Sans avoir le prestige de Paris-Nice ou de Tirreno, les courses espagnoles du mois d’avril, en Catalogne et au Pays-Basque, ont été le théâtre des premières joutes entre favoris du prochain Tour de France. Nairo Quintana et Alberto Contador en sont sortis gagnants. Mais le passé démontre que triompher au début du printemps n’est pas synonyme de victoire à Paris deux mois et demi plus tard.

Deux hommes au-dessus du lot

« Ce pourrait être une année comparable à 2014. Jusqu’à présent tout va bien et je ferai tout pour maintenir le cap autant que je peux. J’espère être sur le prochain Tour comme je l’étais il y a deux ans, mais avec plus de chance. » En trois phrases dans le journal Marca, Alberto Contador a conforté l’espoir renaissant de ses fans. Il faut dire qu’avant son abandon sur le Tour 2014, il semblait le seul capable de faire tomber Vicenzo Nibali. Mais ce mauvais souvenir, Contador l’a effacé de sa mémoire grâce à un début de saison encourageant, qui ne se limite pas aux dernières semaines. Deuxième d’un Paris-Nice pas vraiment taillé pour lui, deuxième sur le Tour de Catalogne et vainqueur la semaine dernière sur les routes du Pays-Basque, le double vainqueur de la Grande Boucle est dans une forme qui rappelle, comme il le dit lui même, sa saison 2014. Le Madrilène avait alors remporté Tirreno-Adriatico, le Tour du Pays-Basque et terminé deuxième en Catalogne.

Mais surtout, le Pistolero performe face à ses futurs adversaires. Alors que les premiers grands rendez-vous de la saison, Tirreno et Paris-Nice, ont été tronqués par une météo capricieuse, c’est en effet sur les routes espagnoles que les prétendants au maillot jaune de juillet se sont retrouvés pour en découdre. D’abord sur le tracé catalan où presque tous les meilleurs sont venus. Contador y a terminé dauphin d’un autre favori pour le Tour, Nairo Quintana, lui aussi déjà tourné vers la grande messe de l’été : « M’imposer en Catalogne prouve que je continue de progresser, que je gagne en maturité. C’est un bon signe à l’approche des grands objectifs de la saison. » Le Sud-américain a ensuite assuré sur le Tour de Pays-Basque, terminant troisième à 37 secondes de Contador. Leurs futurs rivaux sur les routes du Tour se sont en revanche montrés bien plus discrets. Chris Froome, fantomatique, a terminé huitième en Catalogne, devancé notamment par Bardet, Porte et Van Garderen, tout aussi incapables de rivaliser avec les deux derniers vainqueurs du Giro. Au Pays-Basque, où Contador et Quintana étaient les seuls à avoir doublé (avec Joaquim Rodriguez, 11e puis 7e), il n’y a guère eu qu’un Sergio Henao de feu pour s’intercaler entre eux. Parmi ceux qui rêvent en jaune, Thibaut Pinot (4e à 1’13) a surnagé sans tenir le rythme du duo infernal. Quintana et Contador étaient vraiment au-dessus.

Des résultats en trompe l’oeil ?

Mais gagner à cette période de la saison, est-ce forcement un indicateur pour juillet ? Au regard du parcours des deux courses, non. Le Tour de Catalogne ne comprend même pas de contre-la-montre, tandis que la semaine dans le Pays-Basque est jonchée de courtes côtes aux forts pourcentages, mais reste dénuée de col dépassant les 1200 mètres d’altitude. Les profils n’ont rien à voir avec ceux du Tour. Et par conséquent, les vainqueurs non plus. Surtout qu’à l’accoutumée, ces épreuves ibériques ne sont pas arpentées par le futur maillot jaune à Paris. A l’exception d’Alberto Contador, parmi les dix derniers vainqueurs de la Grande Boucle, un seul a terminé sur le top 10 de l’une de ces deux épreuves : Cadel Evans, 7e du Tour de Catalogne en 2011. Beaucoup préfèrent attendre le Tour de Romandie pour se tester, qui se rapproche davantage du rendez-vous juilletiste (Evans, Wiggins et Froome ont gagné sur les routes romandes avant de remporter la Grande Boucle).

Du palmarès émane un autre constat frappant : en plus de Contador, et même en remontant à 2000, seuls Joseba Beloki, vainqueur en Catalogne en 2002, et Nairo Quintana, gagnant sur le Tour du Pays-Basque en 2013, sont ensuite montés sur le podium à Paris. Certes, plusieurs vainqueurs ont ensuite réalisé leur meilleur Tour (Mayo en 2003, Horner en 2010), mais rares sont ceux qui jouent vraiment la victoire. L’apathie de Froome n’a donc rien d’inquiétant, et le Britannique sera davantage scruté sur les routes suisses, où les premiers enseignements seront tirés. De toute manière, les courses d’une semaine ne sont jamais tout à fait révélatrices de ce qu’il se passera en juillet, exception faite au Dauphiné puisque cinq coureurs ont doublé victoire sur le Dauphiné et sur le Tour depuis 2000.

Quand Contador est en forme au début du printemps…

Mais si les chiffres ne disent pas tout en vélo, lorsqu’on y ajoute l’impression visuelle des derniers mois, on ne peut les mettre totalement de côté. Et force est de constater que depuis Paris-Nice, Contador impresionne. Malgré ses 33 printemps, il a été impérial au Pays-Basque, au point de mettre en doute sa décision de raccrocher à la fin de la saison. « J’ai travaillé dur cet hiver, je me sens bien à toutes les courses même si quelques-unes m’ont échappées pour une poignée de secondes. Cela me motive et me fait penser à mon futur, il est possible que je continue une année de plus. » Preuve d’une confiance retrouvée. Il faut dire que les statistiques sont plus que positives pour le Madrilène. Lors de ses deux meilleures années – 2008 et 2009 -, il avait également épinglé le Tour du Pays-Basque à son palmarès. Et en 2014, sa saison la plus aboutie depuis son retour de suspension, les deux courses espagnoles avaient aussi prouvé son retour au haut niveau. A l’heure où le Pistolero cherche à renouer avec son glorieux passé, il a donc déjà pris un ascendant psychologique.


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