Ce 10 juillet 2013 est sûrement à marquer d’une pierre blanche pour Christopher Froome. Un an et un jour après son coéquipier Bradley Wiggins, qui avait écrasé le chrono de Besançon, le maillot jaune du Tour 2013 a écœuré la concurrence au Mont-Saint-Michel, pour la deuxième fois en quelques jours. Avec 3’25’’ d’avance au général sur son dauphin Alejandro Valverde, ça y est : Froome a gagné le Tour.

Froomey en balade

Heureusement, à l’arrivée, la victoire d’étape est pour Tony Martin. Franchement, on a eu peur que le Britannique remporte même le chrono. Il s’en est fallu de peu, puisque le Kenyan blanc était devant l’Allemand aux deux passages intermédiaires. Finalement, il a concédé 12 secondes au champion du monde de la discipline. Mais il en a pris bien plus sur tous ses concurrents. Mollema à 1’53’’, Valverde à 2’ et Contador à 2’03’’, c’était serré entre les prétendants au podium. Mais par rapport au leader du classement général, il n’y a pas eu photo. Et concrètement, c’est encore Richie Porte qui aura le mieux limité les dégâts. L’Australien peut regretter sa défaillance de dimanche, si réellement c’en était une. Mais qu’importe, la Sky se contentera de la victoire, à défaut d’un deuxième doublé consécutif. Un nouveau vainqueur pour ne pas lasser le public, et le tour – ou plutôt le Tour – est joué. Il reste un peu plus de dix jours à Chris Froome pour profiter de son succès.

L’Anglais a le droit de chuter, de se montrer moins aérien en montagne voire même d’être défaillant, histoire de se rendre plus humain. Le Tour, il l’a dans la poche, et peut maintenant s’atteler à une parade dans les Alpes, même si les applaudissements risquent de se faire rare face à sa domination un peu trop excessive. Mais là aussi, peu importe. Ce qui compte chez Sky, c’est la victoire. Et plus tôt elle est acquise, mieux on se porte dans le clan britannique. Que le public apprécie ou pas n’est pas un élément qui compte dans la réflexion. D’autant que celui-ci est difficile : lorsque Wiggins gagne sans jamais se lever de sa selle, il n’aime pas. Mais quand Froome fait le spectacle dans les Pyrénées, il n’aime pas non plus. Il avance un leader inhumain et trop suspect à ses yeux. Pas grave, le garçon de 28 ans tente d’expliquer dans les médias qu’il est propre, sans jamais s’agacer, mais avec toujours les mêmes arguments. A chacun de se faire un avis, mais la finalité ne sera pas changée : Froome a gagné le Tour, que le public l’apprécie ou non.

Une belle bataille derrière

Du coup, pour les places restantes sur le podium, et maintenant qu’on sait qu’il y en a deux à prendre suite à l’éviction des dix premiers de Richie Porte, la bataille va être serrée. Alejandro Valverde, Bauke Mollema, Alberto Contador voire même les équipiers Roman Kreuziger, Laurens Ten Dam et Nairo Quintana, tous y croient. Le Mont Ventoux puis les Alpes, qui constituent une dernière semaine de folie, leur permettront de se départager. Parce que pour l’instant, entre le deuxième et le sixième, il n’y a que 45 secondes d’écart. Ce qui nous ferait presque regretter la présence des Sky, sans qui on aurait pu avoir un fabuleux suspense à l’aube de la deuxième moitié du Tour de France. Pour le centenaire de la Grande Boucle, il faut avouer que ça aurait pu être sympa. Mais la Sky n’aime pas le suspense, et il est clair qu’on est plus tranquille avec un matelas d’avance de près de 3’30’’.

On s’intéressera donc à la lutte pour le podium, à défaut de celle pour la victoire. Et puis il reste les victoires d’étapes, qui peuvent peut-être pour certaines revenir à nos coureurs français pour l’instant malchanceux sur ce 100e Tour de France. A moins que Froome ait encore envie de lever les bras dès qu’il en aura la possibilité. On devrait en avoir une idée un peu plus précise dimanche, au Mont Ventoux. Soit le Britannique la jouera sobre, se contentant de monter avec les autres. Ou bien il en remettra une couche, s’imposera de nouveau et aura droit à une nouvelle vague de critiques. Il y a de quoi pencher pour la première option. Et franchement, on préfèrerait, ça laisserait un peu de suspense sur l’issue des étapes alpestres. Qu’au moins, on puisse se consoler du général plié et du vainqueur connu à la mi-course…

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