Au départ de la Vuelta, à regarder les coureurs d’AG2R La Mondiale, on se disait qu’il y avait un beau coup à jouer avec Carlos Betancur, qui pourrait compter sur un équipier de grand luxe en la personne de Domenico Pozzovivo. La course a redistribué les cartes, et c’est l’Italien qui a le leadership. Pour un résultat jusqu’à présent inattendu.

Une remontée fantastique

Au soir du chrono par équipes inaugural, Pozzovivo était classé 119e de cette 68e Vuelta. Mais dès le lendemain, sur les pentes de l’Alto do Monte da Groba, le natif de Matera montre qu’il faudra compter sur lui en montagne. Il sort dans le final et accompagne presque jusqu’en haut Nicolas Roche. De temps à autres, il loupe le bon coup de quelques secondes, comme aux Peñas Blancas puis à Valdepeñas de Jean, et enfin à Hazallanas. Mais le débours est minime, et l’Italien remet les pendules à l’heure au plus vite, sur le contre-la-montre de Tarazona. Pozzo prend la troisième place derrière les rouleurs confirmés Cancellara et Martin. Nibali est juste derrière, et il est l’un de ceux qui s’en sort le mieux. Le transalpin frappe un grand coup, et à la première journée de repos, intègre le top 10 du général.

Mais le meilleur est à venir, car au fil des jours, le leader d’AG2R devient régulier. Fini les petits coups de pompe, dans les Pyrénées, le protégé de Vincent Lavenu est placé tous les jours. Huitième à Gallina et Peyragudes, il est tout proche des meilleurs à Formigal. De quoi en faire l’un des hommes forts. Pas souvent à l’attaque, l’Italien préfère la discrétion, tant que l’efficacité y est. Impressionnant de facilité en montagne, on l’y voit très rarement lâché. Il n’y a guère que le quatuor de tête qui réussisse jusqu’à maintenant à le mettre en difficulté, et sa place de cinquième à la deuxième journée de repos ne paraît absolument pas imméritée. Le garçon de 30 ans, typique grimpeur italien dans sa morphologie (1,65 mètre pour 53 kg), est en passe de réaliser son meilleur résultat sur un grand tour, lui qui n’a jamais fait mieux que 8e, sur le Giro.

Une dernière semaine importante

A regarder le classement actuel, difficile d’imaginer Pozzovivo gagner assez de temps pour revenir sur Joaquim Rodriguez, qui le précède au classement. En revanche, Nicolas Roche le talonne de cinq petites secondes seulement, qu’il va falloir défendre jusqu’à l’arrivée madrilène, dimanche. Sur le chemin de la capitale espagnole, trois arrivées au sommet, dont une impressionnante à l’Angliru. Autant d’opportunités pour que l’Irlandais reprenne la place du transalpin. Mais aussi pourquoi pas pour que le dossard numéro 11 prenne un peu plus le large, car l’expérience est du côté de Pozzovivo, qui se voit dès sa première participation au Tour d’Espagne dans la course pour le top 5 final. Une aubaine que le trentenaire ne doit pas laisser passer. Car c’est pour lui quelque chose de relativement nouveau.

Après des années en Continental Pro, il avait rejoint AG2R La Mondiale et donc le World Tour en vue de la saison 2012. Au niveau attendu sur les courses italiennes de son programme, on l’avait vu un peu absent le reste du temps. Cette saison, Pozzovivo a évolué et devrait, sauf accident, réaliser un nouveau top 10 sur une épreuve de trois semaines, après ceux des Tours d’Italie 2012 et 2013. S’il n’est pas du genre à faire le spectacle, l’Italien se montre donc d’une efficacité de plus en plus redoutable. De quoi, peut-être, lui permettre de changer de statut et de passer devant un certain Carlos Betancur dans la hiérarchie d’AG2R. Parce qu’on a déjà hâte de revoir le trentenaire sur la course rose, avec cette fois le leadership et la confiance. Mais avant ça, il a un top 5 à conserver sur la Vuelta !

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