Il a osé. Alors que sa carrière commençait à stagner, Pierre Rolland a rejoint l’équipe américaine Cannondale. L’ancien protégé de Jean-René Bernaudeau a choisi l’électrochoc culturel pour atteindre le niveau des cadors. Si les résultats se font encore attendre, le grimpeur français a confié à la Chronique du Vélo à quel point il est séduit par sa nouvelle vie et par des méthodes d’entraînement qui pourraient le hisser au sommet.

Le goût du risque

« Je prends un risque, oui, mais j’ai envie d’aller au bout de mes rêves. » Les yeux pétillent, la silhouette est affûtée, Pierre Rolland est prêt pour l’aventure. Au coeur du mois d’août, son départ d’Europcar avait fait du bruit. Il n’est pas si courant de voir un Français s’exporter. Alors quand le maillot blanc du Tour 2011 a pris la décision de quitter Jean-René Bernaudeau après un troisième top 10 sur la Grande Boucle, la question du pourquoi s’est posée. « Je me plaisais à Europcar, mais je m’installais dans une routine, c’est humain, explique-t-il. Là, en changeant d’équipe et d’approche, c’est comme si je repartais vraiment de zéro. » Son approche du cyclisme, justement, avait été remise en cause cet hiver par son nouveau directeur sportif Jonathan Vaughters, dans les colonnes de CyclingNews : « Il s’entraînait comme on s’entraînait en 1975 », avait lâché l’Américain. Cinglant.

Loin d’être déstabilisé, Rolland, lui, y voit surtout un compliment : « Il en voulait surtout à ma position de chrono. Il ne s’attendait juste pas à ce que j’ai une marge de progression si forte, c’est tout. Donc au final, il est content. » Dans l’effort solitaire, il est vrai que le natif de Gien a encore du travail à faire. Sur ces trois dernières années, il n’a pas terminé un seul contre-la-montre de plus de 30 kilomètres dans les 25 premiers. Même si plusieurs belles performances sur des distances plus courtes éclaircissent le tableau, il est loin de beaucoup de ses rivaux sur trois semaines. Alors il fait confiance à son nouveau staff et notamment à Sébastien Webber, l’un des entraîneurs de la Cannondale, grâce à qui il espère effacer son retard. Et à en croire Jonathan Vaughters, c’est en train de porter ses fruits : « Il a vraiment fait de grands progrès qu’il sera intéressant de suivre cette saison. Nous avons été capables de réaliser avec Pierre la plus importante progression que je n’ai jamais vue, surtout sur son aérodynamisme. » De quoi espérer.

L’Amérique, l’Amérique…

« C’est une superbe expérience ! » Pierre Rolland est heureux, son intégration à la Cannondale se passe parfaitement. « Avec les autres coureurs, on s’est rencontrés dès octobre et on a fait tomber les maillots, raconte-t-il. On a fait du VTT et même du football américain ! On se découvre d’une autre manière que simplement sur le vélo. » Une nouvelle façon de voir les choses qui a conquis le Français : « Ça m’a permis de connaître mes équipiers et de me rendre compte que les coureurs contre qui je courrais ne sont pas les mêmes une fois le casque enlevé. J’ai fait de belles rencontre dans cette équipe. » Il faut dire que Rolland n’a pas fait les choses à moitié. Jusqu’ici, il n’avait connu que des équipes françaises depuis son passage chez les professionnels, en 2007. Traverser l’Atlantique est donc un vrai défi. Même si son calendrier de course reste européen, il a ainsi passé une partie de la pré-saison à Los Angeles, un choix pas toujours simple, mais qu’il assume. « Quitte à changer, je voulais que ce soit significatif, m’expatrier pour voir comment on vit les choses ailleurs », détaille-t-il. Un véritable choc culturel, d’autant que l’équipe, très polyglotte, compte plus de 15 nationalités. « Cela ouvre mon esprit sur le monde. »

Mais les progrès, les découvertes et la joie de vivre ne suffisent pas à Pierre Rolland. Son palmarès, déjà relativement fourni, se doit d’être etoffé. D’ailleurs ses deux bouquets sur le Tour de France et sa belle quatrième place du Giro 2014 n’éclipsent pas les attentes autour de celui qui fut le plus grand espoir de sa génération. Il le sait, c’est en partie pour cette raison qu’il a débarqué chez Cannondale, une équipe au budget bien supérieur à celui de son ancienne formation. « Ici, il y a de gros objectifs. Ça met plus de pression, plus de stress, mais si on veut des résultats, il faut passer par là. » Pour l’instant, sur la route, rien de bien probant. Une 44e place au général du Tour de Valence, puis une 18e place sur Paris-Nice, à plus de quatre minutes de Geraint Thomas. Mais pas de quoi s’alarmer non plus, car l’objectif de la saison est en juillet. D’ici là, Rolland aura l’occasion de montrer ce que la touche américaine lui a apportée. Pour enfin monter sur le podium du Tour, ou même revêtir le maillot jaune ? Dans un sourire, le héros de l’Alpe d’Huez en 2011 élude la question : « On ne doit jamais dévoiler ses rêves, sinon ils ne se réalisent pas. »

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