La première semaine de course touche à sa fin, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne s’est pas ennuyé une seule seconde depuis le grand départ donné de Leeds, en Grande-Bretagne. Des offensives dès le deuxième jour, une étape légendaire sur les pavés du Nord mais aussi des journées de transition pas si calmes que certains l’auraient imaginé, tout est réuni pour que la belle série se poursuive à partir de samedi avec cette arrivée à la Mauselaine de Gérardmer. De quoi donner le coup d’envoi des hostilités vosgiennes, censées être aussi décisives que les habituels juges de paix alpins et pyrénéens. Mais que peut-être leur véritable incidence sur ce 101è Tour de France ?

L’opération reconquête débute maintenant

Deux cas de figure lors du briefing de demain matin à Tomblaine. Une nouvelle phase du Tour démarre, avec des objectifs et des préoccupations diverses. Il faut alors soit garder un avantage conquis à la pédale et de manière maline – sur les pavés où en évitant tous les pièges d’un début de grand tour -, ou bien partir en reconquête du temps perdu, et entamer sa remontée au classement général. Cette dernière option est notamment d’actualité pour Alberto Contador ou Thibaut Pinot. Le moment paraît comme idéal pour faire abstraction de la traditionnelle et gênante formule de l’économie, visant à se préserver pour la troisième semaine et son étape reine. Car sur cette Grande Boucle, aucune étape ne se prête à faire une différence sensiblement plus importante qu’une autre, et tout peut déjà livrer des enseignements décisifs. Les quelques leaders, plus attardés que d’autres, sont pour la plupart des attaquants, et pourraient déjà utiliser leurs premières cartouches en exploitant un profil qui leur est béni, avec entre autre ce redoutable versant du Col de Grosse Pierre demain en préambule du final pour puncheurs, ou encore ce Col des Chevrères, avec trois kilomètres à 9% pour faire le ménage avant la Planche des Belles Filles, déjà un classique du Tour. Attaquer tôt pour faire craquer des équipiers et provoquer les leaders en leur faisant assumer leurs responsabilités de manière précoce ? Une formule gagnante sur le Dauphiné, et au Tour de Suisse, qui est quand même moins probable à ce stade de la partie. Nous ne sommes qu’à la huitième étape, et beaucoup de monde est encore frais, n’a pas goûté au bitume, et n’a eu le moindre pépin. On s’oriente vers une étape tactique d’observation mais qui devra immédiatement montrer les voluptés des challengers, des plus lointains aux plus proches de Vincenzo Nibali.

L’Italien s’apprête à connaître son premier jour test du mois de juillet après deux démonstrations solitaires et collectives, et pourrait également plonger dans le jeu des baroudeurs en souhaitant creuser le plus rapidement un écart conséquent. Il ne faut donc pas tarder, et ne surtout pas se poser de questions pour ceux qui désirent mieux que leur classement actuel. L’écart réalisé par le Sicilien interpelle à vue, mais en y regardant de plus près, un fragile Jürgen Van den Broeck n’a qu’à peine deux minutes d’avance sur un Pinot. L’exemple du Belge, tombé aujourd’hui et sur les pavés, ainsi que de Talansky dans le sprint final, voire de Tejay Van Garderen, blessé mais pas hors-jeu, est à prendre en considération. Le Tour ne distribue aucun cadeau, et il faut savoir saisir les opportunités quand elles se présentent. D’autant plus qu’avec une étape promise aux échappées dimanche, avec le Grand Ballon à 43 kilomètres de la ligne d’arrivée à Mulhouse, il n’est pas dérisoire de tout donner samedi, en soufflant au côté de ses équipiers le lendemain. Si c’est clairement la grande bataille du 14 juillet qui devrait retenir les attentions et donner lieu à la première grande explication, se cantonner à cette seule journée n’est qu’une grossière erreur. Et la traversée des Vosges n’a été faite autrement que pour passer les coureurs au révélateur. Tout autre déroulement serait un énorme échec.

Un patron qui doit s’affirmer

Un échec pour le spectacle et le public, auquel on a tant vendu cette escapade dans les massifs de l’Est de la France, qui se poursuivra au lendemain de la journée de repos avec un final en dents de scie sur Oyonnax. Une foule qui attend surtout la maturation définitive d’un maillot jaune promulgué au rang de favori numéro un le temps d’une journée inoubliable entre Ypres et Arenberg. Excellent grimpeur, bon rouleur et surtout romantique du cyclisme, en n’hésitant pas à faire le show dans les descentes ou en se lançant dans des épopées chevaleresques comme il les aime, Vincenzo Nibali n’a pas encore été confronté à la concurrence sur le terrain le plus déstabilisant. S’il souhaite vraiment montrer qu’il est là pour garder au chaud la tunique jaune jusqu’aux Champs-Elysées, il lui faudra montrer les muscles à un niveau encore plus élevé que celui de mercredi, où il a quand même assommé une bonne partie de ses rivaux, désabusés par les conditions. Au moment même où l’on annonce le retour du mauvais temps sur le Grand Est français, souhaitera t-il en profiter et envoyer des signaux tout au long du week-end, ou bien laissera t-il en route son maillot, au profit d’une échappée peu contraignante en vue des Alpes ? Son état de grâce actuel a tout intérêt à être prolongé…

Alors, voilà, les Vosges et leurs trois étapes pourraient être escamotées comme être mises à feu et à sang, le comble pour un Tour du souvenir de la Grande Guerre. Mais très clairement, la première solution ne collerait absolument pas avec la dynamique enclenchée Outre-Manche. Les discours d’espoir, offensifs et loin de la crainte de la part des Contador, Valverde, Costa, Pinot, Rolland ou encore Mollema, laissent présager que tous les moyens seront mis en œuvre pour grappiller du temps. La vulnérabilité affichée de Chris Froome lors des dernières épreuves préparatoires avaient conduit à un scénario de folie sur la route de Courchevel, et son abandon ne doit pas remettre en cause ce sentiment général. Au lieu de recentrer les objectifs de chacun sur leurs places respectives plutôt que de battre l’ennemi désigné, cela doit ouvrir encore plus de portes pour tous. Et Nibali, lui, voudra forcément les fermer, peut-être en se mettant dans la peau de l’équipe Sky avec ses compères Scarponi, Fuglsang, Westra, Kangert et Cie. Mais une chose est sûre : à la première journée de repos, la course ne pourra qu’être décantée, avoir affiché les forces en présences et les mentalités des favoris.

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