Thor Hushovd, seulement vainqueur d’une étape du Tour du Haut-Var, vit une saison cauchemardesque – Photo BMC
Thor Hushovd, seulement vainqueur d’une étape du Tour du Haut-Var, vit une saison cauchemardesque – Photo BMC

Dans les rangs de la formation américaine, les grands noms ne manquent pas. Philippe Gilbert, Cadel Evans, Thor Hushovd et Alessandro Ballan – soit quatre des cinq derniers champions du monde – sont les chefs de file de l’armada rouge et noire. Cependant, ils ne parviennent pas à montrer la voie de la victoire. Du coup, les équipiers ne savent trop quoi faire, entre aider des leaders qui n’en ont plus que le rôle ou tenter leur chance en sachant qu’une erreur ne sera pas sans conséquences. Dans cet imbroglio général, ce qui devait être une formation qui compte n’a que quatre victoires au compteur depuis le début de saison. Pas tout à fait le cancre du World Tour, puisque quelques équipes font pire. Mais John Lelangue et ses coureurs n’en sont pas loin…

Un problème au sein de l’équipe elle-même ?

Heureusement, Cadel Evans est là pour affirmer que non, lui qui a remporté le Tour de France avec le maillot de la BMC sur le dos. Après des années à tourner autour du pot, c’est bien sa nouvelle équipe qui a permis à l’Australien d’atteindre le graal. Cependant, pour ses coéquipiers, leurs plus belles victoires ont été acquises avant leur arrivée dans la formation de Jim Ochowicz. Inévitablement, les exemples concernant les leaders sont flagrants. Alessandro Ballan, vainqueur du Tour des Flandres en 2008 puis des Championnats du Monde, n’a levé les bras que sur le Tour de Toscane et sur l’Eneco Tour depuis qu’il a rejoint la BMC. Deux ans après l’Italien, c’est Thor Hushovd qui fut sacré champion du monde, sous les couleurs de Cervélo. Ce titre venait alors s’ajouter à un palmarès déjà immense en tant que sprinteur. Mais depuis, le Norvégien traverse les saisons comme un fantôme, et son arrivée dans la structure suisso-américaine n’a rien changée. Aucune victoire en 2012, une seule en 2013, Thor n’a plus rien du héros qu’il a pu être.

Et puis il y a Philippe Gilbert, évidemment. L’homme à la saison 2011 monumentale, vainqueur de toutes les ardennaises, champion de Belgique, vainqueur d’étape sur le Tour, puis quelques semaines plus tard de la Clasica San Sebastian. Un monstre raflant tout sur son passage, que l’on avait hâte de voir confirmer en 2012. Sauf qu’il n’en n’a rien été. Il aura fallu attendre le mois de septembre et le Tour d’Espagne pour que le Wallon lève enfin les bras. Sa victoire à Valkenburg, en toute fin de saison, résonne incontestablement comme l’arbre qui cache la forêt. Le constat est donc criant, et difficile d’imaginer que ce ne sont là que des coïncidences. La structure en elle-même n’est sûrement pas parfaite. Peut-être parce que la pression y est trop forte. Lorsqu’il avait connu la victoire sur la Grande Boucle, Evans était la seule tête d’affiche de son équipe, Ballan étant absent des radars depuis déjà plusieurs mois. Mais l’accumulation de grands noms au sein de l’équipe a fait croître les attentes, et donc la pression sur des « stars » qui finalement, n’en étaient plus qu’une parmi d’autres.

Simplement la fin d’une génération ?

Seulement, si l’on ne se contente pas d’observer les résultats, l’analyse est bien plus nuancée. En effet, les quatre coureurs phares de l’équipe ne sont pas tout jeunes. 36 ans pour Evans, 35 pour Hushovd, 33 pour Ballan et 30 pour Gilbert. Si le cas du Belge demeure donc intriguant, le déclin des autres n’a finalement rien d’illogique. Leur carrière approche de la fin, et le manque de résultats est souvent ce qui pousse les grands champions à raccrocher. Il semblerait que ce ne soit plus qu’une question d’années voire de mois pour certains d’entre eux. Du coup, c’est surtout sur ses jeunes que compte Jim Ochowicz. Tejay Van Garderen, Taylor Phinney ou Greg Van Avermaet en tête de gondole, leur potentiel n’a jusque là pas été exploité au maximum puisqu’ils ont du se mettre au service de leurs leaders. On se rappelle notamment du dernier Tour de France, où TVG avait attendu Evans dans la montée de la Toussuire, abandonnant sans doute à ce moment là ses chances de podium à Paris.

Mais désormais, le rapport de force semble s’être inversé, et 2013 pourrait être l’année de transition entre les deux générations. Car à n’en pas douter, il est délicat de dire à un récent vainqueur de la Grande Boucle qu’il va voir son rôle évoluer vers celui d’équipier, même de luxe. D’autant qu’Evans n’a pas été ridicule sur le dernier exercice, terminant septième. La prise de pouvoir de Van Garderen doit donc se faire progressivement. Tout comme l’émancipation de Greg Van Avermaet par rapport à celui qui l’a toujours empêché de briguer des victoires personnelles, Philippe Gilbert. Quant à Taylor Phinney, il est temps qu’il prenne la place de Thor Hushovd et Alessandro Ballan sur les flandriennes, lui qui a remporté deux fois Paris-Roubaix Espoirs. Mais il faut faire avec le caractère de ces champions à l’orgueil immense, et qui refusent de s’avouer vaincu. Comme toujours, la passation de pouvoir est difficile, mais nécessaire pour que la BMC soit enfin l’équipe que l’on espérait voir lorsqu’elle a intégré le World Tour. En attendant, il n’y a rien de mieux à faire que de sauver les meubles durant cette saison déjà mauvaise, et qui s’annonce catastrophique jusqu’au bout.

Robin Watt


 

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