saison dans le peloton professionnel. Il aura disputé sa dernière course au Tour de Dubaï en février dernier, à 36 ans.

Un espoir toujours attendu

L’Australien est un amoureux du vélo. Tout petit, il s’extasie devant des cassettes de la Grande Boucle et des plus belles classiques. « C’était un rêve. » Qui est bel et bien devenu réalité. En dépit de son problème congénital au cœur diagnostiqué en 2001, Rogers a su se construire un palmarès qui comblerait une bonne partie du peloton. Originaire de la piste comme de nombreux wallabies, c’est en rouleur qu’il laisse une première empreinte dans les mémoires. Il réalise son premier grand numéro au Tour d’Allemagne 2003 sous le maillot de la Quick-Step, sur un contre-la-montre de 40 kilomètres, où il devance largement des spécialistes comme Ullrich et Vinokourov pour remporter le général. Une formidable performance qui sera confirmée par une première couronne mondiale sur le championnat du monde de l’effort solitaire en fin de saison. On lui prédit alors un formidable potentiel sur les courses d’une semaine mais il n’arrivera que très rarement à faire mouche, la faute à un jour sans ou à une équipe trop faible suivant les épreuves. Il va alors enchaîner les places d’honneur, dont quelques tops 10, en performant sur les chronos. Il remportera d’ailleurs deux autres titres mondiaux dans la spécialité, devenant le premier coureur à faire le triplé.

Les années suivantes, le natif de Barham est malheureusement moins en réussite. Bien qu’il parvienne enfin à avoir une certaine régularité sur les courses par étapes, il ne fait que rarement dans les dix premiers, que ce soit sous les couleurs de T-Mobile ou Columbia. Son année 2010 est pourtant enfin une réussite avec en point d’orgue une victoire au Tour de Californie et des places dans le haut du classement des plus belles courses d’une semaine. Puis il découvre la toute nouvelle formation britannique Sky. Une mononucléose entachera ses débuts sous le maillot noir mais il prend une place importante dans la garde rapprochée de Bradley Wiggins. Très efficace dans le rôle de troisième homme – derrière les deux seuls vainqueurs anglais du Tour -, il deviendra par la suite un des équipiers de luxe préféré d’Alberto Contador. Le Pistolero s’en est d’ailleurs allé de son tweet en début de semaine. Un simple « Merci pour tout Mick », plein de reconnaissance.

2014 : une seconde jeunesse

Désormais capitaine de route de l’équipe Tinkoff, c’est avec un grand sérieux et une nouvelle manière de s’entraîner qu’il aborde sa saison la plus aboutie : 2014. Pourtant, tout avait mal commencé puisqu’un contrôle positif au clenbutérol fin 2013 le met malgré lui à la Une des médias. Il se défend et en sort blanchi. Il avouera même en fin de saison que cette affaire l’a grandi et que son envie de bien faire s’est vue décuplée. « Cela m’a totalement changé mentalement, il n’y a pas de doutes là-dessus. » Il répond de la meilleure manière qui soit en mai, sur le vélo, en enlevant deux étapes du Giro dont une au sommet du terrible Zoncolan. A coup sûr un exploit haut en émotion comme en attestent ses mots après la ligne. « C’est incroyable ! Ça a toujours été un rêve de gagner une étape de montagne comme celle-là. Gagner ici est un honneur. » Mais cette montée terrible, avec des passages à plus de 20 %, ne l’arrête pas dans ses escapades.

En juillet, profitant d’une des traditionnelles échappée matinale de fin de Tour, il se joue magnifiquement des Europcar pour s’imposer à Bagnères-de-Luchon. Un moment qui reste forcément à part pour l’ancien pistard. Il ne le sait pas sur le moment mais cela restera la dernière victoire de sa longue carrière. « Je pense que chaque enfant de dix ans qui grandit sur un vélo a un jour rêvé de gagner une étape du Tour. » Preuve d’une immense force mentale pour ce coureur complet qui aurait pu, avec davantage de réussite et peut-être quelques kilos de moins, devenir incontournable sur les courses par étapes. Il a opté ces dernières saisons pour un rôle de grégario, où son expérience et son talent incontestable en faisaient l’un des plus précieux du peloton. Une arythmie détectée lors de ses derniers examens cardiaques le priveront finalement d’un douzième Tour de France et d’une cinquième olympiade. Le point final de sa carrière, voulu sous le soleil de Rio en août prochain, est finalement arrivé quelques mois plus tôt. A peine trop tôt.

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