Dans le peloton actuel, peu de coureurs peuvent se vanter d’avoir un dixième du palmarès de Philippe Gilbert. En résumé, toutes les ardennaises dans la poche, des victoires d’étape sur les trois grand tours, le port du maillot de leader sur deux d’entres eux, des victoires dans le Tour de Lombardie, Paris-Tours, le Het Volk ou encore son championnat national. Et bien sûr, le titre de champion du monde acquis l’an dernier à Valkenburg, définitivement son jardin. Mais, contrairement à d’autres, le doute est permis.

Pourquoi douter ?

Difficile à croire, mais à Tarragone, le 5 septembre, Gilbert décrochait sa première victoire de l’année. Jusqu’ici, une succession de déceptions. Sur les classiques ardennaises, surtout, là où il est attendu par tout un peuple, et en particulier sur Liège-Bastogne-Liège, sur ses routes de jeunesse. Mais le bilan est catastrophique : aucune victoire, et pire encore, aucun podium. Une campagne de classiques à oublier. Ensuite, pour les observateurs qui se poseraient la question, oui Philippe Gilbert était bien aligné sur le dernier Tour de France.

Difficile à croire là aussi tant il a été transparent tout au long des trois semaines de course. Les raisons sont multiples, et tout le monde chercher à comprendre. On a pointé du doigt la malédiction du maillot arc-en-ciel, mais aussi l’environnement de BMC, où Gilbert n’a jamais confirmé sa démentielle année 2011 chez Lotto. Alors un an après son sacre mondial, on a du mal à croire que le Wallon puisse récidiver sur le parcours encore plus sélectif de Florence.

Des raisons d’y croire

Malgré tout, il y a quelques motifs d’espoir. Citons l’an dernier. A la même époque, le Belge n’avait guère plus dégainé. Et c’est également sur la Vuelta qu’il avait ouvert son compteur. Pourtant, quelques semaines plus tard, c’est le vrai Gilbert que l’on retrouvait à Valkenburg. C’est alors que le débat concernant BMC prend tout son sens. Là-bas, Phil’ est-il si bien entouré que ça ? Greg Van Avermaet est un excellent lieutenant, Dominic Nerz a du potentiel, et derrière ? L’équipe se fait vieille, et il est loin le temps où le meilleur coureur du monde pouvait compter sur Van den Broeck et Vanendert dans le final des classiques.

Mais sur les Mondiaux, tout est différent. Il aura une équipe bien plus compétitive pour l’emmener, malgré le fait que la Belgique ne puisse cette année compter que sur sept coureurs (contre neuf habituellement). Avec Van Avermat mais aussi Monfort, Van Summeren ou Bakelants pour l’aider tout au long de l’épreuve, Gilbert se doit de jouer la victoire. Et tout le pays lui fait confiance. Parce qu’on peut dire que Gilbert est un homme des grands rendez-vous malgré tout, qui se rate rarement. Attendu comme jamais il y a un an à Valleburg, il a mis tout le monde d’accord. Et pourrait avoir pris goût au maillot irisé…

Le poids de la concurrence

Il y a quelques mois, Gilbert fêtait ses 31 ans. Un âge loin d’être rédhibitoire dans le cyclisme, et qui a encore moins de signification depuis la victoire du quadragénaire Horner sur la Vuelta. Mais tout de même, les années passent et cela se sent forcément. Surtout quand derrière, des jeunes toujours plus ambitieux sont impatients de faire tomber les anciens. Evidemment, le nom de Sagan arrive rapidement dans nos tête. Il sera le favori numéro 1 à Florence, possède un punch hors-norme et la fougue de la jeunesse. Sans oublier Nibali, qui a coché la date du 29 septembre 2013 depuis un an, avec l’objectif annoncé de gagner à domicile.

Rajoutons un Cancellara en forme olympique, les Espagnols et Colombiens ainsi que quelques autres, et on a là le gratin du cyclisme mondial. Une fois de plus, me direz-vous ? Alors encore plus que d’habitude. Pendant l’année, de nombreux jeunes ont pris du galon, ce qui donne à ces Mondiaux un caractère particulièrement indécis. Malgré tout, sur une course d’un jour, tout peut arriver, et l’expérience d’un Philippe Gilbert ne sera pas négligeable. Seulement, si la forme et le moral semblent être revenus durant la Vuelta, cela ne suffit pas à faire du Belge le favori à sa propre succession. Reste donc à savoir si la position d’outsider lui permettra de se sublimer.

Kévin Busschots

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