Très décevant lors du dernier Giro, où il avait terminé 14e, le Colombien est en revanche bien entré dans sa Grande Boucle. A l’abri derrière les ambitions jaunes de Tony Martin, le maillot arc-en-ciel de Kwiatkowski et son sprinteur Marc Cavendish, le grimpeur d’Urrao figure très bien au classement général, septième à 34 secondes de Froome. De quoi ambitionner de concurrencer les quatre fantastiques pour le podium.

Discret et confiant

Personne n’avait cité le leader de l’équipe Etixx Quick-Step comme l’un des favoris avant le départ d’Utrecht. Pourtant, Rigoberto Uran a déjà prouvé de quoi il était capable sur trois semaines, en terminant deux fois deuxième sur le Tour d’Italie. Tapi dans l’ombre au sein de l’armada de Patrick Lefevere, le Colombien n’accuse pour l’instant qu’un retard minime sur Chris Froome et devance Alberto Contador, Vincenzo Nibali et son compatriote Nairo Quintana après quatre étapes éprouvantes. Évitant les pièges des bordures puis des pavés – il a chaque fois terminé dans le premier groupe -, il n’y que le Mur de Huy qui puisse nuancer sa première semaine, puisqu’il y a terminé à plus de trente secondes du vainqueur, Rodriguez. Mais ce début de Tour sans encombre n’est pas tant une surprise compte tenu de ses qualités en chrono et de son gabarit assez imposant pour passer les pavés. Simplement, la dernière image qu’on avait d’Uran étant celle d’un grimpeur loin d’être affûté sur le Giro, on l’avait un peu mésestimé.

A 28 ans et pour sa troisième participation au Tour de France, le Colombien avait pourtant affiché des “ambitions pour la deuxième partie de la course”. Après un stage en altitude de trois semaines à Livigno – une initiative nouvelle pour le garçon – et la fin des pépins physiques, la montagne n’a pas de raison de lui résister. Et les embûches de la première semaine pouvant ruiner ses ambitions étant passées, Uran peut légitimement penser au classement général. D’autant que ses expériences sur les grands tours parlent pour lui : depuis qu’il est devenu un véritable leader, il sait gérer les épreuves de trois semaines, et monte en puissance au fil de la course. Sur le Giro 2013, il était par exemple allé chercher la deuxième place lors de l’ultime étape de montagne. Et l’année suivante, s’il n’a rien pu faire face à la domination de Nairo Quintana, il a continué de briller en dernière semaine pour ne pas céder sa place à Fabio Aru. En revanche, l’enchaînement Giro-Tour est une nouveauté pour le natif d’Urrao. Habituellement, après la course rose, il courait la Vuelta – sans réussite puisqu’il n’y a décroché au mieux qu’une 27e place. Gérer une fatigue qu’il ne connaît pas forcément sera donc déterminant au moment où va se jouer la course.

Dompter pression et concurrence

La première partie du Tour, avant la montagne, n’est pas encore terminée. Il reste quelques arrivées compliqués, comme au Mur de Bretagne, et surtout le contre-la-montre par équipes entre Vannes et Plumelec. Avec de nombreux spécialistes de l’effort chronométré dans son équipe, Uran, lui-même plutôt bon dans ce domaine, pourrait grappiller un peu de temps sur ses concurrents et se replacer encore davantage au général. Avant de commencer les choses sérieuses dans les Pyrénées, le Colombien détiendrait alors un vrai matelas par rapport à ses rivaux pour monter sur la boite. Mais deux interrogations demeurent : peut-il se sublimer dans l’adversité et va-t-il réussir hors du Giro ? Sa troisième place sur Tirreno cette année – devant Contador notamment – a permis de démontrer qu’il peut se battre avec les plus grands. Mais ce n’était que sur une semaine, et sur le Giro, pour l’instant, il n’a eu le scalpe “que” d’un Evans vieillissant et d’un Aru qui arrivait tout juste sur le devant de la scène. En revanche, il n’a rien pu faire face à Nibali, Quintana et Contador, les trois derniers vainqueurs de la course rose… Pourtant, s’il veut monter sur le podium à Paris, il faudra être devant un voire plusieurs de ces trois-là !

Et surtout, sur les routes de juillet, où la pression est incomparable avec les autres épreuves, Uran n’a jamais vraiment brillé. Si sa dernière participation remonte à 2011, une époque où il n’était pas le leader qu’il est devenu, sa meilleure performance reste une anecdotique 24e place. Pour l’instant, hors du pays de Dante, Rigoberto Uran n’a donc jamais su ou pu lustrer son statut de leader. Mais sur une édition où on ne parle que des quatre fantastiques – et c’est peut-être sa chance -, le Colombien a une occasion à saisir. S’il part en montagne, sera-t-il pris en chasse ? Sans doute pas avant que les autres ne soient sûrs qu’il représente une véritable menace. Sa marge de manœuvre est donc bien supérieure à celle de ses rivaux, et il doit en profiter. Et si, dans l’ombre vampirisante de Quintana, se cachait la divine surprise de ce Tour de France ?

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