Mardi prochain, un petit air d’avril flottera sur le peloton du Tour de France. Ce ne sera pas à cause de la météo qui s’annonce chaude – même si de rares averses pourraient perturber le final – mais au niveau de la route empruntée. Les coureurs prendront la route de Cambrai, dans le nord de l’Hexagone, avec six secteurs pavés répertoriés dans les cinquante derniers kilomètres. Lors de l’édition 2014, l’étape était rentrée dans la légende, et sans aucun doute, nos quatre fantastiques auront sûrement bien plus à perdre qu’à gagner sur ces endroits habituellement réservés aux spécialistes de Paris-Roubaix.

Alberto Contador

Il avait perdu l’an passé plus de deux minutes et trente secondes sur l’étape arrivant à Arenberg sous une météo détestable. Le temps devrait être plus clément cette année, et les écarts pourraient donc être moindres, ce qui ne dérangerait pas, bien au contraire, le leader de la Tinkoff-Saxo. Les pavés, il n’en a finalement que peu d’expériences en course, mais nul doute que sa morphologie va à nouveau l’handicaper. Il les a une fois de plus reconnus ces derniers jours avec ses coéquipiers mais ceux-ci ne seront peut-être pas des plus utiles, mis à part Peter Sagan s’il met ses ambitions personnelles de côté et dans une moindre mesure ses acolytes italiens Bennati et Tosatto. Il va devoir affronter sa peur de la chute et compte tenu de la stratégie du Pistolero, il préférera perdre une à deux minutes que de risquer de se briser le genou sur un pavé.

Christopher Froome

Le Kenyan d’origine avait abandonné lors d’une étape similaire sur la dernière Grande Boucle, mais c’était avant d’avoir aperçu le moindre pavé, ce qui en fait le seul des quatre à n’avoir jamais franchi un secteur en course. Le méticuleux leader de la Sky aura cette part d’inconnu qui pourrait le gêner si un grain de sable vient se mettre dans l’engrenage britannique, bien qu’il puisse compter sur trois spécialistes des classiques à ses côtés avec Rowe, Stannard et Thomas. Cette aide sera plus qu’importante et connaissant la fidélité qui est faite au leader dans cette équipe, aucun de ces gars-là ne jouera sa carte personnelle. Etre à 100% derrière Froome est de toute façon le mot d’ordre. « L’équipe a été très performante cette année dans les classiques et ils pourront me protéger dans le final », a déclaré le vainqueur du Tour de France 2013. Voir sa frêle carcasse trembler sur les pavés ne doit quand même pas rassurer Dave Brailsford.

Vincenzo Nibali

C’est vêtu de jaune, il y a un an, qu’il avait réalisé une performance pour le moins inattendue au vu de son inexpérience dans les classiques flamandes. Il a démontré qu’il pouvait parfaitement gérer ces difficultés et avait réussi à prendre du temps à tous ses rivaux. Pour beaucoup, les écarts se comptaient même en minutes ! L’ancien vététiste avait su parfaitement s’adapter aux conditions dantesques et était un des meilleurs dès qu’il y avait une trajectoire compliquée à prendre. L’autre avantage de Nibali, c’est la force de son équipe. On se souvient de la démonstration de Fulglsang l’année dernière qui avait fini à la troisième place, et le renfort cette année de Lars Boom, vainqueur de cette fameuse étape, en fait un leader très bien entouré. S’il arrive à prendre de l’avance au cours du final, il devrait y avoir du monde prêt à rouler pour lui. Le Hollandais arrivé de Belkin cet hiver en est convaincu. « Astana était déjà très fort l’année dernière. J’espère réussir à rendre l’équipe encore plus forte et faire quelque chose de beau. » Il ne serait donc pas étonnant de voir Nibali à l’offensive sur un terrain peu propice à ses rivaux.

Nairo Quintana

Il est le seul à s’être risqué aux classiques belges cet hiver afin d’avoir un premier feeling en course. Les organisateurs d’A Travers les Flandres et du GP E3 ont eu l’honneur de voir le Colombien se présenter au départ, bien qu’il n’ait fini qu’une des deux courses à une place restée anecdotique. Bien plus qu’un résultat, c’est ces pavés qu’il est venu chercher en découvrant les tensions présentes avant les secteurs et l’importance du placement. C’était logique pour lui d’y participer. « Ce type de courses est une part importante de ma préparation au Tour. C’est important pour moi de venir ici, d’essayer les pavés en course et d’apprendre à bien les connaitre. » Cette courte expérience pourrait bien lui apporter des secondes d’avance sur des concurrents qui n’ont pas encore pris ces risques. Le problème est qu’il fait partie d’une équipe espagnole, en l’occurrence la Movistar, et autant les Ibériques sont connus pour leurs raids montagnards, autant ils fuient à toutes jambes Paris-Roubaix. Aucun des huit coureurs qui devront l’épauler n’est capable de briller sur ces routes et ce pourrait être un gros problème s’il se retrouve isolé.

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