Après les trois étapes Pyrénéennes, il n’en reste qu’un. Qu’un coureur français encore capable de viser le podium ou une place dans les cinq premiers à Paris. Pinot défaillant dès le premier col, Barguil pas dans le même rythme qu’au Tour de Suisse et Rolland passé trop près d’un mur dans la descente vers Bagnères-de-Luchon, seul Romain Bardet a réalisé jusqu’à présent une course presque parfaite.

A moins d’une minute du Jaune

C’est de loin le meilleur début de Tour de France de Romain Bardet depuis quatre ans. Lors de ses trois précédentes participations, il n’avait jamais été si proche du leader à la première journée de repos. Il ne compte que 44 secondes de retard sur Chris Froome et n’a perdu du temps sur les autres candidats au podium qu’à Andorre, en plus des treize secondes prises par le Britannique sur tout le monde lors de sa folle descente samedi vers Luchon. C’est la meilleure performance française à ce stade de l’épreuve depuis dix ans, si l’on met de côté l’édition 2011 où Voeckler était leader. Mais plutôt que de s’emballer, le leader d’AG2R garde ce calme qui le caractérise si bien. « C’est un début de Tour rassurant pour moi », a-t-il lancé dans L’équipe ce matin. Le signe d’une performance qu’il juge normale. Bardet est là où il voulait être, rien de plus.

L’Auvergnat est sur la même dynamique que lors de son Dauphiné réussi le mois dernier. Deuxième derrière l’intouchable Froome, il s’est permis de devancer entre autres Richie Porte et Dan Martin, tous deux très en vue sur cette Grande Boucle. Toujours placé à l’avant en première semaine, il attendait la montagne avec impatience et s’est montré à la hauteur quand elle s’est pointée. Bien que légèrement distancé sur les accélérations des meilleurs, il était à chaque fois un des premiers à recoller. En grande forme, il s’en est même voulu d’avoir « manqué de bravoure » lors de l’arrivée dimanche en Andorre. C’est surtout la gestion de sa fin d’ascension qui l’a laissé sur sa faim. Une exigence envers lui-même à la hauteur de ses ambitions.

La chance française

Dans les jours et les semaines qui ont précédé la course juillettiste, Thibaut Pinot et Romain Bardet sont les noms qui revenaient le plus souvent lorsque l’on évoquait les meilleurs atouts français pour le général. Après la défaillance du Franc-Comtois, c’est sur les épaules du natif de Brioude que reposent désormais les espoirs tricolores. Cela ne le préoccupe pourtant pas du tout. Son objectif reste le même, il veut finir le plus haut possible. Premier français ou pas, c’est anecdotique. « Je n’ai pas envie de faire attention à ce genre de classement », assure-t-il. S’il s’en était en effet contenté lors de son premier Tour – 15ème en 2013 – il se focalise aujourd’hui sur les grands leaders, parmi qui il veut s’immiscer. Parce que Bardet est fiable, rarement en grande difficulté et toujours régulier dans ses performances. Excepté un jour de moins bien au Tour de Romandie qui lui a valu une place médiocre au final, il a toujours terminé dans les dix premiers des courses à étapes cette saison et il sait désormais gérer la course en mettant de côté lorsqu’il le faut ses velléités offensives.

Voilà peut-être une des explications principales de son nouveau statut. Leader unique de son équipe alors qu’il partageait cet honneur avec Jean-Christophe Péraud les années précédentes, celui qui maîtrise dans les moindres détails sa préparation pour les grands événements a appris à ne pas trop suivre son instinct et à rester plus souvent dans les roues. Car si ce panache lui a offert de belles victoires, comme l’an passé au Dauphiné et sur le Tour, il ne peut pas se permettre de courir de la même façon alors qu’il cherche à jouer un podium sur la plus grande course du monde. Dans un cyclisme où chaque coup de pédale compte, il sait désormais être gestionnaire. Sans toutefois se renier. Pour viser les sommets, il est conscient qu’il faudra, le moment venu, prendre le risque de tout perdre.

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