Sur le podium d'A travers la Flandre, Farrar et Bozic pourraient être à l'avant sur le Ronde - Photo Belga
2 avril 2014

Et si c’était eux, les trouble-fêtes ?

Si les grands monuments du cyclisme à venir – et notamment le Tour des Flandres – ne devraient pas échapper aux cadors des flandriennes, les dernières joutes pavées ont été riches en enseignements. Pendant que les Cancellara, Boonen, Vanmarcke et consorts sont encore dans l’étape ultime de leur minutieuse préparation, les seconds couteaux et les hommes en forme du moment, trop souvent sous-estimés, en profitent pour exposer les qualités. Ils ont déjà levé les bras depuis le début de l’année, et accompagné les grands jusqu’au bout : en voici six qui pourraient surprendre le monde du vélo dimanche à Audenarde.

– Kenneth Vanbilsen

Celui qui crève l’écran depuis janvier et le GP la Marseillaise maintient son équipe Topsport Vlaanderen en haut de l’affiche. Rapide au sprint, le Belge s’est montré très à l’aise sur ses pavés d’origine, aussi bien sur le Het Nieuwsblad, traditionnel bal des outsiders, que sur un A travers la Flandre resserré. En prime « meilleur des autres » derrière l’intouchable duo Sagan-Gatto sur une étape musclée des Trois Jours de la Panne, Vanbilsen n’hésite pas non plus à s’immiscer dans les bonnes échappées, faisant preuve d’un tempérament offensif remarquable. Avec un tel profil, ce coureur pourrait rapidement devenir un poil à gratter dans le final d’une course telle que le Ronde, à condition de franchir aisément la barre des 200 kilomètres de course avec les meilleurs. Cependant, à 23 ans, il ne dispose pas d’une grande expérience, et chez Topsport, ses équipiers sont aussi limités. Il devra donc se débrouiller seul tout en découvrant quelque chose de nouveau dimanche. Mais en inconnu qu’il est auprès des grands leaders, il pourra compter sur l’effet de surprise.

– Borut Bozic

Précédemment évoquée comme un facteur clé pour la réussite sur un grand monument, l’expérience ne risque pas de faire défaut à Borut Bozic. Son équipe Astana vouée aux grands tours, et les quelques spécialistes de classiques des Kazakhs préférant les ardennaises, le Slovène aura carte blanche sur les routes pavées du Tour des Flandres. Devenu au fil du temps extrêmement polyvalent, le vainqueur d’étape sur la Vuelta s’est fait une réputation de coureur très souvent placé, mais jamais gagnant. En effet, depuis quelques années, Bozic doit se contenter des places d’honneur. Deuxième de Gand-Wevelgem derrière Sagan en 2013, celui qui est désormais âgé de 33 ans a le flair pour être dans le bon coup. Cette saison encore, il a décroché un podium sur A travers la Flandre et un top 10 à Harelbeke. A la manière du Norvégien Kristoff, sa malice en fait un homme à ne surtout pas sous-estimer. Car à condition de passer les monts avec les leaders, sa pointe de vitesse pourrait lui permettre d’aligner tout le monde.

– Laurens De Vreese

Celui belge là commence de plus en plus à se faire un nom au sein des coureurs de classiques. Baroudeur de l’extrême, le jeune coureur de Wanty n’hésite pas à se lancer corps et âme dans une offensive grandeur nature. Toujours placé lors des grands rendez-vous, De Vreese a fait de l’Eneco Tour sa spécialité en y ramenant par deux fois un maillot distinctif. Mais désormais, c’est aux grandes courses d’un jour qu’il s’attaque. Fort d’une grande régularité, il pourrait bénéficier d’une échappée au long cours et résister par la suite le plus longtemps possible avec les meilleurs. C’est de cette façon qu’il a pu terminer, la semaine dernière, 16e du GP E3 puis 5e de Gand-Wevelgem. Sur le Ronde, il sera donc au rendez-vous pour faire le spectacle. Ca en fera au moins un ! Le parcours ne favorisera pas forcément les offensives, mais sait-on jamais. L’exploit est possible, et le plus important est d’être à l’aise sur les pavés : c’est le cas de Laurens De Vreese.

– Andrey Amador

La surprise est de taille lorsqu’on aperçoit le nom du costaricien de la Movistar dans les dix premiers des meilleures courses d’Outre-Quiévrain. Grimpeur avant tout, le protégé d’Eusébio Unzue s’était d’abord fait remarquer par une victoire de prestige sur le Giro, au sommet du Breuil-Cervinia, et par un top 10 au général de Tirreno. Mais la tendance à la polyvalence aura eu raison de lui. Meurtri par une agression lors de l’hiver 2011-2012, dans un pays gangrené par la mafia, Amador en était revenu changé. Dixième de Gand-Wevelgem en 2013, il a montré qu’il aimait cette course en étant à l’avant jusque dans les derniers kilomètres dimanche dernier. C’est assurément un homme de coups d’éclats, paré pour surprendre – une nouvelle fois – son monde sur le Ronde. A l’aise sur les pavés et lorsque ça grimpe, les monts flandriens devraient être à sa portée. Alors qui sait..

– Tyler Farrar

L’ancien rival numéro un de Mark Cavendish semble bien loin, son statut ayant bien changé. Profondément touché par la mort de son ami Wouter Weylandt en 2011, l’Américain ne s’en est jamais remis et n’a plus gagné devant les cadors mondiaux sur un emballage massif, se contentant de succès très relatifs sur le Tour de Californie. Mais voilà, à l’image d’un Ciolek totalement égaré après sa révélation précoce, voici que Farrar se construit progressivement une nouvelle image, celle de coureurs de classiques. Le natif de Wenatchee partira même avec les faveurs de son manager Jonathan Vaughters sur le Tour des Flandres. Deuxième d’A travers la Flandre il y a quelques semaines, Farrar peut effectuer un retour fracassant parmi les meilleurs mondiaux et mettre fin à des années de disette. Sur le Ronde, il n’a jamais fait mieux que 5e, en 2011. C’est le moment d’améliorer ce score !

– Florian Sénéchal

Il ne fait pas beaucoup de bruit, mais Florian Sénéchal est un homme déterminé. Leader unique sur les pavés du Nord au sein d’une équipe Cofidis qui le soutient depuis son arrivée, on aimerait beaucoup le voir briller sur Paris-Roubaix, le monument français. Mais c’est bien de l’autre côté de la frontière, chez nos amis belges, qu’il semble le meilleur. Quinzième de l’E3 après avoir été échappé depuis le départ, il a exposé ses capacités de récupération, et, surtout, sa détermination. Les kilomètres ne lui font pas peur ! Vainqueur de l’Enfer du Nord chez les Espoirs, Sénéchal a déjà la carrure d’un futur champion, et doit absolument marquer son territoire. En tant que néo-pros, c’est sans doute un peu trop lui demander que de batailler avec les meilleurs. Mais en attaquant qu’il est, il y a des chances qu’on le retrouve à l’avant. Et de temps en temps, il faut bien que l’échappée aille au bout…

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