Fabio Aru a fait vibrer son pays en haut de Montecampione. Le point de départ d'un nouveau Giro ? - Photo Pisoni
25 mai 2014

La hiérarchie s’est-elle précisée en haut de Montecampione ?

Malgré une dernière ascension haletante hier sur la route du sanctuaire d’Oropa, la bataille pour le classement général avait laissé la plupart des observateurs sur leur faim. Pour cause, les leaders semblaient avoir la bougeotte, mais ne voulaient pas l’exploiter au maximum, et semblaient toujours être dans un souci de retenue. Mais que nenni aujourd’hui, sur la mythique montée du Plan di Montecampione. Une fois les échappés rentrés dans le rang, la physionomie de la course en a été toute autre, et Fabio Aru a décroché la timbale au terme des 23 kilomètres de grimpette. La véritable explication semble lancée.

Aru, quelle première !

Nairo Quintana se décrivait comme diminué par sa chute lors du bourbier de Montecassino, en début de Tour d’Italie. Une tendance qui s’est vérifiée lors des traditionnels « antipasti » du premier week-end de moyenne montagne, et lors du premier chrono individuel entre Barbaresco et Barolo. Mais depuis samedi, c’est un tout autre visage que le Colombien nous montre depuis l’entrée en matière alpine. A bloc dans la roue de Domenico Pozzovivo la veille, le lutin de la Movistar a cette fois choisi de passer à l’offensive en personne, après le replat intermédiaire. Si ses tentatives ont paru quelque peu poussives, elles auront tout de même réussi à distancer le maillot rose Rigoberto Uran, pourtant à l’initiative de la première mèche, et qui regrette sans doute son excès d’optimisme après avoir été chahuté hier. Emmenant dans sa roue ses compatriotes colombiens ainsi qu’un Pierre Rolland détonnant, le leader d’OPQS n’a pas réussi à continuer aussi fort, et après avoir longuement échangé avec Duarte, à même laissé partir le jeunot à la poursuite d’un duo ayant fait forte impression, à savoir Quintana et Rolland. Cette fois, tout le monde était dans la même optique et les cadors se sont franchement découverts. Mais que dire de Fabio Aru ? Propulsé leader suite à la défaillance de Michele Scarponi, le vainqueur du Baby Giro continue de surfer sur la vague de l’insouciance, et à fait la nique à ses adversaires et inscrit son nom au palmarès du Montecampione, seize années après le mémorable duel entre Pantani et Tonkov.

Un succès brillant pour l’une des plus grosses surprises à l’heure actuel au niveau du classement général. Venu là pour apprendre, Aru refuse encore de prendre la grosse tête et de rêver aux plus grands sommets après sa première victoire professionnelle, mais vient de valider avec brio les premiers gros obstacles du Giro. Quatrième du général avant la journée de repos, le podium est tout sauf inatteignable, d’autant plus que le fougeux transalpin de 23 ans est tout simplement le meilleur grimpeur de ce Tour d’Italie à l’occasion de cette fin de semaine ! Le Sarde a aussi fait preuve de caractère sur l’un des gros morceaux du programme Italien, et n’a pas douté un seul instant au moment de défier le dauphin de Chris Froome à l’occasion du Tour de France 2013. L’ordre pré-établi des escaladeurs semble de plus en plus incertain, et surtout propice aux bouleversements soudains. Donné hier comme l’un, voire le plus fort dès que la route allait s’élever, Domenico Pozzovivo est subitement revenu dans le rang en ce dimanche. Comme si rien ne pouvait être établi avec certitude avant le dernier kilomètre du Monte Zoncolan…

Quelle tactique à adopter pour Uran ?

Si le Tour d’Italie a connu deux jours extrêmement difficiles en intensité après deux étapes différentes mais tout aussi éprouvantes pour les organismes, ce qui doit suivre après le jour de repos ne peut être que doublement plus dur. Alors, évidemment, la journée de repos de demain sera primordiale pour les organismes, qui devront être gérés à la perfection jusqu’à Trieste. C’est d’ailleurs ce que Rigoberto Uran martellait aux micros des médias après ses deux performances jugées comme moyennes. Déclarant vouloir ramener le paletot sur le podium final, le deuxième du Giro 2013 prétendait se préserver samedi, en vue des étapes marathons comme celle de mardi, comportant le Gavia, le Stelvio et le Val Martello. Une étape qui aurait déjà du voir le jour l’an passé, mais qui avait été annulée en raison des affolantes chutes de neige. Mais l’ancien équipier de luxe du Team Sky peut-il rester sur la défensive jusqu’à la dernière étape ? Le médaillé olympique de Londres doit faire face à des rivaux aux tempéraments résolument offensifs. Oui, il est possible de gérer ses montées à son rythme, sans se mettre dans le rouge de manière précoce, mais à quel prix ? Le maillot de leader ne serait-il pas un cadeau empoisonné au pire moment, celui de tout donner, pour Uran et l’équipe Omega, comme il le fut pour la BMC auparavant ?

C’est surtout la porte ouverte aux dynamiteurs du Giro, à l’image de Pierre Rolland, complètement relâché et prêt à s’immiscer dans la bataille jusqu’au bout. Le Tricolore donne le sourire à l’équipe Europcar même si la victoire n’est pas encore au rendez-vous, à défaut d’une huitième place probante au général. Même schéma chez l’équipe Colombia de Claudio Corti, troisième hier par l’intermédiaire de Jarlinson Pantano, et deuxième avec Fabio Duarte à Montecampione. Des attaquants de plus en plus présents, et qui pourraient rapidement se diversifier. Comment réagira Uran si l’équipe AG2R décide d’imprimer un tempo d’enfer et provoque une sélection déjà importante dans le Gavia mardi ? C’est bien connu, les battus d’un jour deviennent vos meilleurs ennemis le lendemain… Les masques ne peuvent donc plus rester figés aux visages des prétendants au classement général, on est désormais véritablement dans du chacun pour soi. Il n’est plus possible de calculer à outrance, et les prochains jours risquent bien d’être particulièrement palpitants, et généreux en écarts. Qu’on se le dise, la journée de repos risque bien d’être interminable…

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