En remportant ce dimanche la Route du Sud, Alberto Contador a montré à ses futurs adversaires sur la Grande Boucle que son objectif de faire le doublé Giro-Tour n’était pas du pipeau. Sur sa lancée excellente du Tour d’Italie, le leader de Tinkoff-Saxo s’est adjugé la Route du Sud, sans montrer le moindre signe de faiblesse. Mieux, il s’est même permis de distancer sur l’étape reine de la course par étapes pyrénéenne Nairo Quintana qui a lui aussi fait du maillot jaune son objectif.

Une bonne reprise

S’il ne s’est pas montré impérial dans le Port de Balès qui faisait office de dernière ascension de l’étape, il a malgré tout mis un point d’honneur à s’imposer en prenant plus de risques que son adversaire colombien dans les innombrables lacets qui occupaient le haut de la descente. Bien plus à l’aise, le Madrilène a forgé son succès sur une partie du parcours où l’on ne le voyait pas performer. Son adversaire colombien est logiquement le mieux placé pour en parler, et confirme l’analyse portée jusqu’à présent : « Dans le descente, il a mis un grand coup d’accélérateur, il était déchainé et j’ai estimé qu’il fallait faire preuve de prudence. » S’il admet avoir été prudent c’est sûrement qu’il faisait preuve d’une assurance moindre vis-à-vis de l’Espagnol, et que, contrairement à l’impression laissée par l’ascension, les nombreuses accélérations du récent vainqueur du Giro l’avaient sans doute émoussé.

Plus qu’un test pour le prochain Tour de France, Contador a vu cette journée comme une session d’entrainement grandeur nature. « C’était l’occasion, pour moi et mon équipe, de réaliser une bonne séance de travail. » Tout était prévu pour décrocher tout le monde de sa roue une fois de plus, mais la ténacité de Quintana lui aura fait changer de stratégie. « J’avais décidé d’attaquer à cinq kilomètres du sommet car je savais que les pourcentages étaient plus importants à cet endroit-là. » Il a ensuite mis à profit le haut d’une descente qu’il connait bien – on se souvient de sa prise de pouvoir lors du Tour de France 2010 ndlr – pour partir. « J’ai vu que dès les premiers virages je prenais plusieurs mètres d’avance. J’ai décidé de ne plus me poser de questions, de serrer les dents, et faire en sorte et d’arriver seul. » La solution était la bonne et cette victoire, certes plus anecdotique qu’autre chose dans le palmarès d’un tel champion, lui fait incontestablement du bien au moral.

Un avantage psychologique

On peut donc dire que si il y en a deux qui auront l’avantage avant le départ d’Utrecht sur leurs concurrents, c’est bien Alberto Contador et Christopher Froome. En gagnant chacun leur course de préparation, ils ont de manière différente marqué les esprits. Quand le Britannique a conquis les Alpes au Dauphiné en prouvant qu’il était revenu à son meilleur niveau aperçu en 2013, le natif de Pinto a lui vaincu les Pyrénées et démontré qu’il avait récupéré d’un Giro très éprouvant. En faisant rouler fort son équipe, en mettant notamment Michael Rogers à la planche au pied du dernier col et en prenant lui-même les choses en main dans le final, nul doute qu’il se prépare à rééditer la même chose au moment où la montagne sera au programme sur la Grande Boucle.

Nairo Quintana lui s’est contenté de le suivre, et ce n’est pas donné à tout le monde. Mais il a avoué avoir été à la limite, ne pouvant pas relayer le dernier maillot rose. Et s’il faut admettre qu’il semblait un peu moins frais, il est lui aussi en phase de préparation et n’avait pas couru depuis début mai. C’est ce manque de rythme qui s’est senti au moment de se dresser sur les pédales. Et c’est sûrement ce manque de course qui ne lui a pas permis de suivre “El Pistolero” dans la descente. Une chose est sûre, tous les favoris du prochain Tour de France seront prêts pour la troisième semaine qui s’annonce terrible. Le spectacle qui sera proposé n’en sera que plus passionnant, d’autant plus qu’il y aura nettement plus d’arrivées au sommet qu’en descente.

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