Une nouvelle fois battu par Marcel Kittel hier, Mark Cavendish peine à trouver la bonne carburation sur ce Tour de France. Alors qu’on l’imaginait fortement au dessus du lot avant le départ, il semble aujourd’hui un cran en dessous de ses rivaux allemands, et notamment du plus jeune. L’Anglais n’a  pu s’imposer qu’à une seule reprise, lors de l’arrivée à Marseille le 3 juillet. Alors que cette victoire dans la citée phocéenne devait le relancer après son week-end compliqué en Corse, elle n’aura pour l’instant été qu’un simple feu de paille.

Le train Quick-Step a tendance à dérailler

Brillante sur le Giro, la formation belge n’est plus aussi impériale sur les routes de la Grande Boucle. En effet, souvent débordée par les équipes Argos, Lotto et même Orica, elle est rarement parvenue à placer Cavendish dans de bonnes dispositions. Gert Steegmans, poisson pilote attitré du Britannique en attendant le retour annoncé de Mark Renshaw, ne possède cette fameuse connexion qui liait Cav et l’Australien, parfaitement synchronisés au cours des finals d’étapes. Cette fois, le Belge a tendance à perdre son leader au mauvais moment, l’obligeant à fournir un effort supplémentaire rédhibitoire face aux monstres physiques que sont Greipel et Kittel.

Mais plus que le déclin de l’ancien champion du monde, c’est la progression de ses adversaires qui est à souligner. L’équipe Argos fait preuve d’une étonnante solidité autour de Kittel, contraignant même des hommes rapides comme Veelers et Degenkolb à se sacrifier entièrement pour leur leader, triomphant ainsi à Bastia, Saint-Malo et Tours. Parfois sous-estimé, l’impressionnant Kittel est en passe de prouver qu’il a pratiquement surpassé le niveau de Cavendish et de Greipel. Toutefois, le coureur de la Lotto semble plus en jambe que l’Express de Man sur ce Tour de France, et les comptes pourraient être tout autres si le Gorille n’avait pas été aussi malchanceux.

Des pépins à la chaîne qui n’expliquent pas tout

Peu épargné par les chutes lors de la première semaine, lâché très rapidement dès que la route s’élève, Cavendish semble avoir dépensé beaucoup d’énergie très précocement dans cette course longue et difficile qu’est le Tour de France. Légèrement moins puissant que ses principaux adversaires, il compensait jusque là par son explosivité légendaire, sa « deuxième accélération ». Une giclette qui lui fait sérieusement défaut. Le garçon de 28 ans semble lourd et à cours de solution face aux teutons. Lors de l’arrivée vers Tours, on l’a vu tenter une option stratégique douteuse en produisant son effort très loin de la ligne, trop loin pour espérer éviter la remontée d’un Kittel en grande condition. On sent clairement qu’il a perdu une part de l’avantage psychologique dont il disposait, le coureur vingt-quatre fois vainqueur d’étape en juillet a perdu de sa superbe.

Accusé – à tort ? – d’avoir commis une faute qui aurait propulsé Tom Veelers à terre à l’occasion du sprint de Saint-Malo, Cavendish a été durement attaqué sur les réseaux sociaux, certains réclamant même la mise hors course du sprinteur. Arrosé d’urine et insulté par de faux-spectateurs pendant son effort solitaire vers le Mont Saint-Michel, il n’a pourtant pratiquement pas bronché, là où le Cavendish de ses jeunes années aurait piqué une colère monstrueuse… Trop assagi le Cav ? Pas assez en colère contre le monde entier pour se surpasser et dominer à nouveau ? On sait qu’il tirait autrefois une force supplémentaire des nombreuses polémiques qu’il suscitait, comme lors de ce bras  d’honneur adressé à ses détracteurs après un nouveau succès sur le Tour de Romandie en 2010. Il ne reste que deux étapes, dont celle des Champs-Elysées, pour sauver son Tour qui s’annonçait si prometteur… La question est de savoir si l’on y retrouvera la boule de nerf vainqueur des quatre dernières arrivées sur la plus belle avenue du monde, ou la bête embourgeoisée qui peine à soutenir le rythme imposé par la nouvelle génération.