Intrinsèquement le meilleur coureur de grands tours français, Pierre Rolland ne rentrera pas dans les dix premiers du 100e Tour de France : la faute à un choix stratégique incompréhensible. Focalisé sur un maillot à pois pourtant pratiquement réservé depuis la réforme aux leaders du classement général, Rolland, depuis le départ de Corse, multiplie les échappées suicidaires de plus de cinquante kilomètres pour ramasser de maigres points au sommet de côtes de 4e catégorie. Le genre d’attitude que l’on pensait définitivement bannie du peloton français après le passage à vide des années 2000, mais qui visiblement a la dent dure.

Il n’a pratiquement aucune chance de ramener le maillot à Paris

Malgré tout ses efforts, Pierre Rolland ne possède actuellement que 50 points. Le coureur vainqueur au sommet du Mont Ventoux empochera lui aussi 50 points. Les hommes forts tels que Chris Froome, Richie Porte et Nairo Quintana, qui ne naviguent qu’à une vingtaine d’unités du coureur d’Europcar, ont toutes les chances de surpasser largement un Rolland probablement épuisé par ses efforts de la veille, car, du coté de Lyon, on compte clairement envoyer à nouveau cet éternel attaquant à l’abordage, pour récupérer un gain bien inférieur à la somme d’énergie dépensée.

Perdant probablement plus de 30 points par rapport à Froome au Ventoux, puis 10 dans le chrono de Chorges (qui compte deux talus de deuxième catégorie), Rolland perdra le maillot avant les Alpes et se retrouvera dans l’obligation se s’incruster dans trois échappées consécutives au cours d’un tryptique alpestre absolument monstrueux ; le tout avec la concurrence des Euskaltel qui seront désireux de jouer à fond le classement de la montagne par l’intermédiaire de Nieve ou d’Anton. Sachant que les points aux arrivées de l’Alpe et du Semnoz seront doublés, il faudrait un concours de circonstance inimaginable pour permettre à Rolland d’éviter le retour d’un groupe maillot jaune qui n’a pour l’instant laissé aucune chance aux fuyards. On sait que Movistar et Saxo-Bank augmenteront très tôt l’allure pour isoler Froome, et par conséquent condamneront toute échappée.

Pourquoi s’engager si tôt dans cette bataille ?

Mais le plus surprenant dans tout ça, c’est que Rolland est passé à l’offensive dès les premiers jours, alors même que ses espoirs de podium étaient encore tout à fait réalistes. Il s’est lui-même mis hors jeu en dépensant inutilement ses forces. Le Tour de France est un marathon, pas un sprint : une telle débauche d’énergie allait forcément être rédhibitoire pour la suite. D’autant plus que lors d’une édition aussi montagneuse, un baroudeur pur n’avait aucune marge de manœuvre par rapport aux leaders. Rolland tente de gagner cette tunique de la même façon que s’y était pris Thomas Voeckler en 2012. Le grimpeur qu’il est aurait d’avantage dû se référer au Richard Virenque des années 90, qui savait exactement où et quand attaquer, tout en finissant systématiquement près des meilleurs au sommet.

Solution de repli pour les grands battus du premier massif montagneux, le maillot à pois s’est cette fois trouvé un admirateur précoce en la personne de Pierre Rolland… A moins que quelque chose de plus profond ne se cache derrière tout ça : l’équipe Europcar de Bernaudeau, qui cherche (encore) un repreneur, a désespérément besoin de visibilité. Thomas Voeckler, en petite forme, n’étant pas en mesure d’assurer ce rôle de baroudeur constamment à l’avant de la course, cette responsabilité est tombée sur les épaules de celui qui sortait d’un Tour 2012 bouclé en 8e position. Une performance qu’il pouvait légitimement espérer améliorer. Gros gâchis de cette édition, peut-être même plus que son compère Thibaut Pinot, Rolland symbolise à merveille le Tour – pour le moment – raté des équipes tricolores, qui ne parviennent ni à remporter d’étapes, ni à proposer quoi que ce soit de concret pour placer leurs leaders dans de bonnes conditions.

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