On attendait beaucoup de lui, sûrement trop. Thibaut Pinot, 10e à Paris l’année passée, venait sur le Tour plein d’ambitions, après une montée en puissance lors des derniers mois. Oui mais voilà, dès la première étape de montagne, tout s’est compliqué, avant le cauchemar de dimanche, qui a anéanti les espoirs du leader de la FDJ.fr.

Les descentes, inexplicablement…

L’année passée, sur le Tour, Pinot avait époustouflé, et on lui avait alors décelé une unique faille : le chrono. Un an plus tard, le Français avait semble-t-il travaillé la discipline, tout en conservant ses fantastiques qualités de grimpeur. De quoi espérer viser les sommets. Sauf qu’à seulement quelques semaines du départ de Corse, un élément s’est rajouté à l’équation. Une phobie nouvelle des descentes, bien plus importante qu’on l’avait cru au départ. Tout s’est joué au Tour de Suisse. Quatrième du général final, Pinot avait impressionné, et on avait presque oublié ses déclarations au soir de la troisième étape. Au terme d’une descente humide, le vainqueur d’étape à Porrentruy il y a un an et un jour s’était fait une grosse frayeur : « Scarponi est tombé devant moi et je me suis fait très peur, alors j’étais bloqué dans toute la descente. » Des propos sur le moment anodins, qui ne le sont plus du tout.

Car avant ça, Pinot était un coureur « normal » dans les descentes. Pas spécialement agile, il restait au chaud et descendait comme la plupart de ses homologues. Mais ce jour-là, il y a eu un déclic. Depuis, la peur s’empare de lui à chaque fois qu’il entame le second versant d’un col. S’alignant au départ du Tour moins de deux semaines après cet incident, il n’a pas eu le temps de se délester de cette phobie. Et à l’instar d’un Andy Schleck comme on a pu le voir par le passé, Pinot a subi dans la première descente importante de cette centième Grande Boucle. C’était dans celle de Pailhères, samedi. Avec les meilleurs dans l’ascension, la descente aura eu raison du grand espoir tricolore. Incapable de tenir les roues, il a concédé plus d’une minute en seulement quelques kilomètres. Un écart qui s’est irrémédiablement creusé dans la montée finale vers Ax 3 Domaines lorsque les leaders se sont livrés bataille, bien loin devant lui.

La tête qui lâche

A l’arrivée, ça fait 6 minutes de concédées sur le vainqueur du jour, Froome. Un écart considérable qui ruine presque déjà les espoirs de top 10 de Pinot. A seulement 23 ans, difficile de se remettre immédiatement dans la course alors que l’on vit seulement son deuxième Tour, et que le premier a été une réussite de bout en bout. Confronté pour l’une des premières fois à l’échec, Pinot n’a su réagir comme il le fallait. Mais peut-être aussi ne pouvait-il pas, toujours plus obnubilé par les descentes. Dans la seconde étape pyrénéenne, jonchées de montées et donc inéluctablement de descentes, le natif de Mélisey n’a pu faire mieux que la veille : 25 minutes de perdues et un désarroi total face aux journalistes. « Dans la tête, je n’y suis plus. Et une fois que tu n’y es plus dans la tête … Je ne sais pas quoi dire » affirme le garçon tout à fait lucide sur sa performance.

Puis il évoque la pression, plus forte que jamais sur ses épaules, lui qui en avait jusque là été protégé un maximum par Marc Madiot. On peut considérer ça comme une excuse facile, mais elle est tout à fait valable. Un bon Tour et voilà qu’on faisait tous de Pinot le futur vainqueur de la Grande Boucle, lui imposant presque déjà un meilleur résultat dès cette année. Il a donc craqué, comme beaucoup l’auraient fait avant lui. Parce que Pinot, on nous en parle depuis longtemps, il fait déjà partie du paysage. Mais on ne cesse de le répéter, il n’a que 23 ans. Il ne dispute que son deuxième Tour de France et se voit confronté à un puissant échec qu’il n’avait jusque là jamais rencontré. Désormais, il va donc falloir sauver la face, relever la tête, repartir de l’avant, et montrer que le talent ne s’est pas évaporé. La montagne reste le domaine de prédilection du Franc-Comtois, et lorsque la route s’élève, il est cette fois très difficile de le décrocher…

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