On attendait une première partie de Tour animée, avec des bordures et des attaques dans les passages stratégiques, mais aussi des chutes – malheureusement – et des écarts sur les chronos. On a été servis ! Après dix jours de course, l’écrémage est déjà impressionnant, et pour certains, l’arrivée de la montagne est un soulagement.

Froome a appris, et repris du temps

Il y a un an déjà, la première semaine était piégeuse. Et le Britannique était parti à la faute, avant même les pavés qu’on annonçait décisifs. Après plusieurs chutes et avec un poignet endolori, il avait quitté la Grande Boucle par la petite porte. On se demandait alors s’il serait assez fort pour revenir à son niveau de 2013 et se battre pour remporter un deuxième Tour de France. Avant le départ d’Utrecht, on avait une idée de la réponse. Désormais, on a des certitudes. Le protégé de Dave Brailsford a appris de ses erreurs, et cette fois, il a repris du temps à tous ses rivaux. On l’a même découvert d’une aisance surprenante sur les pavés, là où il aurait pu avoir une appréhension légitime. Mais avec plus d’une minute d’avance sur Contador, près de deux sur Quintana et encore un peu plus sur Nibali, « Froomey » est celui qui a le mieux passé les pièges des dix premiers jours, et lui-même semble quelque peu surpris.

Il faut dire que parmi les quatre fantastiques, tout le monde n’a pas été irréprochable. Contador a fait ce qu’il a pu, et son équipe à été très efficace pour créer des bordures. C’est finalement sur les chronos qu’il a perdu un peu de temps, mais c’était inévitable. Quintana, lui, aurait sans doute signé pour ne pointer qu’à 1’59 à la journée de repos. Il a été pris dans la bordure vers Zélande, mais n’a rien lâché sur les pavés : il est à sa place. Nibali en revanche, a été de déception en déception. Certes il n’a pas encore perdu grand chose, mais sur les pavés, ses tentatives ont été vaines, et vers Mûr-de-Bretagne, sa petite défaillance dans l’ultime kilomètre était tout sauf rassurante. Pourtant, c’est sur ce début d’épreuve semé d’embûches qu’il espérait se créer un petit matelas, pour avoir ensuite une marge de manœuvre. Sa position de chasseur a donc de quoi inquiéter : il a l’habitude de briller lorsqu’il gère sa course comme il le souhaite, pas lorsqu’il a du retard à combler.

Un triptyque pour ne plus se cacher

Après une journée de repos bien méritée, les coureurs entameront donc ce mardi un triptyque pyrénéen lors duquel il n’y aura plus de place pour se cacher. Si jusqu’à maintenant, on se posait encore des questions sur les aptitudes des favoris, dans trois jours, il y aura déjà beaucoup de réponses. Avec trois étapes aux profils distincts, mais qui proposent à chaque fois une arrivée au sommet, les leaders ne pourront se dérober. Si le programme des Alpes s’annonce tout aussi gargantuesque, permettant donc également de faire basculer la course, pour Contador, Quintana et Nibali, il n’y a déjà plus de temps à perdre, et il va falloir s’y mettre dès les Pyrénées. D’autant que Froome, satisfait de sa première partie de Tour, s’est délecté de pouvoir dès à présent courir plus défensivement. Face à l’attitude robotisée de l’Anglais, le côté imprévisible des trois autres ne sera donc pas de trop.

En tout cas, l’affrontement entre les quatre fantastiques, annoncé depuis plusieurs mois, va bien avoir lieu. Aucun n’a abandonné en première semaine, et c’est déjà à souligner. Mais surtout, tous, sauf Nibali qui brouille involontairement les pistes, semblent au top de leur forme. La bataille biaisée de 2013, avec un Contador deux crans en-dessous de Froome et un Quintana qui se découvrait au niveau des meilleurs va donc pouvoir être effacée des tablettes. L’heure est venue d’assister à ce qu’on attend tous. Parce que même si le Tour ne se joue pas intégralement en montagne, il faut savoir grimper – surtout cette année – pour pouvoir espérer l’emporter. Et forcément, l’affrontement dans les cimes, entre le Tourmalet et le Plateau de Beille, ne pourra qu’être somptueux. Si ce n’est pas le cas, la déception serait immense.

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