Dès la présentation du parcours du Tour 2017, Michael Matthews avait coché l’étape d’hier vers Rodez. L’Australien n’avait alors qu’une seule envie. Prendre sa revanche avec cette côte sur laquelle il n’avait pas pu s’illustrer en 2015, en terminant dix-septième de l’étape. Et comme une évidence, il a réussi son pari.

Amoureux du Tour

« J’étais le favori du jour, assumait Matthews sans peine en conférence de presse. La tâche était plus difficile, parce que tout le monde parlait de moi. Quand vous êtes favori, tout le peloton vous regarde. » Mais rien ne pouvait arrêter l’Australien hier, même pas la pression qui pesait sur ses épaules. Michael Matthews semble correspondre en tout point à l’image des coureurs Orica détendus et rarement stressés, équipe avec laquelle il a couru pendant cinq ans. Néanmoins, les apparences sont trompeuses. « Je m’inflige ma propre pression », explique-t-il. Hier matin par exemple, devant le bus Sunweb, l’idée était claire. « La dernière fois que nous sommes venus ici, Van Avermaet a gagné, il sera donc un des favoris. Mais mon objectif c’est de gagner aujourd’hui (hier) », martelait le leader de l’équipe néerlandaise.

Pourtant, depuis le départ de ce Tour, il y a eu de nombreux couacs. Dans les sprints massifs, l’Australien n’arrivait pas à jouer les premiers rôles, terminant septième à Vittel et à Troyes, neuvième à Liège. « Avant d’arriver sur le Tour, mon train et moi avions peu travaillé ensemble. Ça explique les quelques erreurs que nous avons pu faire depuis le départ, or sur le Tour, les erreurs ne pardonnent pas. » Mais le cap a été franchi aujourd’hui. L’équipe Sunweb a parfaitement géré l’étape. « Nous avons fait ce que nous avions prévu au briefing ce matin », raconte Matthews. Les automatismes entre les coureurs ont été trouvés, à tel point que le leader ne s’interdit plus rien. « On a appris de nos erreurs et découvert les bons réglages. On a trouvé notre propre système, comme Kittel avec son train. Aujourd’hui, l’objectif c’est de gagner sur le plat, j’ai les jambes pour ça, mais je dois être en situation parfaite. » Battre l’invincible Marcel Kittel, rien que ça. Et même lui piquer le maillot vert. « C’est forcément difficile pour des coureurs comme moi de gagner le maillot vert. Mais on va continuer à essayer et voir ce qu’il va se passer dans les prochains jours. Cela ne sera pas fini avant Paris. »

Il faut dire que Michael Matthews a conscience de sa progression. A vingt-six ans, en seulement trois Tours de France, l’Australien s’est imposé deux fois. Son histoire avec le Tour avait pourtant mal commencé. En 2014, il avait dû renoncer à la Grande Boucle quelques jours avant le départ. Pour sa première participation l’année suivante, il était tombé dans la lourde chute collective de la troisième étape. Bilan : quatre côtes fracturées. L’Australien avait alors douloureusement terminé les trois semaines, avec pour seul objectif de ne pas terminer lanterne rouge. Mais l’amour du Tour avait pris le dessus, comme il le racontait à L’Equipe en 2015. « Je reviendrai l’année prochaine, tout ce que j’ai enduré ne m’a pas dégoûté du Tour. » A Rodez, Michael Matthews n’avait pas pris part au sprint, mais cette étape lui a servie. « J’ai regardé la vidéo de l’arrivée de nombreuses fois, ça m’a servi comme reconnaissance de parcours et j’ai su me réserver pour la dernière partie très raide. »

Sur un nuage

Bien lui en a pris. En battant assez facilement le vainqueur de 2015, Greg Van Avermaet, Michael Matthews est désormais une valeur sûre du mois de juillet. L’an dernier déjà, il avait fait le show en battant Peter Sagan au sprint à Revel, après une échappée restée dans les mémoires. Cette année, il a dû attendre quelque peu, s’inclinant face… à Peter Sagan en haut de la citadelle de Longwy. Mais ce succès, même un peu tardif, ravit l’Australien. « La victoire m’enlève un poids, j’ai le sourire ce soir. Nous travaillons dur, ma femme et moi, tout au long de l’année. Nous donnons tout pour le cyclisme, c’est une grande joie. » Au-delà de Matthews, c’est toute l’équipe Sunweb qui est sur son petit nuage. « Bien sûr, nous sommes très heureux, nous explique Ramon Sinkeldam. Hier c’était Warren, aujourd’hui, c’est Michael, ça récompense tout le travail qu’on a fait sur ce Tour. » Le Néerlandais a roulé toute la journée avec son coéquipier Albert Timmer en tête de peloton. Les deux hommes ont été félicités par leur leader. « Je suis très heureux que mes coéquipiers m’aient déposé en si bonne position. »

Et les louanges sont réciproques. « C’est un leader différent de Marcel (Kittel) ou de John (Degenkolb) avec qui j’ai pu travailler par le passé, confie Sinkeldam. Mais Michael a d’immenses qualités, et on a envie de se donner à fond pour lui, et de le mettre dans les meilleures dispositions possibles pour la victoire. » L’Australien partage sa chambre avec un autre vainqueur sur ce Tour, Warren Barguil. « C’est sûr que quand j’ai vu le sourire sur le visage de Warren hier (jeudi), je me suis dit qu’il fallait qu’on entretienne ce sourire et qu’on gagne à nouveau », expliquait Michael Matthews. L’intégration est réussie, et des deux côtés, le mariage est un succès. Pour Sunweb, l’Australien a parfaitement réussi à remplacer Kittel et Degenkolb. Le choix d’engager le coureur de 26 ans, qui avait franchi un cap chez Orica, a donc été payant. Et l’inverse est vrai aussi. Michael Matthews est heureux d’être là. « A moins de s’appeler Warren Barguil, il faut une équipe entière à votre service pour gagner une étape du Tour de France, souriait-il. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai changé d’équipe. Orica avait des objectifs différents, alors que Sunweb était tout disposé à mettre beaucoup de coureurs à mon service pour atteindre des objectifs comme celui-ci. » L’équipe allemande a bien fait.

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