C’est presque un secret de polichinelle : Nacer Bouhanni ne portera sans doute pas les couleurs de l’équipe FDJ.fr la saison prochaine. Si Marc Madiot se tue à dire que rien n’est fait, avançant les Championnats de France comme date butoir, le divorce semble consommé. Reste que Bouhanni va devoir choisir sa future destination, pas une mince affaire.

Être important…

Si depuis des mois, on tente à la FDJ de faire croire que tout va pour le mieux entre les deux sprinteurs de l’équipe que sont Démare et Bouhanni, peu de monde y croit. Que leur relation soit cordiale, d’accord. Mais qu’ils s’entendent particulièrement bien, alors que si l’un ne disputera pas le Tour de France, c’est à cause de l’autre, cela tiendrait vraiment du miracle. En effet, on nous bassine depuis l’éclosion respective des deux larrons avec le fait que leurs qualités sont légèrement différentes, que Démare est sans doute plus à l’aise sur les classiques. Il n’empêche que les deux aiment gagner, et sur les grandes épreuves. La prochaine au programme, c’est le Tour de France, et Marc Madiot vient de dévoiler quels coureurs s’y rendraient. Comme on s’y attendait, il y a Démare, mais pas le natif d’Epinal. Pourtant, si le Picard n’avait pas été là, Bouhanni, malgré son expérience ratée en 2013, aurait sans doute été de la fête sur les routes hexagonales.

Cette non-sélection pour la Grande Boucle, révélée aujourd’hui mais attendue depuis plusieurs semaines,  a sans doute beaucoup joué dans le départ annoncé de Nacer Bouhanni. Si le principal intéressé demeure réservé dans ses déclarations, assurant qu’il n’est « évidemment pas fermé au dialogue avec la FDJ », il n’hésitait pas, ces derniers jours, à détailler sa situation au journal L’Equipe : « Le problème, c’est que Marc ne m’a encore rien proposé. » Un dossier qui traîne en longueur, preuve que la formation tricolore n’a pas plus que cela envie de conserver le maillot rouge du dernier Giro. De quoi conforter l’ancien champion de France dans son désir d’aller voir ailleurs. Sans un sprinteur comme Démare dans ses pattes, Bouhanni pourrait devenir plus important. Et il affiche sans détour ses prétentions : « J’ai demandé entre 1,5 et 1,7 millions d’euros par an, un contrat de deux ans, de pouvoir emmener avec moi certains coureurs et de courir le calendrier des classiques, que ce soit Milan-Sanremo, mais aussi le GP E3, Kuurne, Gand-Wevelgem et certaines autres dans le genre, car je pense qu’elles me correspondent. »

…dans une équipe importante

Des exigences que trois équipes au moins, selon Bouhanni, auraient acceptées pour tenter de l’enrôler. Parmi elles, Cannondale, Omega-Pharma Quick-Step et l’équipe en projet de Fernando Alonso. De quoi offrir un nouveau statut à Bouhanni, même s’il faudrait sans doute composer avec d’autres sprinteurs de renom comme Sagan ou Cavendish, ce qui ne serait pas bien différent de sa situation actuelle à la FDJ. Du coup, ces dernières semaines, le sprinteur tricolore est annoncé avec insistance du côté de Cofidis. Mais malgré tout le respect que mérite l’équipe nordiste, ce serait une régression dans la carrière d’un homme venant de décrocher trois étapes sur le Tour d’Italie. En effet, chez Cofidis, il faudrait dire adieu à bon nombre d’épreuves World Tour. Car même si Yvon Sanquer pourrait franchir le pas et tenter une montée dans l’élite grâce au recrutement d’un coureur du standing de Bouhanni, cela s’avèrerait très compliqué en perdant Navarro, Coppel et Taaramae, tous en fin de contrat cette année.

Alors, signer chez Cofidis, la grosse erreur à éviter pour Bouhanni ? Cela en a tout l’air. Les deux dernières saisons ont permis à l’ensemble des observateurs de découvrir le sprinteur francilien, rarement timoré et de plus en plus régulièrement vainqueur. Avec de grosses écuries prêtent à l’accueillir, Bouhanni a sans doute un cap à franchir dans sa carrière. Lui qui assure ne pas forcément vouloir rester en France n’aura peut-être pas le statut de sprinteur incontesté chez OPQS ou Cannondale. Mais est-ce vraiment le plus important ? A 23 ans, il a le temps de voir venir, et apprendre auprès d’un coureur comme Mark Cavendish ne serait pas forcément une moins bonne chose que de porter à lui seul les attentes d’une équipe Continentale Pro. Voilà donc l’un des meilleurs coureurs tricolores à un carrefour crucial de sa carrière. Lui-même conscient de l’importance de son choix, il doit absolument faire le bon. Et on espère vraiment le voir poursuivre sa progression… quelque part en World Tour !

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