Nairo Quintana a frappé un grand coup en s'adjugeant l'étape reine de ce Tour d'Italie - Photo EPA
27 mai 2014

Quintana renverse le Giro à sa manière

Enfin prévue et confirmée pour la cuvée 2014, la seizième et indigeste étape du Tour d’Italie a tenu toutes ses promesses, et fait honneur aux attentes d’un scénario légendaire, magique, comme on n’en trouve que trop rarement dans le cyclisme de ces dernières années. Seulement 139 kilomètres au programmes entre Ponte di Legno et la station de Martelltal, mais d’une extrême intensité, avec les mythiques Passo di Gavia, di Stelvio et la montée finale inédite, mais qui mérite une réputation similaire. Une vraie course de mouvements, d’athlètes défiant leurs limites commme on les aime, avec à la clé un chamboulement total au classement général, désormais dominé par un impérial Nairo Quintana.

Quintana redevient Quintana

On le pensait diminué par sa chute, pas à son aise en ces terres italiennes, et pas encore au top pour s’exprimer pleinement sur les cols transalpins tant redoutés. Nairo Quintana, deuxième du Tour de France, désigné comme le co-favori de cette 94ème édition aux côtés d’un Joaquim Rodriguez rapidement hors-jeu, a remis les pendules en ce mardi, après une entrée en matière en demi-teinte. Sur la réserve, se contentant de suivre et ne provoquant pas la décision finale, il avait jusqu’à présent repris quelques secondes par-ci par-là sur un maillot rose juste, à travers les montées d’Oropa et Montecampione, attendant une évolution claire du côté de ses sensations. Et ce qui paraissait comme inévitable, mais dont tout le monde cherchait à savoir le moment fatidique, est survenu aujourd’hui. Au sommet du Stelvio, Quintana est déjà en train de faire plier Rigoberto Uran qu’il achève dans la descente de la Cima Coppi du Giro 2014. Accompagné par les forçats Ryder Hesjedal et Pierre Rolland, Quintana avance malgré la neige et la pluie vers la dernière montée et assomme tout le monde en atteignant un écart maximal avoisinant les quatre minutes à mi-pente. La délivrance du dauphin d’Alberto Contador sur le récent Tirreno – Adriatico a lieu au sommet, ou une fois débarassé du courageux Canadien de la Garmin, le Condor prend conscience du formidable coup double qu’il vient de réaliser. Les écarts au général se comptent désormais en minutes, et plus rien ne semble pouvoir arrêter l’un des meilleurs grimpeurs du peloton, qui ne cesse de monter en puissance. Si bien qu’en dehors du top 10, il faut aller au stade des 14 minutes pour trouver Alexis Vuillermoz, impressionnant onzième au classement général. Et Trieste est encore loin…

Prenant l’initiative sans tergiverser, le maillot blanc et deuxième du dernier Tour de France a redoré son blason et assumé son statut d’homme à battre, profitant d’une hiérarchie qui se tient une fois de plus et aux performances alternées. En difficulté à Montecampione, Wilco Kelderman a semblé bien plus fort dans la montée finale, mais c’était trop tard. Fabio Aru était exténué à l’arrivée tandis que Domenico Pozzovivo a retrouvé des couleurs. Le contraire des étapes précédentes, si bien qu’au général, sept hommes se tiennent en moins d’une minute pour le gain de la troisième place finale, synonyme de podium sur un Grand Tour. Autre grand vainqueur du jour, le tenant du titre 2012, en la personne d’Hesjedal, remonte à la neuvième place à 4’16 de l’irrésistible grimpeur de la Movistar. Mais Cadel Evans, nouveau troisième, n’est positionné que 55 secondes devant lui ! Un écart très infime lorsqu’on sait ce qu’il peut se passer en haute montagne. Une bataille de chiffres derrière les indomptables Colombiens ?

Qui peut encore inverser la tendance ?

En dehors du scénario glorieux du jour qui ne peut qu’accentuer le mérite d’un Quintana des grands jours, la tendance sur le point sportif et physique est de plus en plus implacable. Quintana est de plus en plus fort, et risque certainement d’écoeurer ses adversaires, au moins une fois de plus à l’occasion des prochains jours. Jeudi à Panarotta ? Plus probablement le vendredi, lors du cronoscalata d’un Monte Grappa terrible, où il pourrait définitivement plier le Giro comme s’en était assuré Vincenzo Nibali entre Mori et Polsa à la même période de l’année 2013. Enfin, pourquoi ne pas finir en beauté sur les pentes du Monte Zoncolan, décrit comme le col le plus dur d’Europe ? Âgé seulement de 24 ans, il est en passe de gagner son pari, à savoir remporter son premier Grand Tour, et avec la certaine classe qui l’accompagne depuis ses débuts professionnels, lors d’un Dauphiné 2012 ou encore d’un Mont Semnoz en juillet dernier, pour ne citer que quelques faits d’armes.

Car derrière, qui peut sérieusement venir contester la nouvelle hégémonie du protégé d’Eusébio Unzue ? Ses rivaux les plus sérieux d’après l’épisode de Barolo sont maintenant en bien fâcheuse posture. Rigoberto Uran et Cadel Evans ne cessent de perdre du terrain, et voient maintenant la menace Majka, Rolland ou encore Kelderman se pointer bien sérieusement. Pour l’instant incapables de retrouver leurs superbes, les premiers cités pourront laisser transparaître un grand ouf de soulagement à la vue de l’étape de demain, entre Sarnonico et Vittorio Veneto. Une étape de transition qui risque fortement de laisser libre court à une échappée assez grande, constituée de chasseurs d’étapes, mais surtout de déçus depuis le départ irlandais, qui pourraient bien trouver en cette étape quasi plate un formidable ascenseur afin de tutoyer les premières positions pour la lutte autour du maillot rose. Alors qu’il reste cinq étapes, quelle équipe aura même la possibilité d’assumer le poids de la course ? Ce Giro n’a assurément pas dit son dernier mot, puisque tout est possible, et comme on l’a encore vu sur le terrain, l’impossible reste envisageable, même une défaillance de Quintana, qui a sûrement fait le plus dur, mais qui entre dans une phase finale toujours extrêmement compliquée à gérer…

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