Bloqué sous l'arche d'arrivée, le bus d'Orica-Green Edge aura eu besoin de plusieurs minutes pour se dégager - Photo Sky
Bloqué sous l’arche d’arrivée, le bus d’Orica-Green Edge aura eu besoin de plusieurs minutes pour se dégager – Photo Sky

Le Manx Express ? Le Gorille de Rostock ? Tourminator ? Raté, le premier maillot jaune du Tour de France 2013 s’appelle Marcel Kittel. L’Allemand de l’équipe Argos-Shimano à déjoué les pronostics des bookmakers en ce samedi très agité sur les routes du bord de mer. Jackpot pour le natif d’Arnstadt, qui empoche non seulement la tunique jaune mais également ses cousines vertes et blanches. Autre fait marquant : cette chute massive spectaculaire qui a déjà fait des dégâts plus ou moins importants. Petit état des lieux.

Le plus malin gagne, comme souvent… 

En marquant son territoire aujourd’hui à Bastia, Marcel Kittel réalise sans aucun doute l’un des rêves de toute une vie pour un coureur cycliste professionnel. Avoir le droit de porter le maillot jaune sur la plus belle course du monde. En grillant comme un mort de faim le très en jambes norvégien Kristoff et le benjamin Danny Van Poppel sur la ligne, cette victoire sonne comme un symbole pour l’un des jeunes porte-drapeau du cyclisme d’Outre-Rhin. Lancé dans le grand bain de la course l’an passé, ses rêves de victoires d’étapes ont tourné court lorsqu’il a, malheureusement pour lui, contracté un virus durant la première semaine propice aux sprinteurs, l’ayant forcé à mettre pied à terre. Un an après, c’est enfin le jour de gloire pour ce garçon comme pour son équipe, très souvent mise à contribution pour son armada d’hommes rapides mais aussi trop souvent non récompensée de ses efforts. Ce soir à l’hôtel, les protégés d’Arend Scheppink pourront sabrer le champagne et souffler, c’est le vainqueur du jour qui l’affirme. Ce qui ne sera pas le cas de la majorité du peloton.

Car voilà, en ce jour de fête sur le long de la route pour le peuple de l’île de Beauté, les premières heures « détente » des coureurs se sont brisées dans l’élan ravageur crée par la combinaison de différents facteurs. Mer à proximité, routes étroites, nervosité et allure soutenue, cela nous offre généralement beaucoup de tension dans un peloton qui a donc cédé à la première occasion venue. Après une chute sans gravité du malchanceux Hoogerland, et une deuxième ayant vu Ryder Hesjedal connaître ses premières frayeurs, jamais deux sans trois. Cette troisième chute à mis un bon paquet de coureurs au tapis, et pas des moindres. Alberto Contador, Andy Schleck ont goûté au bitume sans gravité selon leurs directeurs sportifs, mais le fantasque Peter Sagan inquiète un peu plus. Encore plus touché, le spécialiste de la montre Tony Martin, vraisemblablement victime d’une fracture de la clavicule, a même fait un malaise avant d’entrer dans son bus. Le Tour devrait déjà s’arrêter pour le rouleur germanique, mais on n’est pas à l’abri d’une pléiade d’abandons au cours de la soirée. Alors oui, le Tour est lancé, mais pas forcément de manière espérée…

Une première qui fait tâche 

Parce qu’à vrai dire, si il n’y avait que la chute massive à noter dans le journal de l’étape, on serait plutôt heureux. Mais le cercle vicieux de ce final voit ses origines remonter aux dix kilomètres. Alors que Jens Voigt imprime quelques consignes à l’avant du peloton, nous autres spectateurs sommes soudainement ébahis par cette image insolite à la limite du grotesque d’un bus de l’équipe Orica-Green Edge, à l’arrêt sous l’arche de la ligne d’arrivée, ayant au passage gagné le cocotier en démolissant les capteurs permettant la réalisation de la photo finish. Mais cette affaire n’en reste pas là, immobilisé au milieu de la ligne droite finale tandis que le peloton arrive lancé à plus de 70 km/h à quelques encablures du moment de vérité, aucune solution ne semble se présenter aux organisateurs. Leur salut arrivera sur le gong, en dégonflant les pneus du véhicule incriminé, qui est péniblement évacué. Sauf qu’entre-temps, les coureurs voient leur préparation du train final perturbé par de surprenantes annonces dans l’oreillette. L’arrivée est d’abord avancée à l’arche des trois kilomètres, mais c’est incrédules que les millions de (télé)spectateurs s’arrachent leurs cheveux face à une arrivée programmée en plein rond-point…

Quelques secondes plus tard, le calme semble revenir et l’arrivée à finalement lieu sur la ligne d’arrivée initiale. Mais l’équipe organisatrice va tomber de Charybde en Scylla, réalisant tardivement la nécessité de réaliser le classement de l’étape de façon autonome et manuelle. De plus, ils doivent combler l’attente et la patience limitée d’une part des auditeurs face à une situation jamais vue et d’autre part des équipes du Tour et leurs directeurs sportifs, avec qui discutions vont s’animer. Rapidement, les premiers coups de gueules ont fusé, dont celui de Marc Madiot, dénigrant des décisions irresponsables, inconscientes et ingérables. Est-il le seul à le penser ? Sûrement pas. Mais ce qui doit rester comme la problématique principale en dehors du climat venimeux qui s’installe, c’est surtout l’intérêt d’apprendre de cet imprévu, pouvant décrédibiliser l’image d’une organisation aux vues du monde entier. Nul doute qu’après l’épisode dérisoire de la banderole du Tour de Suisse dans la descente de La Punt, ces deux actes qui s’enchaînent méritent de tirer des conclusions importantes, afin de toujours mieux répondre à un cataclysme paralysant.

Alexis Midol


 

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