Pour une grande bagarre, il faut parfois plus que de simples adversaires. Pour que tout ou presque devienne permis, pour qu’aucun des protagonistes ne décide aussi de lâcher le morceau. Et c’est à peu près les relations qu’entretiennent Vincenzo Nibali et Nairo Quintana. Pas tout à fait ennemis, mais pas loin.

Plus de politiquement correct

« Chris Froome est un rival, pas un ennemi », lâchait Nairo Quintana il y a un peu plus d’un an. Le Colombien et le Britannique, depuis leur premier affrontement sur le Tour 2013, entretiennent des relations très cordiales. Face à la presse, ils manient à la perfection la langue de bois lorsqu’il s’agit d’évoquer l’autre : les éloges pleuvent, les piques se font rares. Un duel un peu trop fair-play, en somme, pour passionner vraiment les foules et emballer le public. Parce que les plus grandes rivalités, si elles naissent sur la route, doivent se poursuivre au-delà. Pour un combat historique, deux champions ne suffisent pas. Il faut deux personnalités prêtent à se faire la misère partout, tout le temps, y compris dans les médias. C’est une affaire psychologique. L’expérimenté Vincenzo Nibali l’a parfaitement compris. L’Italien ne peut plus encadrer le Colombien. Et plutôt que de faire contre mauvaise fortune bon cœur, il préfère dire ce qu’il ressent.

« Nous ne nous aimons pas, confiait le Sicilien après la cinquième étape et l’arrivée à Messine. Je n’ai pas avec lui les rapports que je peux avoir avec Aru. Ou les mêmes conversations par exemple qu’avec Contador. » L’explication se veut claire, Quintana est renvoyé dans les barbelés. Aussi compétitif soit-il, Nibali n’a pourtant jamais rien eu d’un coureur provocateur, que ce soit en course ou en dehors. Mais avec le leader de la Movistar, depuis plusieurs années, ça ne passe pas. La polémique a pris racine au matin de la troisième étape, à Tortoli, par l’intermédiaire du journaliste italien Claudio Ghisalberti. Dans la Gazzetta dello Sport, il écrivait que Vincenzo Nibali avait refusé, au grand départ d’Alghero, de poser en compagnie de Nairo Quintana pour les photographes. Mauvais joueur, le Squale ? Pas vraiment. Plutôt méfiant, voire suspicieux. Et désireux de ne pas jouer la comédie en tenant par l’épaule un coureur qu’il n’estime vraisemblablement pas beaucoup.

Un grand duel pour un grand Giro ?

Mais l’histoire remonte en fait bien davantage. Sur le Dauphiné 2015, à quelques semaines de défendre son titre sur le Tour de France, Vincenzo Nibali s’étonnait alors de ne pas voir son rival revenir en Europe. « Où est-il Nairo ? Ca fait des lustres qu’on ne le voit plus », notait-il avec sarcasme. Sous-entendu, le garçon resterait planqué dans sa Colombie natale une bonne partie de l’année… loin des territoires quadrillés par l’UCI. « Si c’est ce qu’il pense, il doit savoir que les contrôleurs antidopage viennent jusque chez moi, en Colombie », avait rétorqué Quintana. Depuis, Nibali n’a plus remporté une seule confrontation directe avec Quintana sur un grand tour. De quoi alimenter, sans doute, cette relation tumultueuse. Entre l’Italien plein de panache et le Colombien à qui on a trop souvent reproché son attentisme, il y a un monde. Un monde qui en fait aujourd’hui plus que des rivaux et qui pourrait nourrir le Giro pour les deux semaines à venir.

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