Ce mercredi, le rouleur allemand tentera de décrocher un quatrième titre consécutif sur les championnats du monde contre-la-montre. Grandissime favori, il semble imbattable sur sa spécialité, d’autant que celui qui avait été son seul rival ces dernières années, Fabian Cancellara, n’est pas présent. Une belle occasion de rentrer dans l’histoire.

Plus qu’une référence

Il y a quelques années, Fabian Cancellara était le maître de l’effort chronométré, quatre fois champion du monde en cinq ans et aussi fort sur les prologues que sur les longs chronos. Mais ça, c’était avant l’arrivée du jeune Tony Martin, qui petit à petit a fait son trou. Jusqu’à un premier titre mondial, en 2011, reléguant Wiggins et Cancellara bien loin. Depuis, le natif de Cottbus, dans l’est de l’Allemagne, n’a jamais cessé de progresser, et de dominer course après course son homologue suisse. Aujourd’hui, il compte 39 victoires dans l’effort solitaire, et trois succès sur les Mondiaux. Ce fut plus serré en 2012, où Taylor Phinney échoua à seulement cinq secondes, mais la plupart du temps, il est sans concurrence. Cette année, si l’on met de côté les chronos vallonnés, il n’a été devancé qu’à une seule reprise par celui qui reste son plus grand rival – le Suisse bien sûr -, sur Tirreno-Adriatico. La preuve que le flambeau a bien été passé entre les deux hommes.

De quatre ans plus jeune que le Bernois, certains diront que c’est logique. Mais il y a quatre ans, quand Martin était encore focalisé sur les courses par étapes et donc moins performant dans l’effort solitaire, personne n’imaginait Canci se faire dominer de la sorte dans les années qui allaient suivre. Et pourtant, le coureur de l’équipe Omega-Pharma Quick-Step a su, en grand solitaire, se métamorphoser. Se rendant compte qu’il n’était pas capable de briller autant qu’il l’espérait sur les grands tours, il a laissé tomber, et s’est concentré sur le contre-la-montre. Aujourd’hui, comme il le confiait à L’Equipe Magazine il y a quelques jours, il prend toujours le départ pour gagner. D’où ses sept succès dans la discipline rien que cette saison. Désormais, c’est lui qui brigue les bouquets sur les épreuves de trois semaines, et c’est lui aussi qui enchaîne les titres mondiaux. Avec trois sacres consécutifs, il a égalé la performance de Michael Rogers (entre 2003 et 2005). De quoi désormais filer vers un autre record.

La passe de quatre ?

Depuis l’instauration du contre-la-montre aux championnats du monde, en 1994, un seul homme a été sacré à quatre reprises : Fabian Cancellara (en 2006, 2007, 2009, 2010). A Ponferrada ce mercredi, Martin pourrait donc l’égaler, et penser déjà à améliorer ce record. Car à 29 ans, l’Allemand ne semble pas menacé par quelconque challenger : ses rivaux actuels, le plus souvent Wiggins et Cancellara, sont plus âgés que lui, et il faudrait un parcours plutôt vallonné pour qu’un autre homme que le beau Tony aille décrocher le maillot arc-en-ciel. Alors bien sûr, rien n’est joué d’avance et le quadruple champion national du chrono devra s’employer pour ne pas passer à côté d’une épreuve pour laquelle on a du mal à identifier ne serait-ce que des outsiders. D’autant que même s’il est logiquement archi-favori, il ne s’est pas vraiment rassuré sur le chrono par équipes, ce dimanche. OPQS n’a pas gagné (pour la première fois !), et l’Allemand a confié à l’arrivée qu’il n’avait pas eu de très bonnes sensations.

Les conséquences d’une saison à rallonge, au moins en partie. Martin compte 83 jours de course et n’a observé qu’une seule longue coupure, entre le Tour et la Vuelta. Alors forcément, à l’approche du mois d’octobre, ça commence à tirer, surtout qu’il ne court jamais à l’économie. Que ce soit pour ses coéquipiers ou pour lui, il est toujours à fond. Il ne faudra donc pas prendre à la légère ce dernier objectif de la saison qu’est le paletot arc-en-ciel. Celui qui aime être seul sur son vélo, là où seules les jambes font la différence, devra faire un dernier effort pour véritablement entrer dans l’histoire de son sport, avant, peut-être, dans un futur proche, d’aller encore plus haut. Parce que le chrono n’est pas une discipline où l’on peut bluffer. « Tu ne peux pas te cacher », concède le principal intéressé. C’est ce qui lui permet d’être aussi dominateur. Dans quelques années, peut-être se posera-t-on donc la question de savoir si Tony Martin est le meilleur rouleur que le cyclisme ait connu. Et s’il continue sur sa lancée, il y a fort à parier qu’on répondra oui.

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