PLACE AU TOUR 1
Le maillot jaune est aujourd’hui bien loin pour Andy Schleck, qui croit tout de même en ses chances – Photo Flickr, Petit Brun

Modèle d’abnégation, Andy Schleck effectue son retour au plus haut niveau au moment opportun. Catalogué, stigmatisé, assailli par la critique, le fils prodigue avait touché le fond, sombrant dans l’alcool et la dépression au cours du printemps. Régulier dans l’abandon, habitué des places déshonorantes, le Luxembourgeois avait montré des signes d’amélioration en prenant la 18e place d’une étape du Tour de Californie. Galvanisé, transcendé par ce résultat miraculeux, le cadet de la fratrie la plus célèbre du peloton a – presque – suivi jusqu’au bout les redoutables grimpeurs que sont Tejay Van Garderen et Rui Alberto Costa dans l’ascension de La Punt, réputée pour sa dureté. Mieux : Janez Brajkovic, solide outsider du Tour de France, y a cédé plus tôt que l’ancien maillot jaune. Fait totalement inimaginable un mois auparavant : Andy Schleck s’empare avec brio de la 15e place de l’étape reine du Tour de Suisse.

Personne, sauf Andy Schleck, n’attend Andy Schleck au tournant

L’équipe Radioshack, particulièrement confiante aveugle, n’a pas tremblée au moment d’annoncer qu’Andy Schleck conduirait l’équipe sur le prochain Tour de France. Déboussolée, la formation américaine l’est surement. Entre l’affaire Armstrong, la perte de toute crédibilité de l’inestimable Johan Bruyneel, ou encore la regrettable suspension de Frank : le frangin inséparable fiché comme client du réputé Dr Fuentes ; Radioshack, nue comme un ver, s’est reposée sur le seul Fabian Cancellara pour obtenir des résultats convaincants cette saison. Sur les courses par étapes, les bicentenaires Andreas Kloden et Christopher Horner ont brusquement fait leur âge, et Haimar Zubeldia, 6e du Tour de France en 2012, n’a pas non plus brillé. 15 jours avant le coup d’envoi de la grande messe de juillet, les rouges et blancs se tourneront donc vers une hypothétique résurrection de Schleck pour sauver des meubles bien usés. Malin comme un singe, Cancellara a préféré faire l’impasse pour ne pas voir son nom mêlé à une telle mascarade…

Incapable de faire face à la pression, Andy Schleck partira de Corse dans un relatif anonymat. Tout le monde, ou presque, a déjà rayé de la liste des outsiders l’ancien triple maillot blanc. C’est tout juste si certains marginaux, fanatiques de la première heure, osent encore imaginer le Luxembourgeois venir titiller Christopher Froome et Alberto Contador sur les pentes de l’Alpe d’Huez et du Mont Ventoux. Cependant, l’espoir semble avoir regagné le clan Schleck ces derniers jours : son résultat honorable en Suisse n’a pas manqué de faire resurgir ses groupies les plus tenaces qui rappellent férocement à qui veut bien l’entendre que leur héros est actuellement sur ses temps de passage de 2011. Et c’est vrai ! Il y a deux ans, la médiocre place de Schleck en Helvétie était sujette aux critiques : elle est désormais motif d’espoir.  Dynamisé, le coureur annonce sobrement son retour en forme !

Un désir d’entretenir l’illusion le plus longtemps possible

« Je me sens mieux de jour en jour », « on va tenter quelque chose dans les montagnes », « C’est un Tour qui s’annonce dur, très dur, peut-être le plus dur », « J’espère y être bien. Mais, sur le papier, pour l’heure, il y a un grand favori : Froome »  Oui, Andy Schleck n’a pas renoncé. Pour oser prétendre être en mesure de jouer un rôle prépondérant sur Tour de France après le blackout de ces vingt-deux derniers mois, il faut de l’audace, beaucoup d’audace. Remarquez, les deuxièmes places, Schleck, il connait : 2e du Giro 2007, 2e de la Flèche Wallonne 2009, 2e des Tours 2009, 2010 et 2011… Cette période faste appartient au passé. Grand nostalgique, un peu rêveur, Schleck se réfugie dans le déni le plus complet. Entre retrouver des jambes de coureur professionnel et rivaliser avec les meilleurs, il y a un fossé.  Concrètement, pour espérer faire mieux que de la figuration sur les routes du Tour, Andy aurait besoin d’une potion magique. Un retour triomphant serait peu crédible et insolent.

Avant lui, d’autres anciennes gloires en grande difficulté mentale et physique ont connu une éphémère éclaircie au royaume de la mélancolie. Le Tour de France fut ainsi le théâtre de nombreux exploits d’un jour des espoirs déchus. Il y eu Berzin, son alter-ego des années 1990, qui le temps d’une semaine occupa la 8e du classement général au cours d’un Tour 1998 marqué par l’affaire Festina. S’écroulant dans les Alpes, le Russe ne revit plus jamais la lumière du peloton, sombrant peu à peu dans l’oubli. Plus réussi, le come-back de Pantani en 2000 restera comme le dernier baroud d’honneur d’une légende en perdition : distancé au général, le Pirate cocaïnomane remporta en baroudeur les étapes de Courchevel et du Mont Ventoux.

Bien sûr, tout n’est pas perdu pour un Andy Schleck qui semble avoir retrouvé une certaine stabilité. Prochainement requinqué par le retour à la compétition de Frank, il lui reste encore une infime chance de retrouver un bon niveau. S’adapter à ses nouvelles capacités sera la clé de la réinsertion d’un Schleck qui pourrait, par exemple, viser les étapes ou le maillot à pois. Rares sont les coureurs ayant opéré la transition avec succès, mais Yaroslav Popovych, équipier au sein du Team Radioshack, a progressivement évolué vers un statut de capitaine de route. Et si c’était le modèle à suivre pour Andy Schleck ?

Louis Rivas

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