Les Championnats du Monde de cyclisme vont connaître leur apothéose dimanche après-midi, pour l’épreuve reine de la semaine. Sur le circuit de Ponferrada, la course en ligne retiendra toutes les attentions, et pourrait se révéler plus ouverte que jamais. Notre consultant de choix, Gianni Savio, manager général de la formation Androni et sélectionneur national du Venezuela livre son analyse sur le possible déroulement de la journée. Des indications très fournies, comme à son habitude, sur le parcours et les favoris qui en découlent, tout en traitant la victoire de Bradley Wiggins sur le chrono. Enfin, une petite synthèse sur la dernière Vuelta figure au programme. L’oeil de l’expert est bel et bien de retour sur la Chronique du Vélo.

« Une énorme performance physique et mentale »

Alberto Contador a une nouvelle fois prouvé qu’il était un champion, on ne va pas le découvrir maintenant. Il gagne la Vuelta, mais surtout après s’être remis de sa chute sur le Tour. Cela suffit à démontrer doublement ses qualités de grand champion, car encore quelques jours avant, la plupart des observateurs ne pensaient pas le voir prendre le départ, et finalement, il était bien là, et qui plus est, il l’emporte. Il a amplement mérité sa victoire, et je comprend tout à fait sa décision de ne pas venir aux Championnats du Monde. Pour remporter ce Tour d’Espagne, il a non seulement fait une énorme performance physiquement, mais également au niveau mental. C’est une question d’équilibre, et je pense qu’il a du considérer que le parcours de Ponferrada ne lui correspondait pas vraiment. Un coureur comme lui n’a sans doute pas souhaité participer sans pouvoir obtenir un grand résultat.

Je pensais également que Joaquim Rodriguez allait faire une meilleure Vuelta, sachant qu’il avait du abandonner le Giro. Il était donc un peu plus frais, mais selon moi, il s’est rapidement aperçu qu’il ne pourrait pas remporter le classement général. Alors, il a vraisemblablement interprété la Vuelta comme une préparation à part entière pour les Mondiaux, visant à maintenir sa condition pour dimanche. Il sera un favori à coup sûr pour le titre, et je suis sûr que l’imbroglio de l’an passé entre espagnols ne se reproduira pas.

« Tout dépendra de la manière dont les sélections interpréteront la course »

On parle beaucoup du parcours des Championnats du Monde à Ponferrada. D’après moi, tout dépendra de la manière dont les sélections interpréteront la course. Si nous assistons à un championnat où personne ne durcit le rythme, même dès les premiers tours et bien entendu avant la dernière boucle, en espérant qu’il se passe quelque chose, il y aura inévitablement un groupe, loin d’être massif, mais avec une certaine quantité de coureurs, qui se disputera la gagne au sprint. En parlant d’un éventuel sprint, la France possède d’ailleurs un vrai favori en la personne de Nacer Bouhanni. J’en profite pour dire d’ailleurs que s’il parvient à gagner les Championnats du Monde après tout cette polémique avec son équipe, son directeur sportif, l’ayant exclu de toute composition jusqu’à la fin de la saison, nous devrons lui tirer notre chapeau. Sa condition est probablement bonne, mais il risque de manquer un peu de rythme sur une course aussi difficile. S’imposer avec les circonstances qui lui sont telles voudrait dire qu’il est capable de réaliser une simulation de course durant son propre entraînement. Pour cela, il faut posséder une grande capacité psychologique, et le jour en question, cela se joue principalement dans la tête.

En cas de groupe réduit dans le final, le pays qui sera à surveiller sera toutefois l’Australie. Gerrans est spécialiste de ce genre d’exercice, tandis que nous devrons faire attention à Matthews. Ils possèdent deux cartes complémentaires, tout comme l’équipe de Belgique, avec Boonen qui est également un favori à mon sens, et Gilbert, renommé pour ses qualités de finisseur. Cette physionomie de course est aussi favorable à l’Allemagne emmenée par John Degenkolb, et à la Grande-Bretagne qui compte dans ses rangs Ben Swift, à ne pas sous-estimer. Il sera difficile d’oublier Peter Sagan dans cette configuration présente. Sur le papier, les équipes les plus fortes seront clairement l’Espagne et l’Australie. Pour nous les Italiens, nous pourrons compter sur un atout sprint avec le jeune Sonny Colbrelli, dont personne n’aurait pensé le voir sélectionné au sein de la Nazionale il y a encore deux semaines. Sa dynamique est excellente, en ayant gagné deux courses en dix jours, sur le Memorial Pantani et le Grand Prix de Prato. J’ai beaucoup d’estime pour lui, mais j’ai hâte de voir comment il se comportera dans les moments décisifs d’un Championnat du Monde. Sans lui manquer de respect, ses victoires obtenues en Italie ont eu lieu face à une concurrence nettement inférieure à celle qui l’attend.

« Imprévisible, à l’image du cyclisme »

J’ai parlé de tout les principaux candidats à la victoire en cas de sprint, mais je tiens à mettre les choses au clair sur les scénarios des Mondiaux. On peut dire que ce sera une loterie, mais une dernière qui ne sera pas ouverte à tous. C’est réservé aux grands coureurs, aux champions. Peut-être qu’un coureur qui n’est pas vraiment considéré comme un champion va l’emporter, car cela fait partie du charme des courses d’un jour, mais on n’est pas “Champion” du monde pour rien ce jour-là. Il n’aura pas démérité le plaisir de porter le maillot arc-en-ciel pendant une année. C’est pourquoi il est tout à fait possible de voir un outsider l’emporter, et il me paraît bon de lister les coureurs capables de créer la surprise.

Je citerai Rigoberto Uran, très à l’aise sur les grandes classiques, comme aux Jeux Olympiques de Londres ou encore l’an dernier à Florence sans sa chute malheureuse. Le Polonais Michal Kwiatkowski a également de bonnes chances, tandis que je me méfierai des deux leaders venus des Etats-Unis, Van Garderen et Talansky. Après, des coureurs comme Breschel, Stybar peuvent profiter des circonstances. Fabian Cancellara, lui, rêve toujours de remporter le titre de champion du monde en ligne, et sa préparation me paraît excellente. Enfin, plus qu’un outsider, Alexander Kristoff, vainqueur de Milan-Sanremo. Tout dépendra de sa faculté à encaisser les difficultés finales. La dernière côte du parcours, est une difficulté que l’on grimpera pendant a peu près trois minutes. Un parcours au scénario en somme toutes assez classique d’un Mondial, avec deux côtes. Toujours une première plus longue faite typiquement pour user, qui prend ici environ huit minutes, et une deuxième plus rapprochée et pentue pour favoriser les offensives. Le peloton sera à mon avis déjà bien réduit au pied de la dernière bosse, et c’est ici que les puncheurs devront produire leur effort maximal et tenter le tout pour le tout. Pour conclure sur cette présentation, je vais répéter une nouvelle fois que cela sera imprévisible, à l’image du cyclisme.

« Un vrai groupe, avant tout »

Le commissaire technique italien se nomme Davide Cassani. Sa nomination à ce poste m’a fait très plaisir, car pour l’anecdote, si l’on remonte une trentaine d’années auparavant, Davide était l’un de mes protégés au sein de l’équipe Santini ! Ses choix ont été marqués par la volonté première de construire un neuf autour de sa politique du groupe, avant tout. Cassani souhaite construire une équipe complète. Vincenzo Nibali ne sera toutefois pas à 100%, mais n’oublions pas que c’est un grand champion. Même avec une condition qui n’est pas forcément optimale, il a l’intelligence pour débloquer les situations de course, et restera un favori naturel. Pour revenir aux choix de Davide Cassani, il y a la non-sélection de Filippo Pozzato. Pippo est un coureur qui s’est sûrement réveillé un peu trop tardivement, ses performances de cette année ont principalement été réalisées dans les dernières semaines avant les Mondiaux. Et notre CT souhaite privilégier la continuité du rendement. Il souhaite avoir sous sa protection des coureurs déterminés du début à la fin de la saison, et un groupe ou l’unité règne. Après, quand on est à la tête d’une nation importante, on a plus facilement des casse-têtes pour départager plusieurs coureurs pour une place en équipe nationale.

En ce qui me concerne, je n’ai pas vraiment ce problème (rires), étant limité à quatre coureurs pour défendre le Venezuela. Je souhaite revenir sur la constitution de mon groupe dans cette parenthèse. A l’origine, mon leader aurait du être Jackson Rodriguez, deuxième notamment de la treizième étape du Giro à Rivarolo Canavese. Malencontreusement, il fut victime d’un accident de voiture. C’est pour cette raison, et heureusement pour lui que les séquelles ne seront pas très importantes, qu’il ne fait pas le voyage à Ponferrada. Après, nous aurons des purs grimpeurs, à savoir Yonathan Monsalve, Carlos Galviz, Xavier Quevedo et Carlos Ochoa. Chez les U23, je misais beaucoup sur Yonder Godoy, capable de faire une bonne course avec son expérience de la course élite l’an passé. Notre préparation s’est construite autour d’un stage en altitude à Sestrières, et de trois courses espoirs. Le Tour du Frioul, une région italienne, celui de Moselle, en France donc, et la Vuelta a Galicia, en Espagne. A l’avenir, je crois beaucoup en Roniel Campos et Carlos Gimenes. Ce seront eux qui représenteront le futur du cyclisme vénézuélien dans les prochaines années. J’en profite pour rappeler la mission que j’honore, au cœur d’un programme de développement signé avec le Ministère du Sport au Venezuela. En collaboration avec le président de la fédération locale, Artemio Leonet, d’origine française, elle est en bonne voie.

« De nouveau le mettre en évidence »

Beaucoup de spectateurs espéraient et voyaient la victoire de Tony Martin sur le contre-la-montre, mais Bradley Wiggins en a décidé autrement. Une fois de plus, cette victoire acquise représente un exemple de préparation, de concentration mentale pour un objectif bien ciblé et défini à l’avance. Il a déjoué les pronostics. Obtenir le titre de champion du monde avec tout son palmarès est une satisfaction supplémentaire pour lui. Cela va également de nouveau le mettre en évidence, après une période marquée par des phases difficiles au niveau personnel. Par ailleurs, cette victoire est bénéfique pour l’actualité prochaine du cyclisme, car elle s’inscrit dans une période ou le mythique record de l’heure a opéré son retour. C’est quelque chose de tout à fait envisageable pour lui, et on devrait voir l’intérêt autour de cette tentative logiquement augmenter !

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