A 23 ans, le Polonais Michal Kwiatkowski n’est déjà plus un nouveau dans le peloton. Professionnel depuis quatre ans et même en World Tour ces trois dernières saisons, le natif de Torun s’est révélé l’an passé. Avec peu de victoires, mais d’innombrables places d’honneur qui ont prouvé son incroyable polyvalence.

Rouleur, puncheur, sprinteur et presque grimpeur

Kwiatkowski est un coureur rare, comme on n’en voit plus. Toutes proportions gardées, il est un peu le Merckx de l’époque moderne : mauvais nulle part, sauf peut-être sur les pavés, mais rien de définitivement acté. Si Sagan ou Boasson Hagen ces dernières années incarnaient la polyvalence, lui est encore au dessus dans ce domaine. Capable de briller sur tous les terrains. A la base, le Polonais est un rouleur, en témoigne son titre de champion du monde juniors en 2008, auquel il faut ajouter deux sacres européens. Mais rapidement, le garçon s’est développé. Pour le grand public, la révélation a eu lieu l’an dernier. Avec au départ, le Tour de San Luis. En deux jours, Kwiat suit les meilleurs en montagne puis s’immisce sur le podium du chrono. Personne ne s’y attendait vraiment. Cela se poursuit avec le Tour d’Algarve, qu’il termine deuxième derrière Tony Martin. Le début d’une grande saison dont on ne peut alors pas imaginer les sommets. Le pensionnaire de l’équipe Omega-Pharma Quick-Step n’a que 22 ans, et son ascension va être fulgurante.

Après deux épreuves de mise en bouche, Tirreno-Adriatico se dresse face à lui. Il en est la grande surprise. Nibali remporte l’épreuve devant Froome et Contador, mais à une seconde seulement du podium, Kwiatkowski est là. Après les premières classiques se profilent alors les ardennaises. Cela fait un mois que Tirreno s’est achevé, mais on n’a pas oublié le petit polonais, jusqu’alors presque inconnu au bataillon, lui qui n’avait brillé que chez lui en 2012, sur le Tour de Pologne, et dans une moindre mesure sur l’Eneco Tour. En trois jours, il va alors montrer à tout le monde qu’il a franchi un cap : quatrième de l’Amstel, cinquième de la Flèche wallonne. Prodigieux. On attend alors avec impatience le Tour de France, pour la confirmation. Elle arrivera, et de fort belle manière. La victoire échappe encore à la pépite de Patrick Lefevere, mais avec cinq tops 5 sur l’ensemble des trois semaines, Kwiatkowski prend rendez-vous avec l’avenir. Et grâce à une régularité impressionnante en montagne, il termine même 11e du classement général. Rouleur, puncheur, sprinteur et donc carrément grimpeur !

Des doutes relatifs

Il est difficile de pronostiquer les résultats de Kwiatkowski pour 2014. Pourra-t-il faire mieux sur les ardennaises ? Et sur le Tour ? Sans oublier les flandriennes. Il avait réalisé un grand numéro sur le dernier Tour des Flandres, mais est-il capable de rester avec les meilleurs sans profiter d’une échappée ? Autant d’interrogations auxquelles le Polonais a déjà commencé à répondre. Vainqueur d’une manche du Challenge de Majorque, il a enchaîné sur le Tour d’Algarve : deux victoires d’étape, un podium à quelques secondes de Contador sur l’étape reine et la victoire finale. Pas mal pour une reprise ! Mais surtout, cela montre que le garçon a développé sa faculté à gagner des courses. L’an dernier, c’est ce qu’on pouvait lui reprocher : ne gagner que trop rarement. Mis à part le chrono par équipes des Mondiaux, il n’avait levé les bras que sur son championnat national. Pour cette nouvelle saison, on attend de lui qu’il décroche des bouquets à la pelle. Il a le potentiel pour être l’un des plus gros scoreurs du peloton, à l’instar de Peter Sagan.

Mais il sera aussi nécessaire pour lui de se montrer présent sur de grosses épreuves. Tirreno-Adriatico, prochain objectif au programme du Polonais, pourrait être un terrain d’expression parfait. La course qui l’a véritablement révélé comme théâtre de sa première victoire en World Tour, ça aurait de la gueule. Toutefois, le plus important arrivera après. Si on ne connaît pas encore précisément le programme de l’ancien coureur de Radioshack, les classiques ardennaises et la Grande Boucle en feront inévitablement partie. Et il ne sera pas facile de faire mieux qu’en 2013. Qu’importe, le champion de Pologne ne semble pas s’en inquiéter, et sur ses premières courses, n’a fait que nous rassurer. A 23 ans, il a encore beaucoup de temps pour apprendre et emmagasiner de l’expérience, ce qui sera indispensable pour lui faire franchir une nouvelle marche. L’encadrement de l’équipe belge, en tout cas, croit en lui. Le recrutement de Rigoberto Uran ne devrait pas interférer dans les objectifs du prodige, et comme l’an passé, Kwiatkowski sera vraisemblablement exempté d’un rôle d’équipier pour Cavendish ou Boonen. Lefevere et OPQS savent qu’ils tiennent un sacré talent, qu’il ne faut surtout pas brider.

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