Le petit suédois à la gueule d’ange n’a que trente ans, et pourtant, il vient d’annoncer que cette saison était sa dernière. Révélé à la Française des Jeux, on avait beaucoup trop rapidement vu en lui un futur vainqueur de grand tour, et c’est sans doute ce qui lui a en partie coupé les ailes. L’histoire de Thomas Löfkvist, c’est celle d’un talent qui n’a jamais éclos comme on l’imaginait. L’un des plus grands de la dernière décennie.

Un incroyable potentiel… limité

Lövkvist, c’est ce gamin de vingt-deux ans que pas grand monde connaissait dans Pro Cycling Manager 2006, et qui après deux ans de carrière devenait un véritable monstre capable de dominer le Tour de France plusieurs saisons de suite, à l’instar de Gerdemann ou Dekker. C’est aussi un gamin passé professionnel à seulement vingt ans, loin de sa Suède natale puisque c’est Marc Madiot qui l’avait lancé, à la Française des Jeux. Ce qui ne semblait pas le gêner au départ, puisque les premiers résultats arrivèrent très rapidement. Avec une performance particulière qui aujourd’hui veut dire beaucoup, même s’il y a dix ans, personne n’y avait vraiment prêté attention. Sur le Dauphiné 2004, lors de la cinquième étape entre Gap et Grenoble, le natif de Visby, dans le sud de la Suède, avait accroché la roue des meilleurs pour franchir la ligne aux côtés des Armstrong, Sastre, Landis, Virenque, Hamilton ou Mayo. Il était le seul inconnu dans les vingt premiers ce jour-là, et venait de se prouver à lui-même qu’il avait de réelles aptitudes.

Il ne restait alors qu’à les exposer au grand jour, notamment sur les tours d’une semaine qu’il affectionne particulièrement. Tirreno-Adriatico, Tour de Suisse, de Pologne ou d’Allemagne, le Suédois brille un peu partout, sauf sur les grands tours ou la confirmation tarde à arriver. Seizième de la Grande Boucle en 2010, elle est finalement là sa meilleure performance sur trois semaines, et elle n’est pas très significative. Il y a quelques mois sur notre site, Lövkvist tentait d’expliquer ces échecs répétés : « Quand j’ai commencé, j’ai rapidement montré beaucoup de qualités, ce qui a fait penser à certains que j’allais gagner le Tour dans les années à venir. Mais ce n’est pas le cas. Je n’ai fait que quelques bons grands tours, voire un seul. Sur les courses de trois semaines, je ne suis pas très bien, j’ai toujours une ou deux mauvaises journées qui me font perdre beaucoup de temps. » Rien ne servait donc d’en demander trop à ce jeunot au potentiel indéniablement énorme, mais qui n’avait pas la caisse pour décrocher les victoires qu’on lui prédisait.

Un coureur pas comme les autres

Après son passage chez Sky, Lövkvist avait donc besoin d’un peu de tranquillité. Fini les attentes démesurées, il voulait d’une équipe familiale qui aurait d’autres leaders que lui pour supporter la pression. Il semblait avoir trouvé ça au sein de la formation IAM Cycling, humble malgré sa rapide expansion. Dès sa première année en Suisse, le Suédois avait même remporté le Tour Méditerranéen, son unique succès sur un classement général à ce jour. Tout semblait aller parfaitement pour lui, qui n’était plus ce grand espoir du cyclisme mondial, simplement un coureur comme les autres. En octobre dernier, il nous disait même vouloir s’investir à long terme chez IAM. « Si je peux, et si l’équipe continue d’aller dans cette direction, je resterai longtemps ici, c’est sûr », assurait-il. Mais il a été rattrapé par cette fichue réalité qui ne vous lâche jamais, qui fait que Lövkvist a été un grand espoir, et que faute de confirmation, il restera dans beaucoup d’esprits comme une déception. Dure, très dure réalité. Parce que Thomas Lövkvist mérite autre chose.

Il mérite qu’on se souvienne de lui comme un coureur qui a malgré tout eu des résultats bien meilleurs qu’une bonne partie du peloton professionnel. D’un coureur qui n’a jamais rechigné à l’entraînement non plus, ce qui est peut-être à l’origine de sa retraite prématurée. En effet, lui-même parle de surentraînement, sans en avoir la certitude, mais le fait même de l’évoquer sonne presque comme un aveu. « J’aurais peut-être plus réussi si j’avais un peu levé le pied », confesse-t-il aujourd’hui. Et très franchement, on aurait aimé le voir aller décrocher un peu plus de bouquets. Malgré tout, plus qu’un coureur au talent gâché, on a envie de retenir qu’il fut maillot rose pendant six jours sur le Giro 2009 et qu’il décrocha par exemple un podium sur Tirreno, en 2008. Pour le reste, il n’y a qu’à continuer nos carrières sur PCM : dans cet « autre monde », il a gagné les trois grands tours. De quoi rendre entre plus dure cette réalité qui fait que la saison prochaine, nous ne verrons plus Lövkvist dans le peloton…

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