Vainqueur en 2013 , le Tchèque Roman Kreuziger remet sa couronne en jeu - Photo Getty
20 avril 2014

L’indécision règne à Valkenburg

Une semaine après un Paris – Roubaix épique ayant rassemblé la planète cyclisme autour d’un même événement, la saison des classiques printanières va bientôt arriver vers son point d’orgue, et se déplace pour cela au Pays-Bas, dans le Limbourg néerlandais, pour y disputer l’Amstel Gold Race. Longue de 251 kilomètres, la première classique du triptyque ardennais se dispute autour de multiples circuits, et a pour habitude de se décanter une première fois dans le Keutenberg, une bosse de seulement 600 mètres, mais avoisinant les 22%. Si la victoire se jouait toujours dans la dernière ascension du Cauberg, qui fait office de juge de paix, les organisateurs de l’Amstel ont décidé depuis 2013 de modifier le final en y insérant deux petits kilomètres de faux plat descendant après le sommet, selon le modèle du championnat du monde 2012. Roman Kreuziger, le tenant du titre, aura à coeur de rééditer la performance de l’année passée, mais sa victoire était venue d’une anticipation lointaine et avait surpris les favoris présumés. Tout les scénarios sont désormais possibles, de la victoire en solitaire, d’un groupe d’attaquants à un sprint en comité restreint.

Les favoris :

***** Alejandro Valverde : Très difficile de dégager à l’heure actuelle un favori net et précis pour cette 49ème édition de la Gold Race, mais l’espagnol tient la corde pour plusieurs raisons. Gonflé à bloc par ses huit victoires acquises jusqu’ici, le Murcian possède le profil idéal pour briller sur le nouveau format de l’épreuve du Royaume. Toujours aussi explosif que par le passé, sa pointe de vitesse est toujours intacte et le chouchou de la Movistar pourra faire mouche en cas d’arrivée groupée, qui reste quand même plus qu’un scénario crédible. Deuxième l’an passé derrière Kreuziger qui s’était fait la malle avant les derniers kilomètres, c’est l’occasion pour lui de remporter sa plus belle victoire depuis 2012, où il touche du bois sans jamais concrétiser. Malgré tout, ses victoires précédemment énoncées ont toutes été collectées sur des courses de second rang avec une opposition moindre, et son attitude souvent contestée dans le money-time des plus grandes épreuves pourrait lui porter défaut.

**** Michal Kwiatkowski : En l’absence de Peter Sagan, éreinté par sa campagne de Flandre qui s’est soldée mi figue, mi raisin, en dépit d’une victoire sur l’E3 d’Harelbeke, c’est le polonais d’Omega Pharma – Quick Step Kwiatkowski qui endosse le rôle de coureur à tout faire au départ de Maastricht. Au pied du podium lors de sa première participation il y a tout juste un an, avant de remettre ça sur la Flèche Wallonne, le vainqueur des Strade Bianche en février a passé un cap supplémentaire depuis 2013. Eclatant vainqueur du Tour d’Algarve, deuxième au Pays Basque derrière l’intouchable Contador, le Kwiat est déterminé pour remporter sa première grande classique à seulement 23 ans, et a récemment montré qu’il était capable d’aligner tout le monde de différentes façons. C’est à coup sur le coureur dont il faudra se débarrasser avant le Cauberg, et dont personne n’a envie d’emmener sur son porte-bagage…

**** Simon Gerrans : Certes, l’australien n’a pas été très en vue depuis son Tour Down Under victorieux, mais n’est-il pas réputé pour créer la surprise là ou l’on ne l’attend pas ? Déjà sur le podium des Amstel se terminant au sommet de la montée phare de Valkenburg derrière Philippe Gilbert, le vainqueur de Milan – Sanremo 2012 est encore plus à son aise avec la nouvelle configuration permettant les regroupements. Souvent placé sur la classique d’avril qui lui est le plus favorable, c’est très clairement l’un des hommes à battre en cas d’arrivée semi-massive, et sa performance récente à la Flèche Brabançonne n’est pas passée inaperçue. Un bon signal.

Les outsiders :

**** Philippe Gilbert : Triomphant pour la deuxième fois sur les hauteurs d’Overijse mercredi dernier, Philippe Gilbert s’impose enfin comme un favori crédible à la victoire pour des ardennaises qu’il a déjà tant écrasées en 2011. Si sa victoire ne peut être analysée comme un retour au premier plan certain, elle laisse certainement présager de bons résultats à venir pour le Remoucastrien, cherchant à retrouver son statut de numéro un mondial. Celui qui a décroché le maillot arc-en-ciel sur le même circuit final comportant le Bemerleberg, le Cauberg et le replat devrait être bien inspiré de réaliser un nouveau numéro, et pourquoi pas aller chercher sa troisième Amstel Gold Race après 2010 et 2011. Plus que jamais, on y croit.

*** Bauke Mollema : Robert Gesink contraint à mettre sa carrière provisoirement sur la touche en raisons de problèmes cardiaques, c’est Bauke Mollema qui rêve de devenir le héros national en s’adjugeant une classique à domicile, et prolongeant le rêve doré de la foule, déjà euphorique après le sacre de Niki Terpstra sur le vélodrome de Roubaix. Souvent placé sur les trois classiques Ardennaises, on le voit mal régler un petit groupe au sprint, mais son gabarit correspond parfaitement à l’effort que demande le Cauberg, une montée qu’il connait par coeur. Déjà dans le top 10 de cette classique à plusieurs reprises, c’est le moment d’améliorer ce résultat et de surfer sur la vague orange qui secoue le peloton.

*** Joaquim Rodriguez et Dani Moreno : Le duo inséparable de la Katusha revient une nouvelle fois avec les mêmes ambitions et une expérience non négligeable. Malgré ses 34 ans qui commencent à se faire remarquer, Purito n’a rien perdu de sa superbe et pourrait une nouvelle fois dynamiter le final de l’épreuve comme il l’avait réalisé sur les Mondiaux de Florence, mais se préserve sûrement pour la Flèche Wallonne prochaine, qui reste taillée pour lui. Le Cauberg n’est sans doute pas assez pentu pour qu’un Rodriguez ou un Moreno s’exprime à 100%, et leurs résultats passés en terre néerlandaise ne sont pas en leurs faveurs. Le double vainqueur du Tour de Catalogne y avait même chuté l’an passé. Et si le véritable leader n’était pas plutôt Alexandr Kolobnev ?

*** Greg Van Avermaet : Certes, Philippe Gilbert est de retour et part avec les faveurs des pronostics, aussi bien de l’extérieur qu’en interne. Mais il n’est pas dérisoire d’élever VA au rang de candidat à la victoire sur ce type de parcours, même si sa pointe de vitesse supposée n’a pas fait de miracles sur le Het Nieuwsblad ou le Ronde. C’est l’un des rares à effectuer une traversée totale des classiques du printemps, et la fatigue risque plus d’être présente à Liège qu’aujourd’hui. Flairant presque toujours les bons coups, il peut créer la sensation en l’emportant à la manière d’un Kreuziger l’an passé.

*** Rui Costa : Sur le papier, la composition de l’équipe Lampre pour le triptyque ardennais à plus que fière allure. Avec le porteur du maillot irisé, le petit prince Cunego et la star montante Ulissi, l’équipe fuchsia dispose de trois belles cartes, mais devra choisir. Si Cunego sort d’un Tour du Pays Basque de haute volée, l’alternative la plus sure reste sans doute celle du Portugais, capable de sortir en solo comme de régler un groupe d’attaquants sur la ligne d’arrivée. Néanmoins, il faudra trouver le petit plus qui lui manque cette saison, après avoir collecté les places d’honneur sur Paris – Nice, et savoir se faire oublier une fois de plus, car une chose est sûre, son nom est désormais ancré dans toutes les têtes.

***  Enrico Gasparotto : L’italien devrait être le leader d’une formation Astana pléthorique de talents sur les classiques. Au côté du Squale Vincenzo Nibali, pas encore au mieux, d’un vainqueur de monument en la personne de Maxim Iglinskiy ou encore de Jakob Fuglsang, l’équipe kazakhe se présente avec un objectif bien défini, la gagne. Cela tombe bien, l’ancien de la Lampre a déjà inscrit son nom au palmarès de l’Amstel en 2012, au terme d’un sprint des plus serrés avec Vanendert et Sagan en haut du Cauberg. Appartenant plutôt à la catégorie des coureurs malins, discrets et ne faisant pas de bruit, attention à ne pas faire l’erreur de le sous-estimer et de prendre conscience de sa présence dans les derniers hectomètres, puisqu’il sera trop tard pour espérer devancer l’ancien champion d’Italie, toujours véloce en cas d’arrivée groupée.

A ne pas sous-estimer :

** Tom-Jelte Slagter : Même si Dan Martin possède un prestige supérieur en tant que vainqueur de Liège-Bastogne-Liège, le batave Slagter semble arrivé à maturation pour disputer la gagne sur la classique de ses rêves. Très régulier depuis le début de l’année, le double vainqueur d’étape sur la dernière Course au Soleil est fin prêt pour son éventuel jour de gloire, et son tempérament offensif n’est plus à prouver. Loin d’être lent en cas d’arrivée groupée, c’est la grosse côte de cette Amstel Gold Race, qui pourrait bien faire perdurer l’annuelle surprise provenant de la Garmin.

** Carlos Betancur : Betancur, seulement à deux étoiles ? Le vainqueur éclatant de Paris – Nice, tout en maîtrise, à lancé un signal fort ce jour-là, mais les pépins physiques se sont enchaînés par la suite, au point de disputer un Tour du Pays Basque fantôme. Encore quelque peu en surpoids par rapport à ce qui est attendu pour la Flèche Wallonne, selon les dires internes d’AG2R la Mondiale, il ne faut pas non plus oublier de dire que le profil de l’épreuve hollandaise est celui qui lui correspond le moins parmi les trois ardennaises. Il serait surprenant de le voir à son meilleur niveau ce dimanche, mais si l’envie et les jambes sont là, sa giclette peut faire des miracles.

** Roman Kreuziger : Le tenant du titre souhaite évidemment garder son bien, mais cela s’annonce presque mission impossible. Le tchèque de Tinkoff n’aura pas la possibilité d’anticiper les débats une nouvelle fois, et sera surveillé de près par ses adversaires, plus rapides que lui en cas de sprint, et sûrement plus explosifs par la même occasion. Mais le cinquième de la dernière Grande Boucle ne s’est pas imposé aux Pays-Bas pour rien, et il est juste de le glisser parmi les favoris du jour.

** Simon Geschke : On parle très peu de l’allemand, mais le puncheur de la Giant – Shimano est désormais un habitué des tops 10 sur les plus belles classiques du calendrier, et la forme est avec lui, comme en témoigne sa quatrième place à la Flèche Brabançonne. Neuvième du dernier Grand Prix de Québec ou encore deuxième de l’étape de Guardiagrele sur le Tirreno, à lui de profiter de son relatif anonymat pour, pourquoi pas, tirer les marrons du feu d’une éventuelle course de marquage. Il ferait alors parler de lui autrement que par sa barbe sur Twitter !

** Frank Schleck : L’aîné de la fratrie luxembourgeoise à déjà remporté l’Amstel Gold Race, mais on dirait presque que cela date d’une autre époque, tellement l’impression était différente. Vainqueur en 2006 en puncheur, Frank semble avoir assez bien digéré son contrôle positif à un diurétique sur le Tour de France 2012, et ses performances de 2014 sont encourageantes, en passant par le Paris-Nice et le Critérium International. Toujours présent sur les Ardennaises, l’espoir subsiste encore, mais la nouvelle mouture de l’Amstel n’est pas pour l’avantager…

** Tony Gallopin : Ou est passé Jelle Vanendert depuis ses belles années de 2011 et 2012 ? Nul le sait, et même si le belge nous avait déclaré vouloir revenir au top sur les courses qui lui tiennent à coeur, le leadership revient naturellement à Tony Gallopin. Le français, vainqueur de la dernière Clasica San Sebastian, présente le profil parfait pour briller sur l’Amstel Gold Race, et se doit de suivre les bons coups et de tenir le rythme afin de pouvoir saisir sa chance dans un final d’opportunistes. D’ici là, il devra éviter la malchance à répétition qui poursuit l’équipe Lotto – Belisol de Marc Sergeant depuis le début de la saison…

* Björn Leukemans : Âgé de 36 ans, le leader naturel de l’équipe Wanty – Groupe Gobert se pose encore comme un outsider à ne pas enterrer pour une Amstel Gold Race qui lui a toujours réussi. Toujours présent du Nieuwsblad à Liège, le flamand n’est pas encore totalement fini, et avait porté à lui tout seul les classiques de l’équipe Vacansoleil l’an passé. Septième de la dernière édition, malgré un sprint pour le podium, c’est un candidat sérieux à une belle place d’honneur, et pourquoi pas viser plus si l’occasion se présente.

* Marco Marcato : Après Leukemans, c’est un autre Vacansoleil qui pourrait réaliser une belle performance. Recruté par Cannondale, Marco Marcato a déjà remporté Paris – Tours et pourrait donner le sourire à ses dirigeants en l’absence de Peter Sagan en cas d’arrivée groupée conséquente. Ancien grand espoir des classiques ardennaises dans ses années espoirs en Italie, il n’a jamais totalement confirmé, mais mieux vaut tard que jamais.

* Ben Swift : Longtemps perçu comme un sprinter pur, l’anglais de la Sky a plus que surpris son monde en déboulant dans la dernière ligne droite de Markina – Xemein pour remporter la cinquième étape du Pays-Basque, qui comportait pourtant quatre cols dont deux de première catégorie. On dit que le replat final a de quoi sourire à un sprinter ? Notre homme est donc trouvé, mais le gros hic, c’est la distance. Entre les 251 de l’Amstel et les 149 de l’étape espagnole, la différence est notable. Mais avec lui, tout est possible…

Mentions : Enrico Battaglin, Thomas Voeckler, Lars Petter Nordhaug, Romain Bardet, Zdenek Stybar, Pieter Weening, Edvald Boasson Hagen, Johnny Hoogerland, Davide Rebellin, Thomas Löfkvist.

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