La victoire d’étape de Mark Cavendish sur le Tour de France, en juillet dernier, joue le rôle de cache-misère autant que les quelques succès du Britannique sur des épreuves de second rang. A 30 ans, l’homme de Man n’est plus le roi du sprint depuis un moment. Mais il a entamé une nouvelle phase dans son actuel déclin, avec un changement d’équipe qui semble désormais inéluctable.

De nouvelles difficultés

« Je suis toujours aussi rapide que je l’étais », a clamé Mark Cavendish à Cyclingnews. Mais sur ce coup-là, on a du mal à aller dans son sens. Ces dernières années, il est incontestablement redevenu un sprinteur comme les autres, un gars qui gagne sans démesure, qui ne domine pas sa discipline. Entre 2008 et 2011, il était le roi. Depuis 2012, saison après saison, il se fait un peu plus discret. Cette année encore, il sauve la mise au niveau des chiffres, avec 14 succès à son actif. Mais entre ses bouquets décrochés en tout début de saison à San Luis et Dubaï, puis les suivants ramenés de Turquie et de Californie, beaucoup ont une valeur toute relative. Bien sûr, au milieu il y a cette victoire d’étape sur le Tour à Fougères, où il devance Greipel, Sagan, Degenkolb et Kristoff, ceux qui, ajoutés à Kittel, l’ont fait tomber de son piédestal. « Je me sens plus fort », assure pourtant le Britannique. Mais force est de constater que quelque chose a changé. Si ce n’est pas lui, c’est donc les autres.

« Il n’y a pas vraiment plus de sprinteurs, note pourtant Cavendish. Mais il y a plus d’équipes de sprinteurs. » Là serait donc le fond du problème. Alors que l’armada HTC-Columbia roulait sur ses adversaires lorsqu’elle était dévouée au Cav’, chaque bolide, de Greipel à Kittel en passant par Kristoff, est désormais amené dans la dernière ligne droite par une équipe presque entièrement dédiée. Mais le Britannique évoque aussi des arrivées plus difficiles aujourd’hui. « En 2008-2009, les sprints de la Grande Boucle se disputaient sur des routes larges et plates. Désormais, il y a soit un rond-point à 600 mètres de la ligne, soit des derniers virages sinueux, voire un final en légère montée », semble regretter l’ancien champion du monde. Pourtant, ce n’est pas quelque chose qui devrait le gêner davantage que ses rivaux. Et en tout cas, quelles que soient les raisons de ces résultats en baisse, la réalité est cruelle : pour 2016, Patrick Lefevere ne devrait pas renouveler le contrat de son sprinteur chez Etixx. C’est donc en deuxième division que pourrait se poursuivre la carrière de l’ancien patron du sprint mondial.

Un rebond inattendu ?

Chez MTN-Qhubeka, en tout cas, on y croit dur comme fer. Il ne reste qu’un détail à boucler : le budget. Avec le départ de l’opérateur téléphonique MTN, la formation cherche un nouveau sponsor principal qui lui permettrait peut-être de finaliser l’arrivée d’un coureur de l’envergure de Cavendish. « Mark n’est peut-être plus le plus rapide avec l’arrivée de nouveaux sprinteurs », lâchait pourtant Brian Smith à Cyclingnews la semaine dernière. Mais le palmarès et l’image de l’homme de Man parlent pour lui, et il viendrait malgré tout pour mener une équipe qui a tout pour s’articuler autour d’un sprinteur de son talent. Les anciens coéquipiers de Cavendish, de Goss à Boasson Hagen en passant par Ciolek, pourraient redevenir ses poissons pilotes, au même titre que Farrar, ancien rival du Cav’. De quoi faire rêver la structure sud-africaine, qui même en deuxième division, continuerait sa route, qui la fait devenir une équipe un peu plus importante chaque année.

Evidemment, Cavendish devra faire des concessions financières, et revoir à la baisse les deux millions d’euros annuels qu’il touchait en 2015. Mais d’un autre côté, il devrait être libre de courir avec la sélection anglaise les Jeux Olympiques sur piste l’été prochain. Cela voudra sans doute dire aussi que la route sera un peu mise de côté par le Britannique en 2016, et qu’il ne faut pas s’attendre à le voir redevenir à court terme le roi du sprint malgré les difficultés de certains de ses rivaux. « Je voudrais lui permettre de se réinventer et explorer avec lui de nouveaux horizons », assure même Smith dans son opération séduction. Alors que Dimension Data est pressenti pour remplacer MTN, tout pourrait donc rapidement se concrétiser, et marquer le début d’une seconde carrière pour Cavendish. S’il reste et restera un coureur emblématique du peloton actuel, il n’est plus ce sprinteur qu’on s’arrachait il y a quelques années. Aujourd’hui, il doit penser plus petit pour espérer retrouver le haut de l’affiche.

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