7 novembre 2013

Le calvaire de Vini Fantini

Après deux saisons consécutives remplies, l’ancienne Farnese Vini a changé de nom lors du dernier hiver, pour prendre l’appellation Vini Fantini. Un nouveau souffle et un cap supplémentaire était alors espéré au sein des giallofluo , mais cette saison s’est transformée en un long chemin de croix à partir d’une date fatidique, amenant au retrait du sponsor principal au bout d’une unique année…

Vendredi 24 mai 2013…

Voici le moment qui a fait basculer Vini Fantini de l’euphorie à l’enfer. Tout avait pourtant bien commencé, avec cette entame de la nouvelle année par un prometteur Tour de San Luis et les premières placettes de la surprise du chef Santambrogio. Clairement, les petits hommes jaunes n’allaient cesser de monter en puissance. Placés à chaque reprises sur les petites classiques italiennes, qui tiennent naturellement à cœur la bande de Luca Scinto, c’est le transfuge de BMC, Santambrogio, qui tiendra la baraque. Présent au Laigueglia, il va littéralement étonner son monde par la suite, et plutôt deux fois qu’une. Sur Tirreno, d’abord, où il fut le seul à résister de manière éphémère à Chris Froome sur le Prati di Tivo, qu’il conclut à la septième place finale. Puis sur le très montagneux Tour du Trentin, à la fin du mois d’avril. Là où Nibali récitait ses gammes en vue du prochain Giro, Santambrogio n’en finit plus d’étonner en étant le dauphin du Squale, et se pose alors de manière crédible dans la liste des outsiders de la grande messe de mai. Entre temps, la pépite maison Oscar Gatto remportait une victoire de prestige en coiffant Thomas Voeckler sur la ligne d’A Travers la Flandre. Malgré le départ de Pippo Pozzato et du talentueux Favilli, Gatto a pris le relais sur les flandriennes en décrochant un top 15 sur le Ronde. Un début en fanfare pour une équipe de cette dimension, qui prend le départ de la course rose la confiance au maximum ! Cinquièmes du chrono par équipes d’Ischia, Vini Fantini sera un acteur majeur de l’épreuve.

Danilo Di Luca va d’abord trébucher autour d’une victoire d’étape, à Pescara et à Florence, et l’incroyable Santambrogio, auréolé d’une victoire au Larciano quelques jours avant, fait plus que tenir tête aux cadors en haute montagne, s’adjugeant l’apocalyptique étape du Jafferau devant le maestro Nibali. Mais la troisième semaine est plus décevante, avec une baisse de régime assez logique, et l’arrivée d’une journée dévastatrice sur tous les plans… Nous sommes le vendredi 24 mai, et RCS va vivre une journée noire. Les conditions météorologiques épouvantables du Giro vont d’abord l’amputer de l’étape reine qui prévoyait Gavia et Stelvio, avant de paralyser tout le peloton, contraint de rester au chaud à l’hôtel. Mais en fin de matinée, c’est un nouveau choc qui fait trembler la planète cyclisme. Danilo Di Luca, le killer, déjà rattrapé deux fois par la patrouille en 2006 et 2009, est contrôlé positif à l’EPO. Les voix virulentes s’élèvent immédiatement, et l’image de la structure en prend un coup inestimable. Virée sur le champ, Vini fait profil bat jusqu’à Brescia, mais n’est pas au bout de ses surprises. Début juin, un contrôle positif – encore à l’EPO – concernant l’autre star de l’équipe, Santambrogio, est révélé. L’équipe ne s’en remettra peut-être jamais…

Une succession de déboires

Les malheurs vont désormais s’accabler sur le sort de cette continentale pro. Fustigée à boulets rouges par les observateurs du cyclisme, elle est obligée de rendre son invitation pour le Tour de Lombardie au profit de MTN-Qhubeka pour sauver son honneur. Les questions se posent alors sur diverses hypothèses, même les plus folles. Y’a-t-il un dopage collectif au sein de cette formation ? Les vieux briscards encouragent-ils les jeunes à passer du côté obscur ? Y’a-t-il un conflit d’intérêt entre les frères ennemis Sciotti et Scinto ? Toujours est-il que la deuxième partie de saison s’annonçait douloureuse, et les résultats se sont fait ressentir. Venu pour se relancer, le sprinter Francesco Chicchi n’aura levé les bras que quatre fois, sur des semi-classiques lettones peu relevées et au Tour du Langkawi. Autant dire qu’on attendait clairement autre chose de sa part. Fantastique meilleur grimpeur du Giro 2012, et triomphant au Pian dei Resinelli au nez et à la barbe de Purito, Matteo Rabottini n’aura lui pas confirmé les promesses entrevues. Gatto s’est aussi montré nettement plus discret avant d’annoncer son transfert vers Cannondale, et les lueurs d’espoir sont venues de la révélation Mauro Finetto, auteur de tops 10 à la pelle d’août à octobre sur les classiques de la Coupe d’Italie. Éternel espoir, Pierpaolo De Negri n’aura pas fait franchement mieux, et Stefano Garzelli a tiré sa révérence dans l’anonymat le plus complet lors des Trois Vallées Varésines, en plein été.

Le prodige Taborre n’aura pas non plus été étincelant en 2013, et c’est sous une odeur nauséabonde que l’exercice 2013 s’est conclut avec un objectif précis, retrouver une équipe ! La guerres des ego et l’impact médiatique aura eu raison de la structure, certains sponsors claquent la porte, et il faut tout reconstruire. Les jeunes talents italiens censés s’épanouir dans un cadre plus propice auront été les victimes collatérales du feuilleton Vini, se terminant toutefois de manière « heureuse ». L’an prochain, l’équipe Nippo-Fantini verra le jour, constituée de coureurs japonais et italiens. Mais le budget ne devrait pas être très élevé, et elle devra évoluer en Continental. Pire même, leur traditionnel sésame pour le Giro est remis en questions par une société RCS qui s’est vu trahie par des couacs retentissants. On ne pourra même pas se consoler avec le bilan comptable d’une saison bien pâle, avec quinze victoires, dont deux au profit de l’énigme Santambrogio, toujours pas déclassé, et seulement cinq sur le circuit professionnel – nous comptons par là les courses WT ou de classes HC et 1. C’est donc avec un goût amer que tout le monde s’est dit au revoir, car personne n’imaginait une telle fin…

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