Ils sont trois. Trois à avoir remporté les cinq monuments que compte le cyclisme. Rik Van Looy est le premier d’entre eux, celui qui a devancé Eddy Merckx et Roger de Vlaeminck. Celui qu’on appelait l’Empereur d’Herentals était au dessus de tout. Les courses d’un jour étaient simplement son royaume. Et dans le lot, on trouvait forcément Paris-Roubaix.

Un empire sous ses pieds

Il s’est forgé un palmarès unique, totalisant 410 succès entre 1953 et 1968, date de son unique victoire sur la Flèche Wallonne, seule classique de l’époque qu’il n’avait pas encore accrochée. Il s’est imposé sur tous les terrains, de Milan-Sanremo à Paris-Tours en passant par Liège-Bastogne-Liège. Mais c’est sur Paris-Roubaix que “Rik II” était le plus conquérant. Son premier succès sur l’Enfer du Nord intervient en 1961. Maillot arc-en-ciel sur le dos, il domine au sprint ses concurrents bataves et flandriens sur le vélodrome de Roubaix. Habitué de ces arrivées massives, c’est pourtant en solitaire qu’il gagnera la saison suivante. Il était tout simplement un cran au-dessus de ses adversaires. Mais la suite est par intermittences moins radieuse. Il gagne moins qu’à son habitude durant la saison 1964 et début 1965, on parle de plus en plus du déclin de Van Looy. L’Empereur va se faire une joie de démonter cette théorie le deuxième week-end d’avril. « Paraît-il, je ne devais plus être le grand Van Looy. Mais à 31 ans, un homme peut-il être un homme fini ? Si je le suis, j’ai donc battu 134 morts. » En partant à dix kilomètres de l’anneau de béton roubaisien, alors qu’il aurait pu attendre le sprint, le Flamand parvient à devancer ses concurrents qui n’ont pu que constater son parfait sens tactique. Heureux comme jamais à l’arrivée, il parlera de sa victoire comme de « la plus belle de [sa] carrière ». Il en est alors à huit consécrations sur les monuments.

Mais sa notoriété tient autant à ses immenses qualités cyclistes qu’à sa personnalité atypique, qui en a fait une des premières stars de la Petite Reine, à l’époque des Trente Glorieuses où un vent de folie soufflait sur l’Europe de l’Ouest. Tous les organisateurs de l’époque veulent accueillir le vélo rouge d’un champion très pointilleux en affaires, surtout lorsqu’il s’agit de négocier ses contrats. Son surnom d’« Empereur » lui vient d’ailleurs de cette gestion rigoureuse d’un patrimoine chaque année plus conséquent. Sérieux dans sa préparation, exigeant sur le matériel, il bénéficiait aussi d’une équipe entièrement à son service. Mais le respect qu’il vouait à ses équipiers était sans égal pour l’époque, et c’est sûrement cette notion de « tous pour un » qui l’a propulsé à ce niveau. Il avait sa « garde rouge », armada cycliste de l’époque qui annihilait toute tentative d’attaque pour lui laisser le champ libre dans les derniers kilomètres.

Une domination contestée

Pourtant, le début de carrière de la dernière idole belge avant Eddy Merckx a été quelque peu agité. Arrivé en pleine domination de l’autre Rik, Van Steenbergen, il s’impose rapidement comme le plus sérieux adversaire de son illustre aîné sur les classiques. La guerre des Rik, pour laquelle toute la Belgique prend partie, atteint alors son paroxysme aux Championnats du Monde de Copenhague, en 1956. L’enfant d’Herentals était le plus fort ce jour là mais fut battu par “Rik I”, soutenu par la majeure partie de l’équipe belge. Prenant par la suite le dessus sur tout le monde, Van Looy connu la plus cruelle déception de sa carrière aux Mondiaux de 1963. Grand favori à domicile, sur le circuit de Renaix, il vise le triplé sur la course arc-en-ciel. Il est cependant devancé au sprint par son équipier du jour Benoni Beheyt, qui a même dû repousser Van Looy du bras pour se protéger. La “Trahison de Renaix” est née. Ce sera le seul fait d’arme de la courte carrière de Beheyt, retraité à 26 ans. Parce que les grands leaders sont aussi des tyrans, Van Looy aura participé à cette fin prématurée en contrecarrant tant qu’il le pouvait la carrière du “traître”.

Mais Rik Van Looy restera à jamais l’un des plus grands noms du cyclisme, même si son époque est pour beaucoup trop lointaine pour être régulièrement prise en exemple. Sa meilleure année restera 1962. Vêtu du maillot de champion du monde, il se montre tout simplement imbattable au mois d’avril en réalisant un fabuleux triplé Gand-Wevelgem, Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Une première dans l’histoire, que seul Tom Boonen égalera 50 ans plus tard et qui pourrait bien inspirer, dimanche, un Slovaque qui est lui aussi en passe de devenir une légende…

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