« Et si c’était son tour ? » Cette question plutôt banale revient, régulièrement, à chaque début de grand tour, concernant un outsider autrefois équipier et qui s’est vu récemment promu leader d’une formation… Mais aujourd’hui peut-être plus que jamais, il convient de se la poser pour Rigoberto Uran. Et si c’était son tour, à ce jeune colombien, meilleur jeune en 2012 et deuxième en 2013, de remporter un Giro relativement ouvert ?

Habitué à se faire mal

N’importe quel quidam ayant chatouillé la pédale pourra vous l’affirmer : pour faire du vélo, il faut savoir se faire mal. Rigoberto Uran, lui, sait souffrir. Le Colombien s’est forgé un mental d’acier, un seuil de souffrance surhumain et une rigueur hors-norme au fil de son existence marquée notamment par de douloureux épisodes… Orphelin de père à 14 ans, le jeune Rigoberto doit subvenir seul aux besoins de sa famille. Il sera également victime d’une lourde chute au début de sa carrière, sur le Tour d’Allemagne. « Il était comme une éponge, très fort sur le plan mental », confie l’un de ses premiers mentors. Les Rodriguez et autres Quintana n’ont qu’à bien se tenir ; dans les pentes les plus raides, sur les pourcentages les plus élevés, au cœur des montagnes italiennes, Uran aura la capacité de relativiser sa douleur et d’aller encore plus loin dans la souffrance.

Autre atout du « martyre d’Urrao », son équipe. C’est de plus en plus vrai dans le cyclisme moderne, pour remporter un monument ou un grand tour, il faut une équipe. Et dire qu’Uran en a une à ses côtés est un doux euphémisme. Il a la meilleure. Outrageusement dominatrice sur les flandriennes, toujours placée sur les ardennaises, première au classement UCI, la formation de Patrick Lefevere est dotée d’une présence éblouissante et d’une diversité rare. De facto, avec des équipiers à l’effigie de Thomas De Gendt, troisième sur le Giro 2012, Jan Bakelants ou Tony Martin, il est tout de suite plus agréable d’être leader.

Un transfert qui change tout

Parce que c’est bien la nouveauté de l’année. Le passage d’Uran, cet hiver, de Sky à Omega-Pharma Quick-Step a été l’un des gros transferts de l’intersaison. La formation belge se trouvait alors – enfin – un leader lui permettant de briller sur les courses de trois semaines, souvent délaissées ces dernières saisons au profit des classiques. Une aubaine aussi pour le principal intéressé, qui se voit enfin offrir un rôle de leader. Car le Giro 2013 est encore dans toute les têtes, et surtout dans celle du Colombien. Désigné lieutenant de Wiggins, il avait perdu plusieurs minutes en première semaine en aidant le Britannique. Ce qui avait failli lui coûter une future deuxième place, et l’empêcha surtout de faire frémir rien qu’un peu Vincenzo Nibali. 2014 marque donc pour lui un nouveau rôle et de nouvelles ambitions.

Des ambitions qui plus est légitimes, parce que Rigo est en forme. Il l’avait déjà montré en 2012 en décrochant le titre de vice-champion olympique ainsi qu’en 2013 en remportant la 10ème étape du Giro à la fin duquel il terminera 2ème, Uran est de plus en plus capable de rivaliser avec le gratin mondial des grimpeurs, ce qu’on fait de mieux pour escalader les cols, la crème de la crème. Et cette tendance s’est confirmée dès les prémices de cette saison avec une victoire sur le contre-la-montre par équipe du Tirenno et par-dessus tout une troisième place au Tour d’Oman, derrière Froome et Van Garderen. Aidé par une armada impressionnante, une tolérance à la douleur quasi surnaturelle et déjà quelques expériences fructueuses sur le Giro, le Colombien de 27 ans pourrait dès lors créer la sensation en remportant la 97ème édition du Tour d’Italie.

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